‹ Le rêve: études et observationsChapitre 117 sur 136 · La pfiychophysique, 2* parlie, ch. I, p. 124 et suiv · texte numérisé non relu

La pfiychophysique, 2* parlie, ch. I, p. 124 et suiv

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du rêve, dit-il, n'a rien de mystérieux. Elle ressemble à la naissance de toutes nos perceptions. Le mécanisme du rêve est le même, dans ses grandes lignes, que celui de la perception normale *. » J'ajoute cependant qu'il y a d'autres tableaux de rêve que les tableaux perceptifs, et que les images qui s'unissent à la sensation dans le rêve perceptif ne sont ni des images correctes, ni des images quelconques.

§ 1. — Rêves perceptifs auditifs.

Dans l'observation XII (p. 60), G. B... rêve qu'il monte en voiture, qu'il prend place sur le siège, qu'il demande au cocher de le laisser conduire, et le rêve se termine ainsi :

Au moment où j'arrangeais les rênes dans mes mains, tout en cherchant le fouet, que je ne pouvais pas trouver, le cheval partit au grand trop, la voiture fit un bruit bizarre comme si elle eût roulé sur des pavés. Ce bruit n'était autre que la sonnerie de mon réveille-matin.

Il est relativement facile de faire l'analyse de ce tableau. La sensation auditive a évoqué une image, avec laquelle elle s'est fondue pour constituer une perception. Mais, au lieu que l'image constitutive de la perception fût ri mage familière du bruit du réveillematin, ce rôle a été joué par l'image d'un bruit de voiture roulant sur des pavés. Or, une note de l'observateur explique l'origine de cette image : « La veille,

1. Bergson. Le rêve, Bulletin de Tlnstitut psychologique international, 1" année, p. 113, 1901.

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et aussi deux ou trois jours auparavant, le bruit réel de charrettes passant dans la rue m'avait réveillé avant la sonnerie du réveille-malin. »> Ainsi Tirnage était récente, et de plus elle répondait k une attente : par là nous comprenons qu'elle ait été unie à la sensation plutôt que Timage correcte.

Toutefois l'image correcte existait, elle aussi, dans l'esprit, et elle avait par suite des chances de reparaître, d'autant plus que la sonnerie pouvait être attendue aussi bien que le passage d'une charrette. En fait d'ailleurs, même en pareilles circonstances, la perception correcte est la règle, le rêve ou l'illusion est l'exception. Pour expliquer complètement la formation de ce rêve perceptif, il faut admettre que l'image auditive de la voiture roulant sur les pavés se trouvait à ce moment, par le jeu Imaginatif du sommeil, plus facile à évoquer que l'image correcte, qu'elle était plus voisine du seuil de la conscience. Il serait téméraire d'affirmer que le tableau tout entier du retour en voiture se développait dans l'esprit du rêveur tel qu'il a été noté et que le bruit du réveille-malin s'est fait entendre juste au moment où la voiture se mettait en mouvement : ce serait là une coïncidence trop surprenante pour qu'on puisse l'admettre. Mais je pense plutôt que le bruit de la voiture faisait parlie d'une série d'images notablement différentes, que cette série s'est rencontrée avec une représentation nouvelle (la sensation auditive) qui a pris la direction du mouvement et a organisé le tableau au moyen des images les plus faciles à évoquer et à saisir. Il y a donc eu une rencontre de deux séries" de représentations : l'une avait pour événement principal le bruit imaginaire de la voiture, l'autre ne faisait que commencer, elle avait pour terme initial la sensa-

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tion auditive. Bailleurs, si la sensation audilive ne s'était pas préEcntée à un moment favorable pour appeler Timage principale et pour lui faire jouer le rôle d^image conslitutive dans une perception illusoire, il est probable que Timage principale, quoique jouant le rôle d'image maîtresse dans une série subconscicnlej n'aurait pas élé saisie par Tesprit au moment du réveil. Autrement dil, je pense que Tesprit qui se réveille saisit ordinairement trois ou quatre lambeaux, plus ou moins étendus, des séries subconscientes, mais que, en dessous de ces séries subconscientes formant les couches supérieures, il en existe d'autres qui sont plus éloignées de Taperceplion : si la sensation qui survient bi'usquement pendant le sommeil ne peut pas prendre place dans une des séries les plus voisines de Taperception, elle appelle des images plus lointaines, elle altire à elle, des couches plus profondes de la subconscience, les représentations au moyen desquelles elle se constituera en un tableau semblable à une perception. Ainsi la rencontre de la série Imaginative et de la série qui a pour terme initial la sensation n'est pas entièrement fortuite; elle résulte de deux forces qui sont : la force de développement spontané de Timagc constitutive et la puissance d'appel, la puissance attractive, pourrait-on dirCj de la sensation qui tend à se développer à son tour pour devenir une perception.

Je vais montrer maintenant comment cette analyse est confirmée par d'autres faits. Voici une observation dans laquelle on voit le rôle des images récentes :

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OBSEBVATION XCVIII

De P, C. — Je me rë veille à quatre heures trois quarts ayant dans la tête ces mots : « Monsieur Préau ». Pour moi c'est un révolutionnaire, qui a un ami intime, un autre lui-même dont il nese sépare jamais, avec lequel il accomplit tous les actes importants de sa vie politique.

Causes : J'ai lu hier de l'histoire de la Révolution. De plus ma mère m'a appelé « Pierrot î » pour me réveiller.

On devine ce qui a dû se passer dans T esprit du rêveur. Il rêvait aux événements révolutionnaires, soit comme acteur, soit peut-être simplement comme lecteur; sa lecture de la veille revivait dans son esprit par quelques détails; il songeait sans doute à quelqu'une des amitiés révolutionnaires. Brusquement cette série d'images est interrompue par l'appel : « Pierrot! » Il n'y a pas de révolutionnaire qui porte ce nom très pacifique : la sensation ne peut donc pas évoquer l'image correcte du mot « Pierrot », le développement de la sensation en une perception correcte est rendu impossible parce que cette perception correcte ne pourrait prendre place dans les images présentes. De là un nom forgé, qui aurait pu à la rigueur appartenir à quelque homme de la Révolution, et voilà que ce nom s'intercale dans la série Imaginative, « Monsieur Préau » devient un personnage révolutionnaire, etc. Ainsi dans ce cas la série Imaginative ne fournit même pas à la sensation une image constitutive, elle empêche seulement la sensation de s'unir à l'image constitutive correcte, mais elle fournit à la perception qui se forme un objet, un sens, et des images qui complètent et expliquent cette signification.

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Parfois Timage conslitutive est une image émoiive vi le tableau perceptif s'encadre dans une suite d'événements reliés ensemble par le duH^eloppement d'une peur.

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