OBSERVATION CI
Je me réveille un matin en rêvant que je chasse sur une colline couverte dehruyère et qui m'est très familière. J'ai déjà tiré de nombreux coups de fusil, je n'ai rien tué, je n'ai plus de cartouches, il ne m'en reste qu'une dans le canon gauche de mon fusil. Je ne vois pas de lièvres, mais des chats, et des animaux gris qui ressemblent à des lapins, mais passent avec une rapidité si grande qu'on les distingue à peine.
Les sensations auditives ont été produites par des coups de tonnerre, lesquels ont été interprétés comme des coups de fusil et ont appelé les images visuelles additionnelles parce que la veille j'avais parlé de chasse.
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REVES PERCEPTIFS AUDITfFS 3o0
II peut se faire enfin que le bruit soit pnrçu correctement, et que cette perception coiTecte se He à des images hallucinatoires de façon à constituer un tnbleau de rôve .qui est encore un tableau perceptif. C'est ce que Ton voit dans l'observation I, où je rôve qu'il pleut à torrents, que je suis en retard pour aller au lycée, que je me hâte de partir, que je cherche mon parapluie, etc. Il pleuvait en fait à ce moment, mais je me réveillais h une heure raisonnable, je n'étais pas en retard et j'étais encore dans mnn lit, La perceplion correcte s'est donc inlercabvî dans une suite d'imagos familières dont elle a modifié la caractère.
D'une manière générale, il est difficile, et même à peu près impossible, de savoir si les images îwec lesquelles la sensation s'unit pour constituer un tableau de rêve perceptif auraient pu être f?aîstcs par l'observation au cas oii le réveit n'aurait pas été provoqué par la sensation auditive^ c'est-à-dire si ces imayes se trouvaient à ce moment au seuil de la conscience ou si elles appartenaient à une couche plus profonde de la subconsciencè. Il n'est peut-«Hre pas impossible de trouver un critérium pour faire celte distinction, mais je n'en possède pas. Quoi qu'il en soit sur ce points il résulte des observations que je viens d'analyser que le rêve perceptif se constitue d'une manière tout à fait semblable à la perception, c'esl-à-dîre par la fusion de la sensation avec une image constitutive qui lui ressemble, sans pourtant Uu ressembler assez pour que la perception soit correcte, — et par l'appel d'images additionnelles destinées à former un cadre à la perception généralement incorrecte, — enfin, que Tinuige constitutive et les images additionnelles existaient dôjà dans l'esprit au moment oii la sensation y est apparue
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à son tour el qu'elles ont pu seulement être portées à un niveau plus élevé de la conscience par la sensation tendant à devenir perception.
Si 2. — Rêves visuels, tactiles, organiques.
Les rêves perceptifs auxquels on peut assigner avec certitude une origine visuelle sont rares : la raison de celte rareté, frappante surtout en comparaison de Texlrême fréquence des perceptions visuelles chez les hommes normaux pendant la veille, est bien simple : c'est que nous fermons les yeux pour dormir. 11 en résulte que, pour qu'une sensation visuelle ayant une cause extérieure •se produise pendant le sommeil, il faut que l'excitation soit très forte et il est bon qu'elle agisse d'une façon brusque.
Je n'en trouve dans ma collection qu'un exemple bien nel, et encore je n'ai pas d'explication sur l'origine de l'image constitutive, mais seulement sur l'origine des images additionnelles.
OBSER^^ATION Cil
De F. C... — Je me trouvais dans le hall d'une vaste gare, ressemblant vaguement à celle de Dijon. Chose étrange, j'étais seul : ni un voyageur, ni un train, ni une locomotive. La gare était violemment éclairée. La lum-ère semblait venir des vitraux du plafond. Je me mis à marcher le long des rails, et subitement je me trouvai dans la campagne. Quelques collines formaient rhorizon. La lumière était de plus en plus violente. Tout à coup, sur le sommet d'une colline, je vis se dresser un énorme canon. Le sommet de la colline lui servait d'affût. Il se mit à tourner alentour avec rapidité comme autour d'un pivot. Je le regardai ébahi et me réveillai.
BÉVES VISLELS, TACTILES, OllGAMQUES Ui
J'avais oublié en me couchant de fermer îes doubles rideaux de ma fenêtre, et le soleil arrivait i tlotssurmon lit. Quelques jours auparavant, j avais In une lettre du Transvaal> où Ton disait que des canons de l*ï5 possédés par les Boërs avaient fait merveille; j avais lu aussi la description d'un canon de ce système.
L'innage qui aurait pu servira constituer une perception correcte tHuit Timagfi de fa chamljr<? mvaliie par le soleil : Tirnage provoquée a- été d'abord celle d'une vaste gare mal déleiminée, puis celle d'uu paysage non moins vague. La sensation se trouve engagée dans deux tableaux distincts, c'est-à-dire qu'elle a pris place dans deux séries Imaginatives. De la première il'reste peu de chose : le dormeur est seul dans la gare et il marche sur les rails; la sensation de lumière vive s't^st ajoutée h ce tableau, et voilà que la gare est violemment éclairée. La deuxième série est plus riche et contient une image bizarre dont je ne cherche pas à rendre compte, mais une telle bizarrerie n'a rien qui doive surprendre dans un rêve : en tout cas la sensation de lumière vive s'ajoute aussi à ce tableau, elle paysage paraît éclairé par une lumière de plus en pins violente. Malgré l'absence d'indication sur Torigine de Timage constitutive, celte observation confirme sur tous les autres points les résultat^î obtenus par Tétude des rêves auditifs.
Les traités sur les rêves contiennent des observalions, et même des expériences méthodiques sur le rôle des sensations visuelles (et autres) dans le rêve. On en trouve dans Maury \ Tissié*, Radestock% Wey-
i. Le Sommeil et les rétes 4*^ éd., p. 156 (une seule expérience au moyen d'uoe excitation visnt^lle).