CHAPITRE II
J'ai déjà cité roplnion de plusieurs psychologues pour qui les représentations fournies à l'esprit par le sommeil subissent un travail d'organisation à partir du moment où le sommeil a cessé. Spilta, Delbœuf, P. Tannery considèrent ce travail comme un travail logique. Mais Delbœuf et P. Tannery admettent que la construction logique est peut-être commencée pendant le sommeil. Au contraire, Bernard Leroy et J. Tobolowska^ soutiennent que l'interprétation logique des images hallucinatoires se fait pendant le rêve même, c'est-à-dire pendant le sommeil, au moins d'une façon prédominante. Ces deux auteurs admettent cependant que quelques représentations peuvent être ajoutées au rêve après le réveil, c'est-à-dire après l'interruption du sommeil : « Quant à l'idée que Tendroit où je me trou- « vais, dit l'un deux en rendant compte d'un rêve, était
1. J. Tobolowska. Étude sur les illunons du temps dans les réces
de sommeil normal, Thèse de médecine, Paris, 1900. Bernard
Leroy et J. Tobolowska. Sur le mécanisme intellectuel du rêve, Revue philosophique, 1901, I, p. 570.
Foucault. 3
(( le pont des Invalides, que ces constructions étaient « des palais de la rive gauche, je suis à peu près sûr « de né Tavoir eue qu'après le réveil : elle aurait été « dans cette hypothèse déduite de Tensemble du rêve » (p. S82). — D'autre part, on sait assez que les sentiments exercent une influence sur nos rêves, qu'ils déterminent des combinaisons et des modifications dans les images qui reproduisent des événements antérieurs. La construction du rêve comporte donc un travail autre que le travail logique. Il faudrait donc distinguer deux sortes d'opérations dans la formation du rêve : des opérations logiques, et des opérations que Ton peut appeler automatiques ou irréfléchies, puisqu'elles ne sont pas logiques.
Cette distinction permet de fixer l'époque à laquelle s'efl'ectuent les deux genres d'opérations. Il est peu vraisemblable que l'esprit endormi réfléchisse, qu'il fasse attention, qu'il cherche à soumettre ses opérations aux règles de la raison : par conséquent, on peut supposer que les opérations automatiques appartiennent au sommeil. Au contraire, Tesprit qui se réveille doit rentrer en possession de ses facultés logiques. A quel moment, en efi*et, peut-on fixer la fin du sommeil et le début du réveil? Je n'en vois pas d'autre que le moment où Tesprit commence à douter de la réalité des événements du rêve. L'esprit endormi ne 3oute pas, ne peut pas douter : il est entièrement dupe de ses images. L'étonnement, il est vrai, se rencontre assez souvent dans le rêve. Mais l'étonnement n'est pas encore le doute : il est l'émotion qui prépare le doute. Or, l'étonnement peut être consécutif au réveil : on s'étonne alors d'avoir pu rêver des événements impossibles, d'avoir cru h des choses extravagantes. Il peut
arriver aussi que rétonnement soit rétrospectif, que Ton se dise que Ton a dû être étonné, et que Ton croie ravoir été. Mais il existe aussi dans le rêve lui-même, car il est des cas dans lesquels c'est Télonneme^t qui. détermine le réveil, comme peut faire une autre émotion. L'étonnement précède alors le doute et le détermine. C'est le doute qui est la première manifestation de la raison : c'est le premier effort que fait l'esprit pour savoir s'il doit accepter encore ses croyances automatiques antérieures. Par conséquent, le doute au sujet des événements du rêve marque le début du réveil et le commencement des opérations logiques. Mais il faut à Tesprit un certain temps pour retrouver toutes ses facultés logiques, pour séparer dans ses représentations celles qui sont vraies et celles qui sont fausses, et pour se rendre compte des représentations fausses auxquelles il donnait auparavant son adhésion : cet intervalle de temps, c'est la période du réveil. Le travail qui s'accomplit pendant le réveil, c'est le travail logique qui a pour but de coordonner rétrospectivement les événements imaginaires du rêve. C'est pourquoi je suppose que les opérations logiques que l'on discerne en analysant un souvenir de rêve sont consécutives au sommeil et s'effectuent, principalement, pendant le réveil.
Mais les considérations théoriques de ce genre ont peu de poids : elles ne fondent qu'une hypothèse*. Il faut maintenant contrôler l'hypothèse par la comparaison des rêves de notation immédiate et des rêves de notation différée.
§ 1. — Observations personnelles.