‹ Le rêve: études et observationsChapitre 37 sur 136 · WunJt. Ouvrage cit(^, III, p · texte numérisé non relu

WunJt. Ouvrage cit(^, III, p

tion d'une place ou irun quai, avec une foule qui circule sous le soleil et dans la poussière, traduit en une illusion les sensations subjectives de la rétine; mais le premier tableau, qui ne comprend que des souvenirs visuels et auditifs déformés auxquels s'ajoutent dos images venues je ne sais d'oii, ne peut pas être considéré comme un tableau perceptif. De même, dans Tobservation II (p. 38), où je crois parler à mes élèves, puis examiner les plates-bandes de mon jardin, on ne peut rapporter les tableaux à quelque sensation sans un arbitraire inadmissible. On peut admettre à la rigueur que dans l'observation 111 (p. 40), la scène macabre (où je m'attends à recevoir un coup de couteau) exprime une sensation organique, celle d'une douleur intercostale ou une autre; mais les deux tableaux suivants, de voyage en chemin de fer et de lecture de journaux, ne peuvent pas avoir la môme origine. 11 est inutile que je parcoure toute la série des observations que j'ai rapportées plus haut pour montrer que les tableaux qui ont certainement leur origine dans quelque sensation externe y sont très rares, qu'il n'en est aussi qu'un petit nombre que l'on puisse rattacher sans trop d'arbitraire à des sensations organiques, et que la plupart sont purement Imaginatifs.

Mais il est une autre raison de regarder comme inexacte la théorie de Wundt, et toute théorie du rêve qui fait jouer à l'association des images un rôle de quelque importance : c'est que les lois de l'association n'expliquent jamais l'apparition des images, ni pendant le sommeil, ni même pendant la veille.

En eiïet, les lois de ressemblance et de contiguïté, même réunies, même si Ton y joint la loi de contraste <3omme une loi difl'ércnte et irréductible, ne suffisent

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pas à nous rendre compte de l'apparition d'une image à la conscience pendant Tétat de veille*. Un inconnu que j'aperçois dans la rue me fait penser à un àmi qui lui ressemble : ma perception n'est pas la cause vraie de l'apparition de l'image à ma conscience, parce qu'elle n'en est pas la cause complète. Sans doute, s'il n'existait pas une certaine ressemblance entre la perception et l'image, l'image n'apparaîtrait sans doute pas à la suite de la perception; la ressemblance de l'image avec la perception fait donc partie de la cause qui détermine rapjvarition de Timage, mais elle n'est ^qu'une partie de cette cause. Pourquoi la vue de l'inconnu a-t-elle donc appelé l'image de mon ami au lieu de passer inefficace dans ma conscience? C'est peut-être que j'ai vu mon ami récemment, ou que j'ai songé à lui; c'est, en tout cas, que son image existait dans mon esprit d'une façon latente, qu'elle était sur le point d'apparaître à la conscience, et qu'il suffisait qu'elle fût sollicitée par une légère attraction, par une occasion, par un prétexte. Il s'est produit une rencontre de forces convergentes : l'une constituée par la ressemblance de l'image avec la perception, l'autre par la vitalité que possédait l'image en raison d'autres circonstances.

De même, s'il s'agit d'une association de contiguïté, le lien créé entre deux images par la contiguïté passée ne suffit pas à expliquer l'apparition actuelle de l'image. Je traduis un passage d'une langue étrangère, et je rencontre un mot que je connais pour l'avoir déjà vu et traduit bien des fois, c'est-à-dire que, bien des fois déjà, la perception de ce mot a été liée dans ma con-

1. Voir sur ce point Glaparède, Vassocialion des idéea, p. 194 el suiv. Glaparède constate (p. 198) que dans ses rêves il existe beaucoup de « représentations libres ».

science à la perception du mot français correspondant r cependant cette association de contiguïté peut être inefficace aujourd'hui, il peut se faire que j'hésite, que je tâtonne inutilement, et que le mot français dont j'ai besoin ne se retrouve pas. Mais quelquefois je le devinerai sans être obligé de recourir au dictionnaire : c'est ce qui arrivera peut-être si je l'ai employé récemment pour exprimer une idée personnelle ; il pourra se faire aussi qu'il soit indiqué par le contexte, c'est-à-dire appelé par la suite des idées comme formant un complément nécessaire de l'expression. Dans un cas comm& dans l'autre , il apparaîtra à ma conscience en vertu d'une force étrangère au lien de contiguïté, et cette force pourra être la tendance propre qu'il a à reparaître, c'est-à-dire sa vitalité propre.

D'une façon générale, le lien de ressemblance, le lien de contiguïté, et aussi le lien de contraste, constituent des forces grâce auxquelles certaines images tendent à apparaître à la conscience : mais ces tendances peuvent être contrariées par d'autres tendances analogues, et ordinairement elles ne se réalisent que si elles sont renforcées par d'autres tendances. L'apparition d'une image à la conscience est uuq résultante de forces diverses, et les associations ne sont qu'une partie de ces forces. D'ailleurs les associations ellesmêmes sont contraires les unes aux autres, car toute perception ou image actuelle est liée par association à une multitude d'images, c'est-à-dire qu'elle tend à évoquer une multitude d'images différentes, et pourtant une seule de ces images sera évoquée. A partir d'un état de conscience actuel, bien des voies sont ouvertes à la pensée, et il n'en est qu'une qui sera suivie*

Cette indétermination de l'association se trouve aussi

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dans rillusion. L'illusion, comme je Tai expliqué ailleurs *, est une perception incorrecte, et elle se constitue par le même mécanisme que la perception correcte. La perception correcte est une assimil^ition vraie, l'illusion est une assimilation fausse. Or, l'évocation de l'image semblable qui, unie à la sensation, constitue le noyau de la perception, ne peut se faire correctement que d'une manière, mais elle peut se faire incorrectement de bien des manières différentes. L'indétermination, ou plutôt la détermination incomplète, est la même pour la direction de l'illusion que pour la direction de l'évocation associative.

Si les lois de Tassociation de succession sont insuffisantes pour expliquer l'apparition des images pendant la veille, comment ne le seraient-elles pas aussi dans le rêve? De même, si la puissance assimilatrice des sensations ne suffît pas à expliquer les illusions de la veille, comment pourrait-elle expliquer complètement le rêve perceptif ou Tillusion du rêve ?

Au reste Wundt, en signalant le rôle important que jouent dans le rêve les images des événements récents, et surtout celles des événements qui ont produit sur nous une forte impression, indique en quelque sorte le sens dans lequel sa théorie doit être complétée. Puisque ces images reparaissent dans le rêve de préférence h toutes les autres, c'est qu'elles ne sont pas évoquées uniquement par les lois de ressemblance et de contiguïté; c'est que les images récentes sont atout moment sur le point d'apparaître à la conscience; c'est qu'elles sont des matériaux toujours prêts pour le

1. Foucault. La Psychophysique, p. 124, et surtout p. 132 et suiv. (Paris, F. Alcan.)

travail de construction du rêve. D'ailleurs c'est cette lendance propre des images récentes, et de certaines autres images aussi, à reparaître spontanément à la conscience qui explique que Ton trouve dans le rêve complexe, à côté de tableaux perceptifs, d'illusions, des tableaux purement imaginatifs, et que certains rêves ne comprennent rien de plus que des tableaux imaginatifs. Faut-il supposer maintenant que ces images apparaissent à la conscience d'une façon brusque au moment du réveil, venant on ne sait d'où, n'ayant pas d'histoire, n'ayant pas vécu pendant le sommeil? Je ne le pense pas. Mais, pour justifier ralfirmation d'une vie des images pendaiit le sommeil, il faut maintenant montrer qu'il existe, d'une façon générale, une vie mentale pendant le sommeil.

§ 2. — Existence d'une vie mentale pendant ie sommeil.

Sans contester la valeur de l'argument métaphysique de Descaries, que l'âme pense toujours parce qu'elle est de nature pensante, ou de l'argument métaphysique de Leibnitz, que la conscience claire ne peut venir que de la conscience obscure, parce que le principe de continuité s'oppose à ce qu'elle vienne de l'inconscience absolue, on peut montrer par des raisons expérimentales la persistance de la vie psychique pendant le sommeil.

D'abord le dormeur répond aux excitations par des mouvements adaptés. « Si, disait Selschénoff, tandis « qu'un homme est profondément endormi, vous pro- « menez une plume sur son visage, une légère excita- « tion n'amènera que la contraction des muscles 4e la

« face; un chalouillement plus fort pourra délerminer a aussi un mouvement réflexe dans le bras^ » El Setschénoiï montre comment le mouvement a pour but de faire disparaître une sensation gênante. « Si on lui « r.halouille (à l'homme endormi) légèrement l*épi- « derme du visage, on provoque toujours chez lui la « contraction des muscles qui se trouvent sous l'endroit « exciié. Quand ce mouvement ne suffit pas pour « écarter la cause irritante, le dormeur gratte avec sa « main la place oii l'irritation s'est produite » (p. 47). De même, quand nous avons froid en dormant, nous nous enfonçons sous les couvertures, et quand nous avons Irop chaud, nous les rejetons. Tous ces mouvements sont accomplis dans le but visible de faire cesser uae sensation gênante, et ils sont coordpnnés à peu près avec autant de sûreté qu'ils le seraient pendant la veille.

Môme le simple fait qu'une excitation un peu forlo provoque" le réveil prouve que des sensations se produisent pendant le sommeil. Sans doute, le seuil d'excitation se trouve alors considérablement relevé, la sensibilité détinie par le seuil d'excitation est beaucoup moindre pendant le sommeil que pendant la veille, mais il n'en reste pas moins vrai que c'est pendant le sommeil que la sensation tinit par arriver à la conscience.

De même les émotions se produisent pendant le sommeil et se manifestent par des soupirs, des gestes, des cris, des paroles. C'est là un fait banal, et je l'ai souvent observé sur mes enfants, surtout pendant leur

I. Setsciiénoff. Études psychologiques, p. 23. Trad. du russe,

92 ÉTAT DE LA COiNSCIENCE PENDANT LE SOMMEIL

très jeune âge. Quand on regarde un enfant d'un an ou deux qui dort dans son berceau, il n'est pas rare de le voir sourire, ou même rire bruyamment, ou bien au contraire ébaucher le mouvement des lèvres qui précède le cri d'inquiétude ou de souffrance. Tous ce& signes d'émotion me paraissent prouver l'existence de sensations ou d'images émotives pendant le sommeiL D'ailleurs il arrive quelquefois que le cri n'est pas simplement ébauché, mais proféré d'une façon distincte. L'enfant s'éveille alors, et, soit spontanément, soit sur interrogation, décrit l'objet imaginaire de sa frayeur. C'est le cauchemar *.

Les mêmes faits peuvent aussi être observés sur les adultes, quoique, à ce qu'il semble, plus rarement. Cependant je peux citer quelques faits qui montrent d'une façon nette qu'une émotion peut se développer pendant le sommeil * et se manifeste^ par la même expression que pendant la veille.

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