‹ Le rêve: études et observationsChapitre 41 sur 136 · OBSERVATION XXV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXV

Dans une autre circonstance, pour éviter la difficulté d'observation créée par le bruit excessif du réveille-matin et par l'obligation d'arrêter la sonnerie, je l'ai monté de façon qu'il ne sonnât que pendant un petit nombre de secondes: j'obtenais une sonnerie de neuf à dix secondes en le remontant à quatre crans. Mais j'ai rencontré une autre difficulté : c'est que, craignant de ne pas être réveillé par la sonnerie, comme il m'est souvent arrivé, je ne m'endormais pas facilement. — Nuit du l*'" au 2 novembre 1900. Couché à 10 heures, sonnerie à il heures : je ne dors pas encore. Sonnerie à minuit : môme résultat négatif. Sonnerie à 2 heures du matin : cette fois, je me réveille d'un bon sommeil, mais j'ai beau chercher, je ne parviens pas à trouver un rêve dans mon esprit. Sonnerie à 3 heures : je rêve que j'assiste à la vente d'un cheval, peu de détails. Sonnerie à 4 heures : j'étais réveillé d'avance.

Ces deux séries d'expériences sont plutôt favorables à rhypothèse de la continuité de la pensée pendant le sommeil, môme profond : en eflet, à presque tontes les heures, j ai pu avoir la certitude que j'avais rêvé; et à des heures très différentes, à minuit, à 3 heures du

matin, j'ai pu noter des rêves ou des fragments de rêve. Elles montrent encore que, lorsqu'on est faligué par le manque de sommeil et réveillé par un bruit prolongé d'un sommeil qu'il y a lieu de croire profond, on ne parvient pas aisément à retrouver ses ^ *^ rêves : ce sont là des conditions défavorables au sou- -r^^J venir des rêves, comme Weygandt l'a remarqué au | cours de ses observations*; c'est peut-être parce que Leibnit^ Tavait observé aussi qu'il parle du sommeil profond comme d'un sommeil sans aucun songe. Comment faut-il comprendre ce fait? Est ce que le rêve, dans le sommeil profond, aurait une vivacité moindre que dans le sommeil moyen ou le sommeil léger? Peut être, quoique cette idée de la vivacité des images ait grand besoin d'être éclaircie. Peut-être aussi que, dans le sommeil profond, les images sont moins organisées que dans le sommeil léger, ou que les tableaux sont plus nombreux et qu'il en résulte une confusion que l'attention la plus consciencieuse ne parvient pas à dissiper. Il y a là un problènre difficile, mais qui vaudrait la peine d'être soumis à la recherche. En tout cas, la conviction d'avoir eu des images dans l'esprit au moment où le réveil s'est produit ne doit pas être illusoire, même lorsque l'on ne parvient pas à retrouver ces images.

Je conclus de ces expériences qu'il est possible de noter des rêves à toutes les heures de la nuit et à tous les degrés de profondeur du sommeil, et je considère ce fait comme contraire à l'hypothèse d'après laquelle il n'y aurait de rêve que dans le sommeil léger. En effet, si Ton apprécie la fréquence du rêve sans recourir

i. Enistehung der Tràwnf, p. 21.

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à une observation méthodique, d'après Texpérience courante et les vagues souvenirs spontanés que l'on conserve du sommeil, le rêve apparaît à beaucoup d'hommes comme un fait relativement rare. C'est ainsi que, parmi les persoanes (normales) qui répondirent au questionnaire de fleerwagen*, 153 sur 406 déclarèrent ne rêver que rarement ou très rarement, et 15 jamais ou presque jamais. Une enquête analogue de Sanfe de Sanctis* a donné des résultats semblables : sur 165 hommes, 83 rêvent rarement et 15 ne rêvent jamais ou ne peuvent raconter leurs rêves; il est vrai que Ja proportion des femmes qui rêvent rarement est moindre (7 sur 55), mais celle des femmes qui ne rêvent jamais est la même (5 sur 55). ^ — Si, au contraire, on observe ses rêves avec quelque attention, le matin au moment du réveil ordinaire, on trouve presque toujours un rêve ou un fragment de rêve dans son esprit, ou- au moins on a la certitude d'avoir rêvé. Le rêve paraît donc beaucoup plus fréquent lorsqu'on prend la peine de Tobserver. Si enfin, <;omme je Tai fait pendant quelques nuits, on s'observe aux différents moments du sommeil, on saisit presque toujours quelque rêve ou trace de rêve. Ainsi, plus Tobservation devient attentive et minutieuse, plus on voit se rétrécir la portion du sommeil oii l'on ne saisit pas de rêve : il est donc légitime de supposer que, s'il reste encore des moments du sommeil où Ton ne parvient pas à saisir un rêve, c'est que l'observation a été mal faite ou qu'il est devenu pratiquement impossible d'éviter les défaillances de la mémoire. — Si maintenant

1. Heerwagen. Statistische Untersuchungeu ûber Truume uQcl Schlaf, Pnilos. Stndien., V, p. 88, 1888.

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