‹ Le rêve: études et observationsChapitre 59 sur 136 · Voir les ch. v, vi, vu et viii ci-après · texte numérisé non relu

Voir les ch. v, vi, vu et viii ci-après

(raisonnements explicatifs plus ou moins rigoureux, d'autant plus rigoureux que le réveil est plus proche, d'autant plus saugrenus que le sommeil est plus réel). — Mais il résulte de là que le critérium que je viens d'indiquer est d'une application pratiquement difficile, souvent impossible, dans les rêves bien or-ganisés : on ne peut l'appliquer avec succès qu'aux rêves peu organisés, dans lesquels les tableaux ne font que commencer à se lier.

En second lieu, je ne prétends pas que les tableaux que l'on peut discerner dans un rêve complexe, même dans un rêve logiquement organisé après le sommeil, aient toujours et nécessairement occupé l'esprit au début du réveil tous en même temps. Il peut arriver que le réveil soit lent, et que, dans cette période intermédiaire entre le sommeil et la veille, où les facultés logiques sont seulement en voie de restauration, des hallucinations se prolongent, puis s'a<;hèvent, et que d'autres prennent la place des premières. En général, il ne me paraît guère possible, lorsqu'un état de somnolence se prolonge au delà d'un temps très court, dont je ne peux pas fixer la durée exacte, de dire avec certitude si les tableaux ont été successifs ou simultanés. La simultanéité ne me paraît bien certaine que lorsque le réveil a été brusque et qu'il a suivi un sommeil assez profond.

Ainsi on peut se représenter la vie mentale du sommeil comme constituée par une pluralité de séries autonomes de représentations où dominent les images. La durée du développement de ces séries me semble d'ailleurs être très variable. Il est des images obsédantes qui nous poursuivent en quelque sorte pendant le sommeil. Il en est d'autres qui apparaissent dans

NATURE DE LA CONSCIEiNGE PENDANT LE SOMiMEIL 133

Tesprit et Poccnpent pendant peu de temps : tel est le cas pour lès rêves perceptifs qui ont leur origine dans une excitation subite qui produit lé réveil; tel est lé cas encore pour les rêves Imaginatifs dans lesquels on voit une image provoquer une émotion vive qui entraîne le réveil. — Quant au nombre de ces séries simultanées, il est impossible de l'indiquer. En fait, l'observation la plus attentive n'en saisit jamais plus de trois ou quatre chez moi, une demi-douzaine peut-être chez quelques autres. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'en existe pas un plus grand nombre : je suppose plutôt que les images vivent dans les profondeurs de l'esprit et qu'elles apparaissent tour à tour en quelque sorte à la surface de la conscience, suivant des lois qui ne sont pas totalement inconnues. Enfin, dans certains cas, une émotion un peu vive peut unir plusieurs de ces séries et réaliser l'unité mentale pendant le sommeil, puis entraîner le réveil.

§ 4. — Nature de la conscience pendant

LE S031MEIL.

Il subsiste Une vie mentale pendant le sommeil, et cette vie mentale est composée d'une pluralité de séries simultanées de représentations. Mais il reste maintenant une difficulté : comment peut-il exister ainsi une vie mentale dont on ne s'aperçoit pas, ou comment des phénomènes dont on ne s'aperçoit pas peuvent-ils être des phénomènes psychiques? Cette difficulté est d'autant plus grave qu'elle constitue l'unique raison pour laquelle bien des psychologues, jugeant contradictoire cette notion de phénomènes psy-

IVt ÉTAT DE LA CONSCIENCE PENDANT LE SOMMEIL

chiques inaperçus ou inconscients, soutiennent que l'inconscient est de nature purement physiologique, et s'attachent à expliquer physiologiquement les mouvements, les gestes, et même les cris et les paroles dans lesquels on verrait pendant la veille la manifestation d'événements psychiques.

Leibnitz a résolu cette difficulté depuis longtemps par la distinction de la perception et de Taperception. Conformément à cette distinction, la différence entre les petites perceptions et les aperceptions, entre les représentations du sommeil et les représentations conscientes de la veille, est une différence dans le degré de clarté et de distinction des représentations. Or, la clarté, et aussi la distinction des représentations, sont susceptibles de degrés ; je ne reviens pas sur ce point, que j'ai traité ailleurs *. Par suite on comprend aisément que des perceptions ou des images, plus distinctes pendant la veille, deviennent moins distinctes pendant le sommeil, car la distinction des représentations dépend certainement de l'attention, et il n'est pas douteux que l'attention se relâche pendant le sommeil, si même elle ne disparaît entièrement. — On comprend même que la différence de distinction entre les représentations de la veille et celles du sommeil donne lieu aux différences que l'on remarque dans la mémoire : tandis que nous nous souvenons pendant un certain temps, et souvent pendant longtemps, des perceptions de la veille, nous avons coutume d'oublier les images du sommeil, à tel point que M. V. Egger a pu dire, presque sans exagération, que l'oubli à mesure est la loi du rêve; nous les oublions en tout cas plus aisé-

Page 1