OBSERVATION XLII
Rêve de P. C..., à l'époque élève externe de philosophie au lycée de Mâcon. Notation immédiate. 5 juillet 1900.
1. Je sors de chez moi avec D... et un autre. Au moment où j'ouvre la porte, M. X... (maître répétiteur au lycée) est derrière. Il me fait de vifs reproches parce que jeUai heurté. Je ne réponds rien; mais en descendant Tescalier, D... et Taulre font des réflexions sur M. X..., et D... emploie, à son adresse, une expression peu académique.
2. Nous sommes en récréation, assis^ sur les marches du réfectoire. M. R... (un professeur qui n'enseigne pas les langues, mais est connu pour son indulgence) vient chercher des élèves pour leur faire subir une interrogation sur les langues. Il demande : « Il n'y a personne d'inscrit pour l'allemand? » Personne. Mais je suis à côté ; il dit : « Oh, heureusement, il y a encore ce bon Monsieur C... » Je le suis. Des élèves crient à B... que c'est son tour. \ ce moment, ce n'est plus M. R..., mais M. B..., qui ramène des élèves du tir, et m'appelle pour tirer. Il a rapporté la carabine Martinir
et un camarade me dit : « Regarde donc son fusil : le canon est un gros Rectangle de bois blanc. »
3. Ch... est en train de travailler, à ma droite. Il est en colère contre M. X... (le même que plus haut), qui appelle des élèves pour des interrogations. M. X... Tappelle. 11 se fâche et dit ; « J'irai bien au tableau, mais, si je suis refusé, vous en êtes responsable. » (On est à la veille des examens.)
L'auteur de l'observation ajoule : «Je n'ai pas jnoté ces tableaux 4ans Tordre ci-dessus, mais dans l'ordre 3, 1, 2. C'est ensuite, immédiatement après, qu'il m'a semblé que le 3 avait été le dernier rêvé, et, comme tel, le premier présent h ma mémoire. » — Celte note est instructive, puisqu'elle montre que l'observateur, ayant saisi en premier lieu le tableau 3 et l'ayant inscrit d'abord en premier lieu conformément à Tordre subjectif, conclut que l'événement de ce tableau doit s'être produit le dernier et lui attribue la dernière place dans la rédaction définitive de son rêve, dans celle qui lui paraît reproduire le plus fidèlement l'ordre des événements imaginaires. La même note montre aussi le caractère logique de l'opération, puisque Ton voit qu'il s'agit d'un véritable raisonnement, d'un raisonnement conscient fondé sur cette loi psychologique que, parmi les événements passés, ceux dont nous nous souvenons le plus aisément sont les plus récenls. On comprend par là que le même raisonnement doit être fait bien souvent sans être remarqué et signalé par les observateurs, ou que la coordination chronologique des événements du rêve se réalise en vertu d'une simple habitude mentale comme si le raisonnement existait. — L'auteur de l'observation n'a d'ailleurs pas songé à toutes ces conséquences que je tire de ses notes, vieilles de quatre ans; c'est par un souci heureux d'exactitude qu'il a signalé
sa correction apportée à la coordination des tableaux. Il s'est occupé presque exclusivement, dans le commentaire de son rêve, d'expliquer Torigine des images, mais cola ne présente pas d'intérêt pour le moment.
Il est rare que les observateurs distinguent ainsi spontanément Tordre subjectif et Tordre objectif des tableaux, et il ne serait peut-être pas sans danger d'attirer sur cette distinction Taltention de jeunes observateurs, car on risquerait d'obtenir des déclaralions altérées par une complaisance inconsciente. Ce danger ne vicie certainement pas les deux observations que je viens de rapporter, car elles ont été rédigées à une époque où je n'avais pas encore établi pour moimême la distinction dont il s'agit; les observations VIII et XXXI sont aussi à l'abri du même danger.
Dans les récits de rêves qui ne contiennent pas d'indications sur la différence de Tordre subjectif avec Tordre objectif, on peut essayer, avec des chances de succès, de deviner quel a été le tableau principal et de comprendre comment ce tableau a déterminé la 'coordination de Tensemble. Mais cette méthode est généralement périlleuse, car il n'est pas toujours possible de savoir si Tobservateur reproduit les tableaux dans Tordre où il les a saisis, ou s'il s'efforce de retrouver l'enchaînement apparent des événements imaginaires : il peut même arriver qu'il indique en premier lieu le tableau principal, et que les autres tableaux soient mis en succession objective, et je crois que cette combinaison de Tordre subjectif et de Tordre objectif n'est pas rare.
Aussi, pour contrôler le résultat des observations que je viens d'analyser, j'ai fait quelques observations nouvelles, dans lesquelles je me suis efforcé de noter
séparément Tordre subjectif dans lequel j'ai saisi Içs tableaux et l'ordre objectif suivant lequel ils tendaient à se coordonner.