CHAPITRE V
La vie mentale du sommeil est constituée par une pluralité de séries phénoménales qui se déroulent séparément les unes des autres. Dès lors le problème relatif à cette vie mentale se pose avec plus de précision qu'au début de cette recherche : il s'agit maintenant de savoir quelles sont les forces qui agissent dans ces séries et en déterminent le développement; il s'agit aussi de savoir si les diverses séries simultanées peuvent se fondre les unes dans les autres, et se coordonner en des ensembles plus complexes. En fait, ces deux questions sont liées Tune à l'autre, car le développement d'une série ne peut se faire que par l'appel d'images qui existent dans la subconscience, c'est-àdire appartiennent à d'autres séries : mais on peut cependant séparer les deux questions pour les étudier, c'est-à-dire isoler d'un côté les forces directrices et organisatrices pour voir comment elles se comportent dans le déroulement des séries principales que l'observation saisit au réveil, et envisager d'un autre côté les opérations par lesquelles se combinent les diverses
séries. C'est ce que je vais essayer de faire maintenant, et, comme il s'agit ici d'une recherche qui n'a guère été entreprise jusqu'à présent d'une façon méthodique, et que le problème est extrêmement compliqué, je vais me borner à dégager quelques-unes des forces qui dirigent le développement des séries et quelques-unes des opérations par lesquelles ces séries se combinent. Les forces dont je vais étudier l'action dans le rêve sont les tendances, notamment le désir et la crainte (ch. v), et la force propre de développement qui appartient aux images (ch. vi). Parmi les opérations de combinaison, j'étudierai la combinaison des sensations et des images dans le rêve perceptif (ch. vn) et la réunion de plusieurs séries en une seule sous l'influence d'une émotion (ch. vju).
§ 1 . — Le désir.
Freud a écrit sur le rêve un livre d'un grand intérêt*, dont l'idée directrice est que tout rêve est la réalisation d'un vœu ( Wunscherfûllimg). Sans insister pour le moment sur ce que cette théorie a de paradoxal, je dois dire qu'un bon nombre de rêves nous montrent dans le désir une force puissante capable d'organiser les images et de déformer les souvenirs en vue d'obtenir satisfaction.
La façon la plus simple dont le désir puisse agir dans le rêve consiste à créer, au moyen des images dont l'esprit dispose, un tableau qui montre le désir réalisé. En voici quelques exemples :