OBSERVATION LV
De L, />... — Nous étions en classe de philosophie, non dans la salle ordinaire, mais dans une autre plus vaste. Le concierge apporte les listes de Tafcleau d'Honneur, et le professeur lit les noms, très, très lentement. J'écoute avec inquiétude, soulevé un peu et appuyé sur la table, comme j'ai coutume de faire en classe de physique, parce que le professeur est très loin, à l'autre bout de la classe... Les noms d^s internes viennent d'abord, puis ceux des externes dans l'ordre alphabétique. Depuis très longtemps j'entends nommer : B...t, B...e, Ch..., D... (l'observateur). Mais j'ai mal entendu la fin de la liste. Ni Ch... ni moi n'avons le Tableau d'Honneur. Ch... s'étonne. Le professeur lui répond qu'il ne le mérite pas, et ajoute : « Quant à D..., il ne pouvait s'attendre à l'avoir. » Je pleure, je me lamente, je supplie le professeur. Mais il reste inébranlable, et je me réveille.
Ce rêve s'est produit le 29 octobre, c'est à peu près à la date où l'on a coutume de fixer la liste des élèves inscrits au Tableau d'Honneur. Cette date explique la préoccupation du rêveur. Mais la crainte qui se réalise dans le rêve était aussi peu justifiée que possible : L. D... était le meilleur élève de la classe, sa conduite était aussi irréprochable que son travail. Si donc la crainte de n'être [pas inscrit au Tableau d'Honneur avait pu lui traverser l'esprit pendant la veille, cette crainte avait dû être bien légère, et cependant elle s'est réalisée dans le rêve.
1. Cf. tJn réveil du même genre dans P. Janet, Névroses et idées fixes, p. 419 (Paris, F. Aicau).
Ce fait tend à montrer que le moi endormi est plus accessible à la peur que le moi éveillé, c'est-à-dire que la peur grandit pendant le sommeil ^ qu'elle exagère le danger d'une façon démesurée. Les faits qui le prouvent sont très nombreux. Je me bornerai à en citer quelques-uns.
Ce développement de la peur pendant le sommeil est particulièrement frappant et fréquent chez les enfants, et il Test en dehors de toute influence morbide.