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Delbœuf. Le sommeil et les rêves, p. 111 et suiv

reparaître dans les rêves sont les images les plus récentes. La loi de Toubli graduel formulée par Taine*, s'applique à la pensée du sommeil aussi bien qu'à celle de la veille. Autrement dit, les 'percc[ilîoiis laissent après elles des images qui tendent à reparaître avec une force qui décroit à mesure que la date de la perception s'éloigne, et cela est vrai pour le rêve aussi bfen que pour la pensée de Thorpme éveillé. Voila une première loi.

11 en est une deuxième dont le domaine d'application est aussi général, c'est-à-dire s'étend à la veille aussi bien qu'au sommeil. C'est que les perceptions qui nous ont émus d'une façon un peu vive, c'est-à-dire qui ont élé accompagnées d'un plaisir ou d'une douleur noUement sentis, tendent à reparaître avec plus de forc^* que les perceptions indifférentes. Autrement dit, les images émotives sont plus fortes que les images non émoLives.

Les insomnies causées par le souvenir d'un événement qui a produit une forte émotion, fournissent snv ce point une preuve décisive.

OBSERVATION LXXIH

M. B... m*a raconté qu'un jour il fut appelé brusque me n pour servir d'auxiliaire à trois médecins dans une opéi^atioii très grave, une laparotomie, que devait subir un de ses voisins et amis. Les médecins jugeaient le patient trop faible

1. " Tous les jours nous perdons quelqu's-uns de nos sluivpnirs, les trois quarts de ceux de la veille, puis d'autres parmi Jes survivants de la semaine précédente, puis d'autres parmi les survivants de l'autre mois, en sorte que bientôt un mois, une année ne se trouvent plus représentés dans notre mémuin^ qua par quelques images saillantes, etc. » Taine, De Clnlelifijsncc, 4» éd., I, p. 146.

Foucault. Il

2i0 LE DÉVELOPPEMENT SPt)NTANE DES IMAGES

pour le chloroformer complètement, et M. B... dut lui maintenir les jambes immobiles pendant l'opération. Il en reçut une impression très pénible et très vive. Pendant une vingtaine de nuits, l'image de Topération lui revint d'une manière obsédante. Il eut le sommeil troublé au point de ne pouvoir presque pas dormir. « Je voyais, dit-il, le corps posé sur une table, le ventre ouvert, et les médecins comme au monàent de l'opération. » Il en résultait un réveil brusque, douloureux, quelquefois avec des cris, non par suite d'une peur, mais par un sentiment tout différent, très pénible ^'ailleurs. Après le réveil, l'image restait dans Tesprit, non plus hallucinatoire, mais encore extrêmement vive. Parfois, M. B... se levait, ouvrait la fenêtre, y restait une demiheure, fumait une cigarette, puis retournait se coucher et essayait de dormir, mais inutilement : à peine commençaitil à s'assoupir, que la même vision le réveillait. L'image revenait aussi quelquefois dans la journée, mais elle était alors moins vive. La nuit, au contraire, elle avait une vivacité et une netteté telles, qu'au moment où le récit me fut fait, il était impossible de les retrouver, même avec un efifort. Le tableau Imaginatif était toujours le même, eX il présentait lin souvenir exact de l'événement. Enfin, l'obsession cessa un jour de se produire, sans autre cause connue que l'action du temps. Plus tard, M. B... ayant appris de son fils que j'avais l'intention d'aller lui demander le récit de cette obsession, eut encore deux ou trois fois son sommeil interrompu de la même manière, et les images eurent la même vivacité. Mais, après qu'il m'eut réellement fait le récit, le fait ne se reproduisit pas.

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