SCÈNE II HUBERT, ANGÉLIQUE, HUBERTINE
HUBERT, ayant suivi des yeux Félicien, après un instant de
réflexion
Hum ! un gentil garçon !
Mais il s'y prend vraiment d'une étrange façon ï
ANGÉLIQUE, vivement Que dites-vous?
HUBERT, paternellement, mais avec malice
Pardieu ! Sans peine Je vois clair dans son jeu. Depuis une semaine
Il vient ici. Des prétextes divers !
Tantôt, c'est le dessin d'une nouvelle mitre Qu'ont remis à ses soins ces messieurs du Chapitre, Tantôt il parle au nom de Monseigneur — Ses airs Sont fort édifiants. Mais, j'ai les yeux ouverts Et je conclus, — dis voir si j'ai tort, Angélique, — Qu'il faut que ce garçon s'explique.
HUBERTINE
Qu'est-il d'abord?... Un ouvrier!...
HUBERT
Baste ! un ouvrier des dimanches!
Pour un humble artisan, il a les mains bien blanches .'
HUBERTINE
Il nous l'a dit : peintre verrier l
HUBERT
Je n'en crois rien !
ANGÉLIQUE, intervenant, d'un air mystérieux
Moi, je suppose Bien autre chose !
A leur oreille
C'est un prince !
HUBERT, riant
Ah!
ANGÉLIQUE
Un prince déguisé !
HUBERTINE, sérieuse
Ah ! de quel rêve fou ton esprit s'est grisé !
ANGÉLIQUE, avec un grand sentiment d'intimité affectueuse
Ecoutez ! je vais tout vous dire
Tout près d'eux Il m'aime!... Il m'en a fait l'aveu !
HUBERTINE, inquiète
Ah ! ma fille !
HUBERT
Vraiment, sournoise !
ANGÉLIQUE
Iî ne désire
Rien tant que de parler; mais, s'il hésite un peu, Ah ! que votre bonté seulement l'encourage ! Et ce sera tôt fait de notre mariage.
HUBERT
Eh ! Eh ! voyez vous ça ?
ANGÉLIQUE
Je ne sais rien de lui, Sinon qu'il m'aime et qu'aujourd'hui Ma vie est liée à la sienne ; Que je crois en lui fermement, Qu'avant ce soir j'attends qu'il vienne Confesser ici son serment !
HUBERTINE, émue
Dieu t'entende, ma fille, Et daigne t'exaucer !
Elle embrasse Angélique avec une profonde tendresse. A ce moment, on entend les cloches sonnant pour la sortie de la procession de la Fête-Dieu.
ANGÉLIQUE, toute joyeuse
Les cloches ! — Vite, il faut que je m'habille ! La procession va passer I
Elle envoie du bout des doigts un baiser à Hubert et à IIu berline, puis disparait vivement.