LES MÊMES, ANGÉLIQUE
HUBERTINE, à la vue d'Angélique
Comme ta robe te va bien !
30 LE HKVE
HUBERT
Que te voilà fraîche et vermeille !
ANGÉLIQUE
Voyez ! Voyez cette corbeille
Toute pleine de fleurs !
Sûr ! C'est Félicien
Qui l'a mise sur ma fenêtre,
Discrètement, craignant peut-être
De me fâcher — Gomme il est bon !
Posant sa corbeille et reprenant Hubert et Hubertine à part.
Mais, écoutez ! que je vous dise
Gomment nous apprendrons son nom !
Hier, il m'a parlé :
Déjà commence à entendre les vagues harmonies de la procession n marche.
Retrouvant les mots
« Quand la procession
* Demain passera là, pour sortir de l'église
« Regardez bien ; vous me reconnaîtrez...
€ Et vous serez alors joyeusemement surprise!
« Puis aussitôt après, vous me verrez
« Venir vers vous, — avec mon père.. !
Qu'a-t-il voulu me dire et quel est ce mystère?
HUBERT
Voilà bien des façons !
ANGÉLIQUE, à Hubertine
Mère, le cœur me bat!
Un rayon d'en haut m'illumine !
Je suis heureuse ! Je devine Que mon avenir vient sans effort, sans combat !
HUBERT reprenant à la dérobée la main de sa femme
C'est ainsi qu'autrefois nous aimions, Hubertine ! Que c'est beau la jeunesse !
HUBERTINE de même
0 sainte illusion !
Tous les trois demeurent un instant muets. Angélique a repris sa corbeille dont elle achève d'effeuiller les fleurs et qu'elle place ensuite sur l'appui de la fenêtre. Les premiers murmures de la procession qui s'approche se font distincts.
ANGÉLIQUE
Ecoutez ! Ecoutez ! C'est la procession !
Plaçons-nous pour bien voir !
Elle se place debout devant la fenêtre, Hubert et Hubertine ^'installent derrière elle.
Ces roses effeuillées Seront pour Monseigneur et le Saint-Sacrement ! La brume du matin les a toutes mouillées !
Un peu fébri.e Quel parfum ! — Nous allons mère, dans un moment Tout savoir!
Pendant ce qui précède, la procession est venue à portée des regards des personnages en scène. Le public ne la voit pas. Son passage est simplement expliqué par les interjections d'Angélique. C'est d'abord, au milieu des mouvements de la foule, un cantique que chantent des voix grêles.
Voilà la confrérie !
Et l'oriflamme d'or !. .. Et la gerbe fleurie !
Oh ! ce petit Saint Jean !... Joli comme un amour ! Si mignon, si tremblant, se soutenant à peine, Rose et blond, tout vêtu de laine !....
Elle plonge la main dans la corbeille et jette une poignée de fleurs.
S'agenouillant à demi puis recommençant à jeter des fleurs de la corbeille sur la procession.
Sainte Agnès !... Toute blonde en ses habits brodés !...
Le Chapitre !... Et, là-bas, Monseigneur sous le dais!
Tandis que sur un ronflement du serpent, le Pange Lingua est chanté par des voix d'hommes, Angélique regarde toujours dans la rue, avec une émotion croissante.
Mon cœur bat à se rompre Î...I1 vient, lui que j'espère,
Il s'approche, le bien-aimé !
Viens, mon prince charmant ! dans l'azur parfumé, Révèle-toi !...
Elle jette des fleurs à plusieurs reprises; avec un cri et désignant tout à coup un point de la rue.
Dieu, là !... Voyez, ma mère...
A la suite de Monseigneur...
Félicien !... Ah ! cette ressemblance
Nous devait frapper, malgré son silence! Cest son fils?... Le voila, mon rêve de bonheur ! Tout à fait en scène, avec une exaltation joyeuse. Le fils de Monseigneur!... Le fils de Monseigneur!!...
Elle reste en une extase rayonnante, tandis que Hubert et Hubertine jettent sur elle un regard de profonde douleur.