‹ Le RêveChapitre 17 sur 30 · SCÈNE III JEAN, FÉLICIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE III JEAN, FÉLICIEN

Félicien est venu vivement en scène. 11 désigne Hubert cl Ilubertine qui viennent de disparaître :

FÉLICIEN, tristement.

Mon père, vous voyez! Ils m'accusent, ceux-là, Comme elle m'accuse sans doute!

Pour la dernière fois, mon père, me voi!à Suppliant devant vous !...

JEAN, qui l'a contemplé avec attendrissement.

Ecoute !

Il vient en scène et l'attire vers lui avec émotion. Viens là, dans mes bras, sur mon cœur ! Laisse-moite parler, mon fils, avec douceur, Au nom de ta mère adorée, Toujours présente, tant pleurcc !...

Ton chemin n'est pas où tu vas, Il est où mon vouloir te mène, Vers la félicité certaine, Vers la paix si chère aux cœurs las !

Incline ta tête pâlie, Résigne-toi, mon fils, oublie !

Pleure en mes bras, si tu le veux.

Pleure, enfant, ta tendre chimère!

Epuise cette ivresse amère Du sacrifice de tes vœux !

Pleure !

FÉLICIEN, dominé, troublé, les yeux en larme» Ah ! mon père !

JEAN

C'est pour toi que mon cœur tout saignant s'est offert Au dieu de paix et d'espérance !

S'il ne t'épargnait la même souffrance, Que me servirait d'avoir tant souffert.

Avec une foi impérieuse

Tu seras prêtre ! Dieu t'appelle !

Souris à l'aurore nouvelle !

FÉLICIEN se débattant contre lui-même, à part

Et je ne me révolte pas !

Lâche que je suis, lâche, lâche !

Non ! par le serment qui m'attache Je lutterai !

JEAN, après l'avoir contemplé, comme deviné. Pesamment

Tu céderas !

Il embrasse longuement son fi! & Plus doucement

Je comprends quel doute t'assiège ! Garde-toi d'un mot sacrilège !

Va, mon enfant ! Ne réponds pas.

Laisse-moi seul dans le silence Parler à ceux qui dorment là!

Nos aïeux! Chaque jour, j'invoque en ma prière Ces justes au cœur pur, ces forts à l'âme fîère! V son tour bien souvent leur esprit me parla. Embrassant une dernière fois Félicien

rlésigne-toi, c'est Dieu qui t'aime et te châtie!

FÉLICIEN

Non, je ne pourrai!

JEAN

Va, mon enfant : pleure, oublie!...

Félicien, la tête penchée, subjugué, sans parole, sort lentement par la petite porte de l'évêché. Quand il a disparu, Jean marche vers la chapelle Hautecœur, y pénètre et y demeure hors de vue pendant ce qui suit. La scène reste vide durant quelques secondes. Après quoi, Angélique arrive, très troublée, pâle, comme redoutant d'être suivie.

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