SCENE II JEAN, FÉLICIEN
FELICIEN, entrant violemment
Mon père, elle se meurt !
JEAN surpris, inquiet Félicien!...
FÉLICIEN avec plus de force
Mon père, Angélique se meurt !
Se révoltant
Mais non, non! Dieu va faire Un miracle! C'est vous qui devez la sauver!
JEAN, sans comprendre
Moi!
FÉLICIEN, s'animant
Vous avez rendu sa blessure mortelle Quand sa mère a menti pour me séparer d'elle. Mon père, allez-vous donc aujourd'hui l'achever? C'est à vous que le ciel en demanderait compte.
JEAN, avec une grande dignité Me jugez-vous, mon fils, et me condamnez-vous?
FÉLICIEN
Je souffre tant! Pardon, si ma parole est prompte!
Ayez pitié. Voyez, je suis à vos genoux!
Oh ! suivez-moi, venez lui commander de vivre l
JEAN
Je ne puis rien pour elle !...
FÉLICIEN, repris de violence
Il faut me suivre, Entendez-vous! — Et, comme autrefois votre aïeul Jean Cinq, qui guérissait les mourants, vous, mon père,. Demandez un miracle, et qu'à votre prière. Dieu fasse se dresser l'enfant de son linceul.
JEAN
Laisse-moi. J'ai dit non!
Ah ! cette pâl& imàgb
Qui reste, je le sais, vivante en vous toujouis,
Cette femme au tendre visage....
Ma mère, ... écoutez-la défendre mon amour
Mouvement de Jean qui écoute ce qui suit dans une sorte de stupeur.
Ne vous dit-elle pas que j'aime Ainsi que vous l'aimiez vous même ?
Votre deuil à sa mort a-t-il été menteur? Vos yeux sont-ils fermés, votre humanité morte Quand vous me voyez fou de rage et de douleur? Quand pour guérir ce mal sans pitié qui l'emporte, Je viens vous demander votre aide à deux genoux ! Quoi ! c'est vous, lorsqu'il reste encor cette espérance, Qui me refusez Dieu !
JEAN, maîtrisant sa colère
C'est trop de patience !
Mon fils, retirez-vous.
FÉLICIEN, n'obéissant pas, hors de lui
Ah !... pour nier ainsi la clémence divine, Arrachez-le donc de votre poitrine Ce long deuil qui fait honte à votre cœur glaté Vous avez pour toujours renié le passé ! Vos regrets et vos pleurs!... dérision amère!
JEAN
Malheureux!
Vous n'avez jamais aimé ma mère!...
11 sanglotte, la face entre les mains et s'appuie, au fond, contre la porte, tandis que Jean, un instant comme foudroyé et chancelant fait quelques pas, puis tombe à genoux sur son prie- Dieu. Symphonie. Au tumulte de ses pensées succède un lent apaisement. Peu à peu, Félicien s'est retourné ; il se rappro-
che très ému jusqu'au moment où Jean se relève. Il le regarde avec un grand saisissement de joie, prendre dans une crédence, le vaisseau des saintes huiles.
JEAN
Ta mère m'a parlé ! Je fais selon ses vœux! Viens; marche le premier.
FÉLICIEN, dans un cri de reconnaissance Ah!
JEAN
Si dieu veut, je veux
Il se met en marche derrière son fils.
La toile tombe rapidement. La symphonie continue, liant absolument ce tableau au suivant.