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IDÉES GENERALES ET ABSTRAITES

Cette décomposition en éléments s'applique aussi aux idées générales et aux idées abstraites. Les premières ne sont qu'une forme intermédiaire entre les concrètes et les abstraites : il est donc inutile de les traiter à part. Pour les pensées abstraites, j'ai montré dans mon précédent travail comment elles se laissent ramener en définitive à des idées concrètes, mais dans lesquelles l'élément verbal prend une place de plus en plus prépondérante, à mesure qu'elles sont plus rigoureusement abstraites.

Ce n'est là qu'un abrégé trop succinct de ce vaste sujet et j'invite le lecteur à se reporter au travail où je l'ai traité d'une manière plus approfondie.

Comme conclusion de ce qui précède, nous dirons donc : les idées, quelles qu'elles soient, se laissent ramener à des images mentales qui se peuvent décomposer en éléments relativement peu nombreux, mais dont les combinaisons sont infinies. Ces éléments sont les uns sensitifs ou moteurs, les autres mixtes ; ce sont des images de forme, de couleur, éventuellement de son, de goût, d'odeur et de caractères tactiles avec toutes leurs formes et toutes leurs variétés et cela pour chacun des points qu'occupent l'image et ses diverses parties dans l'espace mental ; et à cela vient s'ajouter l'image de la représentation verbale correspondant à l'ensemble et éventuellement à chacune de ses parties. Ainsi l'image mentale d'un cheval se compose de l'image de l'animal entier et de celle de ses moindres parties associées en groupes délimités comme l'on voudra pour former le corps, la tête, les membres, la bouche, les yeux, la peau, les poils, etc., etc. Et toutes ces images jusqu'aux plus ternes sont distinctes les unes des autres par le fait qu'il n'en est pas deux qui occu-

peut en même temps le même lieu de l'espace mental. L à

Tous ces éléments constitutifs d'idées sont assurément fort nombreux si l'on tient compte des multiples variétés de chacun. Mais sans compter que la décomposition pourrait être poussée plus loin, (ce qui me parait inutile pour l'usage que nous avons à en faire), ' ces éléments sont cependant infiniment moins nombreux que les idées pouvant résulter de leurs combinaisons infinies. Leur nombre est d'un ordre de grandeur comparable à celui que l'on peut admettre pour les neurones de l'écoree cérébrale.

Faisons maintenant l'hypothèse qu'à chacun de ces éléments d'idées ou si l'on veut d'images mentales sensitives ou motrices correspond un neurone ou un groupe de neurones déterminé, nous pourrons dire, et ce sera la conclusion générale de ce qui précède : une idée est la condition cérébrale créée par l'entrée en action des neurones ou groupes de neurones correspondant aux éléments qui la constituent. Et nous insistons sur ceci qui est essentiel dans notre conception, que l'idée n'est rien autre que cela et ne comporte pas un quelque chose ayant une existence indépendante qui serait la fusion, la synthèse, la résultante de ces éléments constitutifs ou de ces activités élémentaires ; cette résultante n'a pas plus d'existence indépendante que n'en a, en mécanique, la résultante des forces diverses qui,, appliquée à un objet matériel, détermine son déplacement. Dès lors, nous pouvons dire que l'apparition dans la conscience d'une idée quelconque est réalisée lorsque entrent en activité dans les couches corticales du cerveau les neurones correspondant à ses éléments constitutifs.

Nous voilà en possession des deux bases essentielles de notre conception : d'une part, les idées décomposées en leurs éléments constitutifs ; d'autre part, les neurones corticaux supposés correspondant chacun

individuellement à l'un de ces éléments. Admettons que ces neurones soient réunis chacun à tous les autres ainsi que le sont les abonnés d'une ville par l'intermédiaire d'un poste téléphonique central, mais d'une façon permanente, le poste central faisant ici défaut. Nous avons maintenant à montrer comment par le jeu de ces parties peuvent s'expliquer sinon tous les processus psychiques, du moins ceux qui sont les plus simples et auxquels nous aurons le plus souvent à faire appel dans l'étude des rêves : ce sont l'association des idées et la mémoire.

Nous admettrons que de chaque neurone en activité partent des influx dynamiques (j'emploie à dessein ce terme très vague pour ne rien préjuger touchant leur nature) rayonnant dans tout l'encéphale et se transmettant à tous les autres neurones, d'où résulte une sorte de sourde activité monotone de tout l'encéphale.

Nous supposerons aussi que lorsque deux neurones sont simultanément en activité, leurs échanges d'influx dynamiques sont plus intenses que les influx qu'ils envoient vers les régions en repos.

Enfin, nous admettrons que les voies conductricesreliant les neurones sont d'aulant plus perméables qu'elles sont plus fréquemment parcourues par des influx dynamiques intenses, quelque chose comme si c'étaient des canaux faits d'une substance très dilatable et peu élastique, en sorte que sous la poussée de l'onde qui les parcourt, ils se laissent distendre et deviennent plus perméables pendant un temps plus ou moins long, tandis que leur élasticité les ramène progressivement et très lentement à leur calibre primitif. Ce n'est là qu'une très grossière figure destinée à faire comprendre ma "pensée sans nullement prétendre à représenter la réalité des choses.

Cela posé, supposons une idée n° 1, composée des éléments constitutifs A, B, C, D, E, F, G, correspon-

• dant aux neurones a, b, c, d, e, /, g, qui sonl en activité quand l'idée occupe l'esprit ; et soit une autre idée n° 2, composée des éléments G, H. I, J, K, L, M, correspondant aux neurones g, h, i, y, A, /, m, ayant avec l'idée n° 1 un élément commun G. Essayons de nous rendre compte comment l'idée n° 1 pourra, au moyen d<î cet élément G, évoquer l'idée n° 2. D'après les hypothèses ci-dessus, le centre neuronique g, étant en activité en tant que partie intégrante de l'Idée n° 1, émet vers tous les centres autres que a, b, c, d, e, /, des courants d'influx dynamiques monotones et très faibles ; il en émet donc de tels vers h, i, j, k, l, m.

Faiblesse et monotonie ne veut pas dire intensité rigoureusement égale. Il va de soi, d'après l'une des hypothèses ci-dessus, que les voies conductrices les plus perméables recevront un courant d'influx dynamique plus intense. Si donc, l'idée n° 2 esl quelque peu familière et surtout si quelqu'un de ses éléments, n'importe lequel, H, je suppose, a été assez fréquemment évoqué par G au cours fies opérations psychologiques antérieures, il se pourra que les voies conductrices reliant g à h soient assez perméables pour laisser passer une dose d'influx dynamioue caoable de déclancher l'activité potentielle de h et le faire entrer en action.

Ce qui s'est passé pour g se passe maintenant pour g et h ; les influx dynamiques monotones reçus par i, /, A', /, m. sont plus forts, et surtout il y a deux fois plus de chances que l'un d'entre eux, n'importe lequel, i, je suppose, se trouve relié soit à g, soit à h, par des voies conductrices assez perméables pour qu'il puisse recevoir par elles la dose d'influx suffisante pour le faire entrer en action.

Sans qu'il soit utile de poursuivre cette explication, , on conçoit maintenant que les chances pour que /, k, /, m, entrent à leur tour en action, s'accroissent très rapidement suivant une progression plus forte que la

proportionnalité simple. Le processus fait la boule de neige ; la première chance était faible, reposant seulement sur ce que l'idée n° 2 était plus ou moins familière ; les suivantes sont de plus en plus fortes à mesure que le nombre des centres en action devient plus grand.

Tout cela se passe avec une rapidité foudroyante qui ne permet pas de saisir les détails du phénomène ; mais, s'il arrive qu'il soit quelques instants suspendu par le fait que l'excitation reçue par les derniers centres ne soit pas tout à fait suffisante, qu'elle soit en quelque sorte au seuil, à la limite de ce qui serait nécessaire pour déclancher l'activité potentielle, il y a un moment d'hésitation dans la reconnaissance de l'idée incomplète ; et, si les éléments qui manquent sont précisément ceux qui correspondent à la représentation verbale de l'idée, c'est alors que l'on a « le mot au bout de la langue » et que les autres éléments constitutifs de l'idée peuvent être aperçus par une introspection attentive.

Ce qui précède s'applique surtout à l'association des idées. La mémoire, bien qu'ayant cette dernière pour base, comporte un élément de plus : la connaissance que l'idée n'est pas nouvelle et qu'elle a déjà antérieurement été présente dans l'esprit.

La reconnaissance d'une idée par la mémoire repose sur ce fait que l'idée reconnue ressemble à une autre idée présente avec elle simultanément dans l'esprit, différant de cette dernière généralement par un nombre plus ou moins grand de points accessoires appartenant plutôt au cadre de l'idée qu'à l'idée elle-même et en différant en outre toujours par le facteur temps. Un exemple est nécessaire pour rendre plus claire ma pensée : une association d'idées fait surgir dans mon esprit la figure d'un personnage ; mais aussitôt cette dernière apparaît double dans deux cadres différents

avec des caractères accessoires différents aussi ; par exemple, ce sera le Président Fallières, vu un,e fois aux courses, une autre foiVà une réception officielle : c'est le même personnage ; son identité est démontrée par la ressemblance des Traits, bien que sous des aspects très différents peut-être dans les deux tableaux, et surtout par son nom marmotté mentalement. Mais, combien le cadre est différent. C'est le même personnage, mais pas dans les mêmes circonstances ; en outre, un autre facteur diffère daim les deux tableaux, îe facteur temps, tel qu'il a été défini plus haut.

Grâce à ce dernier facteur, ces deux Fallières nous apparaissent comme un même personnage à deux moments différents dans le temps, l'un antérieur à l'autre en ce qu'il est plate plus loin dans cette direction de l'espace où s'échelonne pour moi le temps écoulé. C'est par là que les deux tableaux diffèrent de deux tableaux présents simultanément dans l'esprit et qui représenteraient deux personnages différents qui se trouveraient avoir entre eux de grandes ressemblances et porter le même nom.

En résumé, la mémoire récognitive a pour facteur essentiel la comparaison de deux idées simultanées différant entre elles au moins par le facteur temps, compté comme étant un des éléments constitutifs de ces idées.

Nous avons plusieurs fois dans cet essai d'explication des processus psychiques fait allusion au mode de fonctionnement des éléments nerveux de l'écorce cérébrale, mais par de simples figures de rhétorique ayant la signification d'une comparaison pour faire comprendre et non pour expliquer. Il serait intéressant de rechercher si, parmi les théories sur la structure et le fonctionnement des neurones, il en existe qui

s'adaptent aux exigences de notre conception psychologique.

Ce> exigences sont très nettes et se réduisent à deux. Il faut d'abord que tout neurone supposé l'organe d'un élément constitutif d'idée puisse entrer en relation avec tout autre neurone, organe d'un autre élément d'idée, quand du moins ces éléments ne sont pas incompatibles entre eux. Cette exigence est aisément satisfaite par les communications entre neurones au moyen des prolongements protoplasmiques et par les communications cylindraxiles qui ont été reconnues de la manière la plus certaine.

La seconde est plus délicate : il faut que l'excitation partie d'un neurone au lieu de se diffuser d'une façon homogène dans toutes les directions, vers tous les neurones avec lesquels il communique, se propage seulement ou principalement suivant une ou quelques voies privilégiées. Et il faut que ces voies privilégiées ne soient pas toujours les mêmes ; il faut que celles qui étaient ouvertes à un moment donné se ferment, tandis que s'ouvrent certaines de celles qui étaient précédemment fermées, de la même façon qu'à une bifurcation de voie ferrée, l'une des deux lignes s'ouvre au passage du train, tandis que l'autre se ferme sous le geste de l'aiguilleur.

La théorie de l'amceboïsme des neurones pourrait paraître apporter la solution désirée. D'après cette théorie, les prolongements protoplasmiques ne seraient pas en continuité permanente d'un neurone à l'autre : ils se termineraient par des extrémités libres douées de mouvements amœboïdes grâce auxquels la communication s'établirait dans l'état d'allongement et se romprait dans la condition de retrait. Je ne sache pas qu'on ait jamais fait usage de cette conception pour le problème qui nous occupe, mais elle a été ingénieusement utilisée par Mathias Duval pour expliquer le sommeil.

Il semble bien que le mouvement amœboïde soit de nature trop lente pour expliquer la fulgurante agilité des associations d'idées et il resterait en tout cas à expliquer sous quelles influences se produiraient les connexions nécessaires à des idées complètes et bien enchaînées. D'ailleurs, la question ne se pose pas, la théorie de l'amceboïsme ayant été abandonnée pour plusieurs raisons : l'observation histologique ne lui fournit aucun appui ; nulle part on n'a observé cet amœboïsme à l'état vivant chez les animaux transparents ; nulle part enfin ne se rencontrent les aspects auxquels il devrait donner lieu sur les coupes de tissu nerveux fixé dans les conditions convenables d'activité ou de repos.

Les recherches récentes sur le mode de communication des prolongements protoplasmiques ou des ramifications cylindraxiles d'un neurone à l'autre n'ont pas abouti à des conclusions définitives qui permettent de réduire le mode de communication à un schéma unique. Il semblerait y avoir trois modes différents ayant entre eux seulement ceci de commun qu'aucun ne consiste dans la continuité pure et simple.

Dans certains cas, on voit les dernières ramifications neuroniques constituées par une sorte de chevelu de radicelles s'entrecroisant avec les chevelus des neurones voisins de telle façon que deci delà deux prolongements appartenant chacun à l'un des deux neurones correspondants s'adosseraient l'un à l'autre sur une certaine étendue, établissant entre eux une relation de contiguïté plus ou moins étroite.

Le second mode a pour organes les boutons d'Auerbach, renflement|S terminaux des dernières ramifications de prolongements neuroniaues s'adossant non à des organes similaires, mais au corps lui-même du neurone voisin.

Le troisième mode est représenté par les articulations ; dans ce cas, la jonction des extrémités libres des

prolongements de deux neurones voisins se ferait par un organe particulier, l'articulation, rappelant l'union d'un tenon avec une mortaise.

Au niveau de l'articulation il y a contact intime, mais non fusion des deux protoplasmes, qui restent séparés par une double membrane cellulaire et par un ciment intermédiaire d'une extrême minceur.

11 y a donc dans les trois modes (et c'est là le point essentiel sur lequel il convient d'insister) à la fois indépendance et relation étroite entre les territoires des neurones associés.

Sans viser aucunement les processus psychologiques et dans le dessein d'expliquer certaines particularités des réflexes et des contractions musculaires, Lapicque (10) a établi sur sa découverte de la chronaxie une théorie intéressante, très suggestive, fondée sur des expériences physiologiques du plus haut intérêt. Comme nous aurons à faire usage de quelques-uns des résultats auxquels il est arrivé, nous devons d'abord exposer les points essentiels de sa théorie, en nous excusant de cette digression un peu longue, un peu aride, mais nécessaire.

Si l'on soumet un muscle à des excitations électriques, on constate dans ses réponses des particularités qui traduisent sa caractéristique physiologique : une excitation unique provoque une contraction unique qui n'est pas instantanée mais de durée déterminée, d'autant plus courte que le muscle est plus excitable, d'autant plus longue qu'il est plus torpide. En soumettant le muscle à des excitations périodiques, on peut, en augmentant leur fréquence, fusionner partiellement les contractions individuelles momentanées en une contraction continue constituant un tétanos. Si le muscle est très excitable, ces excitations doivent être plus rapprochées ; s'il est torpide, elles peuvent être plus espacées. Lorsqu'on soumet le muscle à une excitation d'inten-

site suffisante pour provoquer sa contraction, on pourrait croire au premier abord que l'excitation peut être instantanée ; il n'en est rien cependant. La durée néc< ssaire de l'excitation, bien qu'extrêmement faible, doit avoir une valeur définie, et il n'est si forte excitation qui ne resterait sans effet si sa durée tombait au-dessous d'un certain minimum. Plus l'excitation est faible, plus sa durée doit être longue pour produire une contraction. Cependant on ne peut pas indéfiniment compenser une réduction de l'intensité par une augmentation de la durée. Au-delà d'une faible fraction de seconde à quelques secondes au plus (selon la nature du muscle) toute augmentation de la durée reste sans effet. Il y a donc une intensité d'excitation liminaire. Lapicque, qui a étudié d'une façon très pénétrante cette face de la question l'a appelée rhéobase. Les intensités d'excitation et les durées nécessaires correspondantes étant liées par une relation déterminée, on pourrait prendre l'une quelconque de ces durées pour l'introduire dans li formule qui caractérise cette relation. Théoriquement, il semblerait naturel de choisir la durée maximale, celle qui correspond à l'intensité rhéobasique. Pou1' des raisons de commodité expérimentale, la durée rhéobasique étant imprécise, Lapicque a préféré prendra celle correspondant à une intensité double de la rhéobase et l'a appelée chronaxie. La durée de la contraction isolée, la fréquence d'excitation nécessaires pour produire le tétanos physiologique et la chronaxie de Lapicque sont trois expressions concordantes de l'excitabilité du muscle ; elles sont interdépendantes les unes des autres, variant, la seconde dans le même sens que l'excitabilité, les deux autres en sens inverse. Toutes les trois traduisent le mode vibratoire caractéristique du muscle. Il résulte de cette interdépendance que l'on peut prendre la chronaxie de Lapicque comme expression métrique du mode fonctionnel du muscle.

Du muscle, passons au nerf. L'influx dynamique qu'il est chargé de transmettre a la forme d'une onde périodique d'une vitesse déterminée. Durant le passage de chaque onde en un point donné du nerf, le potentiel en ce point part de 0, s'élève plus ou moins brusquement à un taux donné, puis s'abaisse progressivement pour revenir à 0. La durée de l'onde est le temps qui s'écoule entre deux passages consécutifs du 0 en un même point. Ici encore on a constaté une interdépendance de ces paramètres chronologiques entre eux et avec ceux du muscle. Plus celui-ci est excitable (plus sa chronaxie est courte), plus grande est la vitesse de transmission dans le nerf et plus brève est son onde dynamique.

Le nerf a aussi sa chronaxie qui se définit comme celle du muscle. On ne peut la déterminer directement parce qu'elle ne se traduit que par les réponses du muscle et que la chronaxie du muscle se manifeste aussi dans ces réponses. Les réponses du muscle donnent la chronaxie du complexe muscle plus nerf. En supprimant l'action de ce dernier, non par le curare qui modifie et empoisonne aussi le muscle, mais par la strychnine qui n'atteint que le nerf, Lapicque a pu déterminer la chronaxie du muscle seul. Elle est la même que celle du complexe muscle plus nerf, d'où il conclut que les chronaxies du1 muscle et du nerf sont semblables.

11 résulte de tout cela que le muscle a pour sa contraction une période fonctionnelle déterminée et que le nerf utilise la même période pour la transmission des influx dynamiques. Si maintenant on applique l'excitation électrique non plus au muscle ou au nerf, mais à la moelle, on constate que le rythme des contractions musculaires ne suit plus passivement celui de l'excitant. Au-dessus d'une certaine fréquence d'excitation, la fréquence des contractions n'augmente plus : c'est le tissu nerveux qui impose son rythme propre et ce

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rythme est précisément celui qui convient pour transformer les secousses musculaires isolées en ce tétanos physiologique qui constitue la contraction musculaire pour les besoins des actes vitaux.

Une induction bien légitime permet à Lapicque de conclure que le neurone moteur, le nerf moteur qui en pari et le muscie qu'ils commandent ont la même chronaxie. signe d'une même périodicité fonctionnelle.

Sauf quelques différences dues aux conditions particulières telles que la température, la chronaxie du muscle est fixe. Mais d'une espèce musculaire à l'autre. ♦ liez un même animal, et surtout d'une espèce zoologioue à l'autre, elle varie dans des limites 1res étendues. pouvant aller de 1 à 3 000 : ces différences sont celles qui existent entre les excitabilités des divers muscles, et la chronaxie ne fait que les présenter sous une forme particulièrement précise et mesurable, en même temps qu'elle éclaire dans une certaine mesure le mode fonctionnel.

- tuf les coïncidences éventuelles qui peuvent toujours se rencontrer, on peut dire avec Lapicque qu'il y a autant de chronaxies différentes que d'espèces musculaires, anatomiques et zoologiques. Et l'on en peut dire autant des nerfs et des neurones moteurs puisque les premiers ont. de par des expériences précises, et les seconds, de par une induction légitime, la même chronaxie que le muscle correspondant.

Par une induction un peu plus hasardeuse, mais très acceptable cependant. Lapicque étend cette propriété de présenter une chronaxie spécifique individuelle des neurones moteurs centrifuges aux neurones sensitifs centripètes, puis aux neurones intermédiaires des arcs réflexes et finalement à tous les neurones des centres nerveux. C'est là une première conclusion que nous retiendrons pour en faire usage dans notre théorie. L'étendant aux neurones corticaux que Lapicque n'a ni

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exclus ni spécialement visés, nous dirons donc : les neurones corticaux ont tous une chronaxie spéciale différente pour chacun d'eux, qui est en quelque sorte leur caractéristique fonctionnelle individuelle.

Lapicque admet en outre que deux neurones quelconques susceptibles de collaborer à un même acte physiologique et ayant une chronaxie différente sont en relation par des prolongements neuroniques établissant entre eux non une continuité de tissu mais une communication plus ou moins gênée par l'articulation qui les réunit. Il pense que le mode de communication par articulation est général et ne fait point allusion aux autres modes possibles. Etablie sur ces deux bases, sa conception se ramène essentiellement à ceci : 1° l'articulation est la barrière qui maintient entre les neurones contigus l'intégrité de leur hétérochronaxie ; 2° l'influx dynamique se propage d'autant plus facilement d'un neurone à l'autre que leur hétérochronaxie est moindre ; 3° si l'hétérochronaxie est suffisante, l'influx dynamique est arrêté ; mais un influx plus énergique peut vaincre un degré d'hétérochronaxie qui établissait une barrière infranchissable à un influx d'intensité moindre.

Par là, Lapicque explique les particularités essentielles des réflexes qui seraient inconcevables si la conductibilité interneuronique était comparable à la conductibilité métallique.

Il arrive à expliquer ainsi ce qu'on pourrait appeler l'aiguillage de ïinflux nerveux. Dans une expérience fort ingénieuse, il place sur un même circuit électrique deux muscles d'espèce différente et fait à volonté contracter soit l'un, soit l'autre, soit les deux à la fois, en modifiant au moyen d'un condensateur la forme de l'onde du courant lancé dans le circuit. Il montre ainsi la possibilité d'une action sélective d'une même excitation. Puisque cet effet dépend de la chronaxie, on peut l'éten-

drc aux influx dynamiques qui traversent les rentres nerveux. L'hétérochronaxie des neurones permet de concevoir une action sélective des influx centripètes qui abordent le système nerveux.

Tout ne dépend pas, comme on l'a cru, de l'intensité de l'excitation ; il y a à tenir compte aussi de ses modalités. Une heureuse comparaison de Waller fait toucher du doigt cette particularité : un navire a une période de roulis qui lui est propre et qui dépend de ses constantes géométriques et physiques. Elle se révèle quand, en eau calme, écartant le navire de sa position d'équilibre, on l'abandonne à lui-même. Soumis à l'influence de la houle, il roule au maximum lorsque la période de la houle •est égale à la sienne et lui est synchrone. Une houle plus forte mais de période différente le fait moins rouler. Ainsi, grâce aux différences de chronaxie, une excitation pourra faire entrer en action certains neurones que laisseraient indifférents des excitations même plus intenses mais d'une modalité vibratoire plus différente de la leur. C'est là un second point que nous retiendrons aussi pour en faire usage dans notre théorie.

Nous ne suivrons pas Lapicque dans les très ingénieuses applications de ses conceptions à la théorie des réflexes et nous passerons tout de suite aux applications qui nous intéressent.

Abandonnons le terme de chronaxie pour celui de mode vibratoire qui a l'avantage d'impliquer la chronaxie et de comprendre en outre les autres particularités fonctionnelles qui pourraient coexister éventuellement avec elle, et étendons cette notion aux neurones corticaux qui seuls nous intéressent dans une théorie psychologique.

Admettons donc que chaque neurone cortical a son mode vibratoire particulier plus ou moins différent de celui des autres neurones de l'écorce, et que la vibration

se propage avec la môme formule, non seulement à travers le corps cellulaire, mais dans tous ses prolongements jusqu'à leurs dernières extrémités ; mais là, elle est arrêtée par la barrière des radicelles libres, des articulations ou des boutons d'Auerbach.

Pour la commodité de l'exposé, réunissons sous le terme unique de jonction inlerneuronique l'obstacle (qu'il appartienne à l'une ou l'autre de ces trois espèces) qui maintient, comme nous l'avons dit, l'intégrité des hétérochronaxies individuelles des neurones, lesquelles permettent une transmission gênée des influx tout en supposant à leur (libre diffusion. Nous sommes autorisés à employer ce terme général et peu compromettant, parce que, d'après ce que nous demandons à la nature de cette jonction, la théorie ne dépend en rien de sa constitution spéciale. Que certains de ces modes soient supprimés ou généralisés par les recherches ultérieures ou que l'on en trouve de nouveaux, cela ne nous gêne point, à la seule condition qu'à l'union entre deux prolongements protoplasmiques voisins, il n'y ait pas libre communication .mais barrière, constituant un obstacle plus ou moins difficile à franchir.

Nous pouvons deviner ce qui va se passer : Soit a un neurone donné et b un neurone voisin. Si la période de b est identique (homochronie éventuelle) à celle dea, l'excitation se propagera sans difficulté de a à b à travers la jonction intermédiaire ; c'est à dire que la vibration de a déterminera la vibration de b. Si la période est différente (hétérochronie), la vibration sera arrêtée. Si, cependant, l'activité vibratoire de a est suffisamment élevée, elle se transmettra affaiblie à 6 en ce sens qu'elle déterminera l'entrée en vibration de b tout en respectant la différence des modes vibratoires et b pourra transmettre plus loin dans les mêmes conditions la vibration reçue. Plus l'activité de a sera grande, pluselle se diffusera dans des directions diverses, ne s'arrê-

tant que là où elle rencontrera un mode vibratoire trop différent du sien propre.

Une explication de ce genre peut suffire pour les réflexes, réactions relativement fixes dans leur allure, mais pour les processus psychiques il nous faut quelque chose de plus. Nous pourrions expliquer par ce processus simple quelques associations d'idées très habituelles, toujours ouvertes, mais non ces associations fugaces et inattendues que nous révèle l'introspection. Pour ces dernières nous hasarderons une hypothèse de plus.

Quand un neurone a a forcé un neurone b à vibrer avec lui en raison de l'intensité de l'excitation et en dépit de la différence entre le mode vibratoire de b et le sien, il modifie par cela même le mode de b et le rapproche du sien propre. Il l'en rapproche pour un temps plus ou moins long ; mais b reprend peu à peu son mode primitif, sauf un léger reliquat qui va en diminuant lentement sans pourtant s'annuler jamais tout à fait. D'ailleurs, réciproquement b doit exercer une action semblable sur a, en sorte que entre a et b les différences de mode vibratoire se trouveront diminuées.

On voit l'application de cette donnée à l'explication de la mémoire et de l'association des idées. C'est la réalisation sous une forme physiologique concrète de la grossière comparaison que j'ai faite des voies interneuroniques avec un conduit très dilatable et peu élastique, empruntée ci-dessus à mon précédent travail. Mais ce n'est pas tout.

Soit c un troisième neurone en rapport avec b. Les différences de mode vibratoire entre b et c sont telles qu'il faut à c une dose déterminée d'activité fonctionnelle pour faire entrer b en action avant l'intervention de a ; mais cette intervention de a tend à modifier le mode de b. Dans quel sens ? Elle a pu le rapprocher du mode de c ou l'en éloigner. Dans le premier cas, c'est

un pas pour faciliter l'association et la mémoire ; dans le second, c'est un pas vers l'inhibition et l'oubli.

On peut même aller plus loin et imaginer que, pendant la durée de leur coaction, les neurones agissant simultanément pour la représentation d'une idée adoptent un mode vibratoire nouveau, différent du mode normal en ce qu'il se rapprocbe plus ou moins du mode qui serait la moyenne entre ceux de tous les neurones coagissants. C'est un certain degré de synchronisation de tous les modes vibratoires des neurones en état de coaction momentanée que l'on pourrait désigner par le terme de parachronisation. Cette parachronisation constituerait l'unité de la coaction et disparaîtrait quand la coaction est terminée (quand l'idée sort de la conscience) sauf un léger reliquat rendant plus facile une nouvelle coaction des mêmes éléments.

Prenons le cas d'une perception sensorielle : je vois un cheval. Aussitôt entrent en vibration parachrone tous les neurones correspondant pour l'ensemble et pour chacune de ses parties aux éléments dont se compose la perception (forme, couleur, situation absolue et relative dans l'espace, etc.). De ce groupe momentanément synergique de neurones partent en tous sens des influx vibratoires qui tendent à forcer l'entrée dans d'autres neurones. Ceux qui ont été rarement ou jamais associés résistent, ceux qui ont fréquemment vibré avec eux se laissent forcer. Parmi ces derniers, ceux correspondant à la représentation verbale du mot cheval n'opposent aucune résistance et. le mot vient à l'esprit. De ces derniers neurones partent aussitôt de faibles ondes vers les neurones moteurs de la langue et du larynx, provoquant des esquisses des mouvements correspondant à renonciation du mot cheval, et par là l'idée se trouve complétée et précisée. Parmi les groupes de neurones moins fréquemment associés à l'idée de cheval, par exemple, ceux correspondant aux idées d'écurie ou de

«charrette, quelqu'un se laissera forcer peut-être et aussitôt l'idée d'une écurie ou d'une charrette ou le nom du propriétaire du cheval naîtra dans l'esprit par association. Si, à ce moment, une impression sensorielle toute •différente vient impressionner le cerveau, par exemple le cri d'une chouette, aussitôt un nouveau groupe momentanément synergique entre en action, lance des influx vibratoires tout autour de lui, ceux-ci viennent heurter à tous leurs points de rencontre les vibrations d'un mode tout différent qui étaient en action dans les neurones de l'idée cheval, et, contrariant toutes leurs périodes, les inhibent rapidement ; l'idée de cheval sort de la conscience où prend place celle de la chouette.

.Xous voyons par là comment on peut concevoir qu'une idée se forme dans la conscience par suite de l'entrée en action d'un groupe déterminé de neurones excités par une impression sensorielle. Mais les neurones, grâce à leurs prolongements protoplasmiques, peuvent être actionnés du dedans aussi bien que du dehors. Ainsi, les groupes correspondant aux idées de cheval ou de chouette peuvent entrer en vibration en dehors de toute perception visuelle d'un cheval ou auditive d'un •cri de chouette, par le fait que certains de leurs neurones constitutifs auront été excités par des neurones voisins. C'est ainsi que se peuvent comprendre les images mentales non consécutives à des impressions sensorielles, c'est-à-dire les conceptions. Mais quand l'excitation provient d'une impression sensorielle, les neurones corticaux sont excités par des neurones périphériques de même période vibratoire qu'eux-mêmes, tandis que quand l'excitation provient des neurones corticaux. ambiants, les périodes vibratoires des neurones excitateur^ et des neurones excités sont plus ou moins discordantes. Ainsi s'explique, que, de façon générale, les images provenant d'impressions sensorielles soient beaucoup plus vives que celles qui correspondent à des conceptions, o

Hi LE RÊVE

Nous venons de voir comment, pendant leur coaction,. les neurones correspondant aux éléments constitutifs d'une idée diminuent leur hétérochronie par le fait de ce que nous avons appelé leur parachronisation. Cette parachronisation doit être temporaire, parce qu'il faut admettre que lorsque leur coaction cesse, ils reprennent chacun son mode vibratoire propre et retrouvent leur hétérochronie primitive. Cependant il faut admettre aussi qu'ils ne la retrouvent pas tout entière et qu'il leur reste de cette coaction temporaire quelque chose qui rendra plus aisée une coaction nouvelle. Ce n'est pas là une hypothèse ; c'est un fait du fonctionnement reconnu que tous les philosophes ont affirmé et qui ressort de l'observation journalière la plus élémentaire. Ce qui est hypothétique, c'est la nature, la base physique de cette modification. Si c'étaient toujours les mêmes neurones qui vibrent ensemble, la difficulté ne serait pas grande. Il suffirait d'admettre que cette parachronisation persiste partiellement sous la forme d'une diminution plus ou moins permanente de l'hétérochronie primitive. Mais ici surgit une difficulté. Soit a un neurone vibrant tantôt dans un groupe b, c, d, e, /, g, h, tantôt dans un groupe i, /, k, /, m, n. Selon qu'il vibrera avec l'un ou l'autre de ces groupes, il gardera de sa coaction un reliquat différent et ces reliquats qui ont toute chance d'être incompatibles ne sauraient coexister et cela d'autant plus qu'en fait il s'agit non de deux reliquats seulement, mais de reliquats nombreux et variés. Cette difficulté en apparence insurmontable, me paraît pouvoir être tournée au moyen de l'hypothèse suivante. Puisqu'il s'agit non de synchronisation mais de parachronisation, il suffit que chaque neurone puisse se parachroniser avec ceux avec lesquels il est en relation anatomique immédiate ; pour cela, nous pouvons supposer que ce reliquat se localise dans la partie du prolongement protoplasmique voisin de la jonction cor-

respondanle. Ce reliquat, sous la forme d'une parachronisation plus ou moins persistante, pourra être plus ou moins accentué et s'étendre plus ou moins loin vers le centre du neurone. C'est ce que nous appellerons l'hypothèse de la localisation des reliquats. Elle permet de concevoir la coexistence de reliquats indépendants aussi nombreux que les jonctions avec des neurones en relation avec lui et par conséquent aussi nombreux qu'il est nécessaire. Dès lors deviennent compréhensibles les phénomènes de l'habitude, de l'éducation, de la mémoire.

Soient b et c, deux neurones en connexion avec a et présentant avec lui un certain degré d'hétérochronie. Si b vibre très rarement avec a, il conserve son hétérochronie et il faut une excitation toujours aussi grande de a pour vaincre sa résistance. Si au contraire c vibre souvent avec a, leur hétérochronie diminue au voisinage de la jonction et il suffit d'excitations de plus en plus faibles pour obtenir leur coaction. Cette modification de a et de c par rapport l'un à l'autre ne troublera en rien les relations physiologiques semblables ou différentes de a ou de c avec leurs autres voisins, puisque la modification de c et de a qui rapproche l'un de l'autre leurs deux modes vibratoires se localise au voisinage de leur jonction commune et que, très accentuée chez chacun d'eux de part et d'autre de cette jonction, elle s'atténue progressivement jusqu'à disparaître à une petite distance de celle-ci en un point à partir duquel le mode vibratoire primitif de chacun de ces neurones reste intact. Voilà qui éclaire les règles si capitales de l'association des idées.

Mais, avons-nous dit, cette modification résiduelle localisée, que nous avons appelée reliquat, n'est permanente que relativement et par rapport à la parachronisation temporaire qui, elle, s'étendant à la totalité du territoire neuronique, disparaît dès que la coaction a

cessé. En fait, la modification localisée constituant le reliquat se détruit Lentement el disparaît avec le temps, c'est la rouille des associations délaissées, c'est l'oubli. Soit un neurone h en coaction temporaire avec a, 6, c, ... g ; supposons qu'il soit sollicité d'entrer en action d'un autre côté avec un autre groupe i, /, fe, ... p ; si la sollicitation de ce côté est plus forte (ce qui sera presque toujours le cas si la première coaction correspond à une image mentale venue du dedans et la deuxième a une impression sensorielle actuelle), il entrera en coaction avec le groupe i, /', k..., p, et se parachronisera avec lui ; sa parachronisation avec a, b, c... g, se trouvera abolie ; il jouera le rôle non seulement d'un poids mort, mais d'un frein dans le système mécanique a, b, c... h, et arrêtera la vibration : c'est l'inhibition.

D'après cette conception, le neurone cortical au lieu de se présenter comme un tout homogène au point de vue fonctionnel dans toute son étendue jusqu'aux points où ses prolongements protoplasmiques se terminent aux jonctions interneuroniques, ne conserverait ses caractéristiques fonctionnelles primitives que dans sa partie centrale et dans ceux de ses prolongements se dirigeant vers des neurones avec lesquels il entre rarement en action ; tandis que dans ceux de ses prolongements se dirigeant vers des neurones avec lesquels il collabore habituellement, le mode vibratoire se modifie graduellement jusqu'à la jonction voisine pour se rapprocher de celui qui opère de l'autre côté de la jonction.

Dans cette hypothèse, la différence de structure moléculaire et la différence de mode vibratoire qui en est l'expression physiologique, entre deux neurones réunis par un prolongement protoplasmique, intactes dans toute l'étendue des corps cellulaires, vont en s'atténuant progressivement au voisinage de la jonction interneuronique, de manière à être minima au niveau de celleci. On conçoit l'avantage d'une telle disposition : c'est

la substitution au niveau de l'obstacle d'une pente douce à un rempart dressé.

Que d'hypothèses ! que d'hypothèses fragiles, invérifiables ! Eh ! je le sais bien, et je n'attache pas plus de valeur qu'elles n'en méritent à de pareilles conceptions. Mais n'est-ce rien cependant que se faire une représentation, môme lointaine, mais en accord avec les dernières données de l'histologie et de la physiologie, touchant des phénomènes dont on pourrait croire qu'il serait à jamais impossible de s'en faire une idée ? Cela donne, dans une certaine mesure et avec toutes les réserves qu'exige la prudence, satisfaction à ce besoin de comprendre qui est un des plus beaux traits de l'esprit humain.

Je n'ai pris là que quelques exemples très simples. Ils suffisent pour faire comprendre l'extrême importance de pareils phénomènes (s'ils sont réels) pour fournir la raison de l'extraordinaire mobilité des processus psychiques. Il faut se représenter le cerveau comme parcouru sans cesse et en tous sens par des ondes qui, suivant les voies les plus diverses, à chaque instant se rencontrant et interférant, modifient dans un sens ou dans l'autre le mode vibratoire des neurones où la rencontre a lieu. Chaque neurone, tout en conservant en gros son mode vibratoire originel, celui qu'il tient de sa structure anatomique héréditaire, se modifie incessamment , s'adapte, se plie aux circonstances, subit l'empreinte de l'expérience et de l'éducation, résiste d'un côté, cède de l'autre, semblable à quelque lourde épave qui sur une mer agitée oppose son inertie aux forces qui l'assiègent, n'obéit entièrement à aucune, mais cède un peu à toutes, en sorte qu'il n'est pas une goutte d'eau qui n'ait sa petite part de responsabilité dans l'histoire de sa dérive. C'est aussi comme un piano dont chaque touche, par des effets de résonnance, éveillerait, lorsqu'elle est frappée, de multiples accords,

mais ces accords ne sont jamais les mêmes parce que chaque vibration modifie la tension de la corde qui l'a subie.

Poursuivre aussi loin que possible l'explication des processus psychiques en partant de cette conception serait une tâche intéressante. Elle nous entraînerait trop loin de notre sujet pour que nous nous laissions tenter. Et nous y sommes d'autant moins enclin que, plus on avancera sur ce terrain dangereux, plus on risquera de se perdre et le seul moyen de ne pas trop s'écarter des éventualités probables, c'est de s'en tenir aux plus vagues généralités.

En résumé, pour édifier la théorie qu'on vient de lire, j'ai fait appel à des données d'origines bien différentes. J'ai demandé à ma théorie de la constitution des idées, la notion de la décomposition des idées complexes en éléments communs à toutes, en nombre très grand assurément, mais cependant compatible avec les exigences imposées par les faits ; j'ai emprunté aux recherches des histologistes la conception moderne des neurones et du mode de jonction par lequel ils se mettent en relation réciproque ; j'ai pris dans les travaux des physiologistes et en particulier dans la très intéressante théorie de la chronaxie de Lapicque la conception de ce que j'ai appelé le mode vibratoire, caractéristique physiologique des neurones, spéciale à chacun d'eux. A cela, j'ai ajouté l'hypothèse de la parachronisation temporaire, pour permettre aux neurones correspondant aux éléments de toute idée présente dans la conscience de vibrer à l'unisson pour la représentation de cette idée. Puis j'y ai ajouté une hypothèse qui n'est que la réduction en langage physique d'un fait d'observation incontestable, savoir : que tout processus psychique en se réalisant rend plus facile sa reproduction : c'est l'hypothèse des reliquats, d'après laquelle toute modification imprimée au mode vibratoire d'un

neurone par sa coaction avec d'autres, laisse une trace plus ou moins permanente dans le mode vibratoire résultant de sa structure héréditaire et des effets de ses coactions antérieures ; en sorte que son mode vibratoire actuel reflète l'histoire entière de ses participations antérieures à des représentations diverses. Enfin j'ai introduit l'hypothèse de la localisation des reliquats, qui permet de comprendre comment un même neurone peut sans compromettre la spécificité de son mode vibratoire, conserver en sa substance des traces plus ou moins permanentes de ses coactions diverses ou même contradictoires avec les très nombreux neurones corticaux en relation anatomique avec lui, ce qui permet de concevoir la variété infinie et l'extrême souplesse des liens que met en œuvre l'association des idées.

Tout cela n'a d'autre mérite que de substituer une conception physique à de simples figures littéraires pour exprimer des idées que tout le monde concevait plus ou moins vaguement. C'est bien peu de chose assurément, mais c'est tout de même quelque chose.

Avec ces éléments, nous sommes arrivés à nous faire une idée. (oh, bien vague et bien incertaine) des processus psychiques les plus élémentaires : la perception, la reconnaissance, la mémoire, l'association des idées.

Nous n'avons point à tirer dans ce chapitre les conclusions immédiates de ces considérations. Leur application au rêve se fera en temps et lieu au cours des chapitres suivants.

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