VI PREFACE
sait incapable de la moindre incorrection. Notre pensée semble s endormir avec nous. Mais bientôt la voilà qui doucement s'éveille et, désertant notre couche, traverse la chambre sur la pointe du pied, tire les verrous de la porte, Venir Ouvre sans la faire grincer et, prenant la clef îles champs, va courir la prétentaine. Et la voilà qui, revêtue de notre forme corporelle, s en va, sans notre assentiment, nous mêler aux aventures les plus grotes- (pies ou les plus ridicules, nous faire \ouer dans toutes sortes de scènes extravagantes, le rôle le plus fou et parfois le plus odieux, nous faire écouter et tenir les propos les plus incongrus et souvent prendre sur les personnes les plus respectables de Vautre sexe les privautés les plus impertinentes, pour ne pas dire plus.
Mais, pendant toutes ces aventures d'échappée d'une mascarade, cette pensée en rupture de bans ne cesse pas de nous surveiller du coin de Vozil : au moindre mouvement, elle accourt et il ne lui arrive pas de se laisser prendre en flagrant délit. Quand nous nous éveillons, elle a toujours repris sa place, et c'est elle qui, ingénument, nous raconte ses débordements de la nuit. Le rouge de la honte monte à notre visage; mais, dès que nous lui reprochons sa conduite, elle se fait bien humble, nous explique quelle n'est pas coupable, qu'elle a cédé à une force mystérieuse, à laquelle elle n'a eu aucun moyen de résister. Comme nous sentons que cela est vrai, nous pardonnons et elle, malgré ses airs contrits, dès (ju'urrive la nuit suivante, ne manque pas de recommencer.
Quelle est cette force mystérieuse ?
X'csi-ce pas un problème digne d'être étudié que de rechercher la nature, les causes, les raisons et les modes d'une pensée qui est la nôtre et qui se montre, dans ces