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I. Rêves sensoriels et céneslhésiques

Il n'est pas, parmi les rêves catégorisés de groupe plus incontestable, d'origine plus certaine que ceux des rêves sensoriels et cénesthésiques. C'est une catégorie banale dont nous avons rencontré et rencontrerons encore de nombreux exemples au cours de cet ouvrage. Rappelons en quelques mots en quoi ils consistent, mais disons tout de ïuite que nous ne nous étendrons pas sur ce sujet en raison même de sa banalité, mais que nous aurons à traiter cependant une question encore litigieuse qui se pose à leur occasion.

Les rêves sensoriels sont ceux qui sont provoqués par une impression fournie au cours du sommeil par l'un des cinq sens. Ces impressions peuvent être ou accidentelles ou provoquées ainsi que cela a été fait par divers expérimentateurs (Maury, Vaschide). Détailler ce thème nous entraînerait à des répétitions inutiles, que le lecteur veuille bien se reporter au chapitre vi.

Les rêves cénesthésiques sont ceux provoqués par des impressions d'origine viscérale en comprenant sous ce terme pris dans une acception très large les sensations mal définies d'origine cutanée qui ne sont pas des impressions tactiles proprement dites.

Ici encore, il est inutile d'entrer dans des détails circonstanciés. Quel intérêt y aurait-il à appuyer sur des

exemples des faits aussi banaux que de rêver de boissons rafraîchissantes quand on a soif, de repas agréables quand on a faim, de mets répugnants ou trop abondants et dont on est obligé de se gaver quand s'opère une digestion pénible, de courses dans la neige ou sous la bise glacée quand on a froid ; quoi de plus banal aussi que les rêves erotiques comme effets d'une continence excessive ; les rêves de strangulation dans les angines, de traumatismes dans les névralgies, etc., etc.

Mais il est une difficulté à laquelle nous faisions allusion ci-dessus et qui doit nous arrêter un instant : elle se présente à diverses occasions, mais il suffit de la discuter à propos d'un exemple caractéristique.

Dans un travail bien documenté d'observations personnelles et autres, Boissier établit que, dans nombre de cas, les rêves d'inondation sont provoqués par la sensation de plénitude de la vessie. Sous cette étiquette de Rêves d'inondation, il faut comprendre non seulement ceux auxquels elle s'applique exactement, mais tous ceux dans lesquels le tableau présente des étendues d'eau souvent grandes, parfois médiocres ou petites, tantôt courantes, tantôt stagnantes, auxquelles le rêveur a à faire dans les circonstances les plus variées, soit qu'il nage, soit qu'il patauge, soit qu'il se promène sur les bords humides, soit qu'il ail affaire à cette eau d'autre façon quelconque. Le rêve est accompagné d'une angoisse légère, hors de proportion par sa médiocrité même avec la situation parfois très critique du rêveur. Cependant cette angoisse augmente et le dormeur se réveille tourmenté par un plus ou moins pressant besoin de libérer sa vessie.

L'explication proposée par Boissier consiste à dire que la sensation du contact de la paroi interne de la vessie avec le liquide qui la remplit est la cause directe du rêve. Cependant une objection se dresse aussitôt et elle a été faite à l'auteur durant l'audition même de sa

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communication par M. Mélinand, c'est que la sensation de plénitude de la vessie est une sensation de distension sui generis et non une sensation de contact avec un liquide. L'auteur prétend qu'il en est ainsi en effet durant la veille, mais que dans le sommeil la sensation de contact liquidien est réelle. Qu'en sait-il? C'est une hypothèse gratuite et nullement vraisemblable. Pourquoi d'ailleurs aller chercher une explication invoquant des impressions d'une nature éminemment contestable quand on en a sous la main une autre si simple et si naturelle. La sensation de réplétion vésicale fait naître l'idée d'exonérer la vessie ; cette idée se formule-t-elle dans le conscient du dormeur pour produire par association les effets que nous allons dire et disparaître ensuite de la mémoire ou reste-t-elle dans le subconscient où se ferait l'évocation des idées ou images associées. peu importe ; mais il semble très naturel d'admettre que de telles images se forment dans le cerveau, images d'exonération interminable de la vessie faisant apparaître ou naître l'idée de larges nappes liquides au bord, sinon au milieu desquelles on se trouve. Peu importe ■aussi que l'association évocatrice soit directe ou se fasse par l'intervention intermédiaire d'un mot mentalement marmotté, l'important est de bien spécifier que la ■cause évocatrice des images réside dans le liquide répandu par la miction réelle ou supposée et non dans la .prétendue impression interne de contact entre l'urine •et la paroi vésicale.

Contre l'explication de Boissier et en faveur de celle proposée ici, j'invoque surtout en l'absence de preuves objectives la simplicité et la vraisemblance de celle-ci opposées aux caractères inverses de celle-là. Cependant, voici une remarque qui me paraît avoir la valeur d'une preuve objective : on a noté que des femmes, durant des hémorragies menstruelles ou autres avaient des rêves d'objets rouges : incendies ou simples tentu-

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res. Cependant on ne saurait dire que la couleur rougedu sang qui s'écoule est perçue. La sensation cutanéede l'écoulement n'a rien de rouge ; la conscience cénesthésique ne connaît pas la couleur rouge de l'écoulement : il faut donc bien de toute nécessité qu'entre le rêve et cette sensation s'intercale un chainon psychique, une idée de la couleur rouge de l'écoulement, idée reposant sur la connaissance antérieure de celte couleur. De même la sensation de réplétion de la vessie n'évoque l'idée d'une nappe liquide que par l'intermédiaire de cette notion psychique que la sensation de réplétion de la vessie est produite par un liquide.

Et si l'on veut aller au fond des choses, on verra qu'il en est de même pour tous les rêves cénesthésiques. Les sensations de faim, de soif, d'excitation génitale ne sauraient être les causes directes des rêves qu'elles provoquent, car la sensation de faim, par exemple, a bien moins de ressemblance encore avec l'image d'une table copieusement servie que la sensation de réplétion vésicale avec celle d'eau épanchée ; mais celte sensation do faim fait naître l'idée consciente ou subconsciente de la faim, laquelle suscite, par une association très simple et très habituelle celle d'une table chargée de mets.

Nous concluons donc que dans les rêves sensoriels et cénesthésiques, les impressions sensorielles ou viscérales n'évoquent les images oniriques que par l'intermédiaire d'une idée en relation avec leur nature, idée qui d'ailleurs disparaît de la conscience si là était son siège et n'est plus retrouvée au réveil, chassée par les images oniriques beaucoup plus fortes qu'elle a provoquées.

IL Rêves généraux.

On a désigné sous ce nom; dont la propriété est un peu contestable, les rêves où se traduit une action qui leur donne un caractère uniforme indépendamment des-

détails de la réalisation. Tels sont ceux où le dormeur croit voler dans les airs, se baigner, étouffer, tomber dans un précipice, s'engager dans un passage étroit dont les parois se rapprochent de plus en plus, etc.

On a cherché à rattacher tous ces rêves à des impressions cénesthésiques diverses et nous les avons déjà pour la plupart passés en revue, en parlant des impressions cénesthésiques comme facteurs de rêves.

Havelock Ellis rapporte que Sir W.R. Gowers donne comme cause aux rêves de chute une contraction brusque du muscle de l'étrier déterminant un ébranlement de la périlymphe comparable à celui que peut provoquer une chute brusque. S'éveillant d'un rêve de chute, il a pu saisir sur le l'ait cette contraction brusque se manifestant par un son reconnaissable .

Que certains des rêves dits généraux aient une origine cénesthésique, que la cénesthésie ait une part d'influence dans certains autres, je n'y contredis pas. S'il en fallait un exemple, on pourrait rappeler celui du savant académicien, professeur et philologue, ami d'IIervey de Saint-Denis, qui croyait marcher dans l*eau chaque fois qu'il avait mangé de la graisse. Mais je crois exagéré d'attribuer ces rêves à cet unique facteur. La raison de cette opinion est que dans bien des cas, l'origine cénesthésique n'est nullement démontrée et qu'une autre__cause semble bien fondée à réclamer ses^ droits, prenons le rêve de chute dans un précipice. Il esf arrivé à tout le monde en descendant un trottoir inaperçu ou une marche d'escalier mal éclairé, d'avoir -hl~ une impression aiguë de chute imminente, impression instantanément inhibée par le fait qu'un vif mouvement nous permet de rétablir aussitôt notre équilibre. Nous verrons plus loin que cette vivacité d'impression et l'inhibition brusque et totale suivies d'un oubli complet sont les conditions optima pour le retour de l'impression en rêve, et celle-ci reparaît comme il arrive sou-

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vent en rêve déformée et amplifiée en une chute dans un précipice dont le site est fourni pur quelque souvenir d'excursion plus ou moins difficile.

Passons au rêve de vol.

Bergson a soutenu L'idée que les rêves dans lesquels on vole dans l'air sont suscités par le fait que lorsqu'on est couché, la plante des pieds n'est le siège d'aucune sensation de contact, ce qui est précisément la condition réalisée dans le vol. A l'appui de cette idée, on pourrait citer l'observation due à Janet d'une extatique qui ayant de l'anesthésie plantaire faisait des rêves de vol. S'il en était ainsi, les rêves de vols devraient être presque quotidiens. Bergson ajoute que si l'on est couché sur le côté, on croit, dans le vol, actionner une aile du côté correspondant. J'ai eu maintes fois des rêves de vol et n'ai constaté rien de tel, et il me semble que l'impression d'un contact sur toute l'étendue de la face dorsale n'est guère en rapport avec la sensation de vol. Mais laissant de côté ces objections théoriques, je dirai que j'ai fait récemment un rêve de vol très net et assez prolongé, et au réveil qui a eu lieu aussitôt après, j'ai constaté que j'avais les jambes croisées et que la plante du pied droit appuyait fortement sur la face dorsale du pied gauche, tandis que la face plantaire de ce dernier était en contact avec un coussin placé au fond du lit. Donc le rêve avait eu lieu en dehors des conditions considérées par Bergson comme nécessaires pour sa réalisation.

Havelock Ellis a colligé avec beaucoup de soin les opinions et les observations relatives aux rêves de vol. Renvoyant pour le détail à la lecture de son ouvrage, nous ne retiendrons ici que les points essentiels, et cela d'autant plus qu'un bon nombre des opinions émises ne reposent point sur une base objective solide.

Il n'y a pas lieu de s'arrêter aux opinions fantaisistes de Stanley Hall, P. E. Bolton, Bland-Sutton (Evolution

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and disease), qui voient dans les rêves de vol un vestige des impressions de nos ancêtres aquatiques dont les fentes branchiales du fœtus humain sont un vestige morphologique. Moins encore peut-on s'arrêter à l'idée de Lafcadio Hearn d'un souvenir de planète jadis habitée par nos ancêtres ou une force de gravitation moins impérieuse les tenait moins rivés au sol.

Freud, emporté par l'idée qui le domine, rattache les rêves de vol à des sensations génitales et en lait l'expression de désirs sexuels

De nombreux auteurs ont cherché dans la perception -des mouvements respiratoires la cause des rêves de vol : Scherner, Strûmpel, Wundt, Horace Hutchinson.

Havelock Ellis adopte et fait sienne cette opinion qu'il paraît d'ailleurs avoir conçue indépendamment. Il remarque que le vol dans le rêve a un caractère spécial ; le dormeur ne se voit pas planant haut dans les nuages, mai-; décrivant à peu de distance du sol des ondulations qui alternativement le soulèvent et le ramènent presque à terre. Cette représentation psychique illustrerait la sensation des mouvements d'inspiration et d'expiration ■et se produirait quand la respiration devient pénible ou embarrassée. Les nombreux exemples qu'il fournit n'apportent aucune preuve objective autre que la constatation de la ressemblance entre les courbes du vol et du rythme respiratoire et parfois une coïncidence entre les rêves de vol et la respiration gênée. Mes observations personnelles ne sont point en faveur de cette dernière observation et le fait que les rêves de vol sont en général agréables s'accorde mal avec l'idée qu'ils puissent avoir pour cause une gêne dans une fonction dont le moindre trouble produit une vive angoisse. Des deux caractères, voisinage du sol et alternative d'élévation et d'abaissement, le second n'est pas constant, au moins en ce qui me concerne. Il m'arrive fréquemment de filer longuement, parallèlement au sol, pre-

nant pied de temps à autre, mais sans aucun rythme régulier. D'ailleurs ces caractères trouvent une explication plus simple dans des causes d'un autre ordre que nous verrons plus loin. EUis fait intervenir de la même manière les contractions cardiaques, mais les alternances d'élévation et d'abaissement dans le vol sont beaucoup plus lentes que celles de la diastole et de la systole. Il fait intervenir aussi les sensations cutanées de pression sur le lit dont la disparition par les anesthésiques ou autrement favoriserait la sensation du vol ; mais il est bien certain que ces sensations cutanées sont presque toujours inexistantes dans des rêves qui n'ont rien de commun avec ceux de vol, et la preuve en est que l'on ne rêve presque jamais que l'on est couché. Or, les sensations de pression dorsale ne sont ni plus ni moins grandes dans le vol que dans la marche. Je ne dis pas qu'il n'y a rien de vrai dans l'opinion d'Ellis ; mais le défaut de sa théorie, commun à beaucoup d'autres, est de chercher à tous les rêves une cause sensorielle ou cénesthésique actuelle, quand neuf fois sur dix les causes psychiques sont seules responsables.

Pour trouver l'origine des rêves de vol, cherchons dans les conditions de la vie éveillée des sensations semblables qui pourraient leur servir de point de départ. Ici se placent les sensations complètes de vol et de lévitation réalisées chez les saints et les extatiques. Chez l'un de ces derniers, Janet a constaté l'anesthésie plantaire qui venait en aide à l'illusion. Mais il me semble bien qu'il faut attribuer cette dernière principalement à l'aspiration vers le ciel déterminant une conception suivie d'image mentale d'élévation dans l'air qui, en raison de la condition psychique du sujet devenait hallucinatoire : par suite de quoi il pouvait croire de bonne foi s'élever dans l'air. Chez les sujets bien équilibrés, pareille chose ne se rencontre point, mais

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ce qui arrive à chacun de nous, c'est de se sentir transporté par la pensée vers un point que nous voyons de loin et où quelque chose nous attire. Nous avons la vision mentale d'y être déjà quand, par une perception sensorielle nous nous sentons encore au point de départ. Cette impression subjective de transport de notre personne en dehors des lois de la physique, si elle vient à se produire en rêve, peut très bien se traduire par une sensation de vol ou plutôt de transport rapide et léger, sans contact avec la terre, mais toujours à peu de distance d'elle suivant la trajectoire de notre pensée ; la condition de rêve lui donne d'emblée la forme hallucinatoire qui, chez l'extatique éveillé réclamait un trouble des processus psychiques.

D'autre part, nous avons à l'état de veille des impressions de vol lorsque nous franchissons quelques degrés avec une pétulance juvénile, nous aidant même d'un mouvement des bras comme pour prendre notre essor. D'autre fois, c'est en voyant un oiseau s'élancer que nous l'accompagnons d'un mouvement à peine esquissé, mais qui illustre d'une représentation musculaire la pensée qui nous entraîne à sa suite. Mais ce n'est là qu'un éclair et notre pensée retombe à terre aussi vite que notre corps. Là encore il y a toutes les conditions nécessaires à la production du rêve de vol. L'aviation va maintenant introduire une cause nouvelle à ajouter aux précédentes.

Dans mon rêve de la Toupie, j'ai pénétré plus avant dans l'explication physiologique du phénomène que j'invoque. Les causes de ce genre auxquelles on pourrait faire appel sont innombrables et chacun en trouvera dans ses souvenirs. Pour moi, il en est une à laquelle je crois pouvoir attribuer une part dans mes rêves de vol, c'est le pas de géant. Ce nom bizarre désigne un appareil de gymnastique probablement tombé en désuétude, car depuis celui où j'ai tant joué quanà

j'avais une dizaine d'années au collège de Saint-Gaudens, je n'en ai rencontré nulle part. Que l'on se figure un grand poteau solidement enfoncé dans le sol, terminé par une courte et solide broche de fer servant d'axe à une roue en fer en forme d'étoile à huit branches. Chaque branche se termine par un anneau auquel est fixée une forte corde descendant jusqu'à terre et terminée par une large boucle. Au sortir de la classe, nous prenions d'assaut l'appareil et bientôt chacune des huit cordes devenait la possession d'un bambin qui entrait la jambe droite dans l'anneau et s'écartait vers la périphérie jusqu'à ne plus toucher le sol que de la pointe du pied. Alors, à un signal, tous à la fois, s'élançaient dans un mouvement circulaire de plus en plus rapide. Par suite de la force centrifuge développée par la rotation, on fait ainsi des bonds effrayants de plusieurs mètres de longueur en se tenant cramponné à la corde par les deux mains et c'est à peine si on a le temps de prendre terre entre deux bonds successifs. Ce sont bien de vrais pas de géant et l'appareil est bien nommé. J'ai eu là de véritables impressions de vol et je ne doute pas en me rappelant la profonde impression et l'ivresse de cette libre envolée qu'elle puisse être responsable pour une part des rêves de vol que j'ai eus depuis. Plus tard, bien plus tard, des impressions analogues quoique plus sages ont traversé mon esprit dans les descentes de longues pentes sur la bicyclette à roue libre.

Etant gamin, j'avais acquis une adresse remarquable à descendre des escaliers en franchissant un grand nombre de marches, tandis que mes mains glissant sur la rampe soutenaient en partie le poids de mon corps. Je prenais grand plaisir à ce jeu où je dépassais mes petits camarades. Arrivé à l'âge mûr, il m'est arrivé quelquefois de recommencer et plusieurs fois j'ai été tenté de le faire, même dans des lieux publics

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et d'en être empêché par le sentiment des convenances. Ce n'était d'ailleurs qu'un éclair, mes pensées se reportant de suite sur des sujets plus dignes de mon attention. Cela a été l'occasion de rêves très fréquents qui se reproduisent parfois même encore aujourd'hui où j'ai atteint la soixantaine.

Rêve des Escaliers. — Je me vois dans quelque édifice généralement somptueux avec de longues enfilades de larges escaliers, franchissant d'un bond un nombre incalculable de marches qui me surprend moi-même, pour exciter l'admiration de l'assistance.

L'origine de ce rêve n'est pas douteuse en raison de la concordance parfaite entre son sujet et des souvenirs positifs.

Pour le vol, l'origine est plus difficile à reconnaître, l'objet du rêve n'étant plus identique au souvenir, puisque dans la réalité on ne saurait voler. Mais elle me paraît néanmoins bien reconnaissable et plus vraisemblable que l'origine cénesthésique invoquée par quelques auteurs. En somme, dans les rêves généraux, il y a Heu à mon avis de faire une part moins grande à la cénesthésie et plus large à la mémoire et à l'association des idées.

Notre interprétation des rêves de cette catégorie explique que l'on croie presque toujours voler au ras du sol et non pas au-dessus des nuages et aussi le fait que cette sensation est toujours agréable, ce qui ne se comprendrait point si elle avait l'origine cénesthésique qu'on lui attribue. Clair aussi devient le fait que les rêves de nager ou de marcher sur l'eau sont beaucoup moins fréquents que ceux de vol, uniquement parce que les occasions de représentation de ces mouvements sont beaucoup plus rares. Enfin, celte théorie explique aussi que les rêves de chute soient toujours angoissants, parce qu'ils sont le reflet des conceptions de représen-

tations mentales de chute pendant la vie éveillée revenant en rêve au même titre que toute autre impression analogue. Que parfois des impressions sensorielles soient la cause occasionnelle de pareils rêves, la chose est possible, mais autant que j'en peux juger par mon expérience personnelle, il n'y a rien de tel le plus souvent à la base de pareils rêves qui ont une origine principalement, sinon même exclusivement, psychique.

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