IX. Rêves stéréotypés
Meunier a fait la remarque judicieuse que les impressions sensorielles ou cénesthésiques que peut recevoir le dormeur sont de nature peu variée et engendreraient •des rêves toujours les mêmes si l'élément psychique infiniment variable suivant les individus et suivant les moments chez la même personne, ne venait les transformer à son image et leur donner les caractères très variés qu'ils présentent. S'il n'en était ainsi, les rêves provenant d'impressions sensorielles ou cénesthésiques seraient stéréotypés et conformes à un petit nombre de modèles. Cette particularité se rencontre quelquefois lorsqu'il arrive que la condition psychique se trouve uniforme chez un même individu dans une période plus ou moins longue. C'est, comme le disent Meunier et Masselon, l'idée fixe transportée dans le rêve. Certains •états pathologiques, et en particulier l'hystérie, favorisent cette condition. De là, résulte l'existence, exceptionnelle il est vrai, de rêves stéréotypés, dont nous ci-
tons, d'après Meunier et Masselon, les exemples suivants.
Rêve de l'Hystérique Anesthésique. — « Une jeunefille hystérique avait une anesthésie locale et avait une idée fixe relative à un jeune homme. Elle fut soumise à un traitement. Du jour où la sensibilité commença à reparaître, l'idée du jeune homme disparut. Chaque fois que pour une cause quelconque l'anesthésie survenait et en particulier à l'époque des règles, l'idée reparaissait immédiatement. C'est un des plus beaux exemples d'idée fixe des hystériques en rapport avec l'état de la sensibilité organique ».
Rêve de Justine Déménageant. ■ — « Préoccupée d'un changement de domicile, Justine rêve toutes les nuits qu'elle déménage ; elle fait des mouvements pendant le sommeil et le matin se réveille avec les bras et les jambes contractures. Les bras sont tendus et demi-fléchis comme pour porter un fardeau ; l'une des jambes est étendue sur la cuisse avec le pied fléchi sur la jambe, l'autre est à demi-fléchie comme pour monter un escalier ».
Enfin un dernier exemple :
Rêve de la Mère Inconsolable. — « C'est une femme dont l'enfant est mort depuis trois ans et pendant longtemps l'idée fixe de cette mort a hanté son cerveau, même à l'état de veille. Cette idée semble avoir disparu, mais en réalité elle est simplement passée dans le subconscient d'où elle sort pendant le sommeil pour alimenter un rêve toujours le même, dans lequel elle assiste à la mort de l'enfant qui obsédait son esprit d'une manière consciente pendant la convalescence de la fièvre typhoïde.
Xe peut-on pas dire que ce rêve n'est ici qu'une for- j me variable de l'idée fixe ? »
RÊVES CATÉGORISÉS 403