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I. — La scène et les personnages

La première question à se poser est celle de l'origine du rêve. L'opinion commune est que en dehors des images directement suscitées par des impressions sensorielles elle a deux sources : les souvenirs, et les fantaisies de l'imagination créatrice. Nous croyons avoir montré que cette dernière est inexistante ; c'est donc {abstraction faite des impressions sensorielles actuelles)

dans les souvenirs seuls qu'il faut chercher son origine. Ces souvenirs proviennent non seulement des perceptions sensorielles, mais des conceptions et il n'est pas une image mm taie quelle que soit son origine, qui ne puisse reparaître en rêve ; ce peuvent être non seulement les images d'objets animés ou inanimés, mais aussi des images de mouvements. En outre, s'il arrive quelquefois que ces images de souvenirs restent entières et se groupent en images plus complexes, bien plus souvent elles se dissocient en parcelles qui peuvent être soit des fragments d'images, soit les éléments constitutifs des idées correspondantes, et cette fragmentation peut aller jusqu'à une pulvérisation, une réduction en atomes d'idées ou d'images qui se réassocient de telle façon que les images nouvelles paraissent entièrement originales et qu'il faut des circonstances exceptionnelles pour qu'on puisse reconnaître leur source. Contrairement à l'opinion unanime, nous n'admettons pas le rôle d'une imagination créatrice, même dans la réassociation de ces éléments d'images. Les facteurs qui interviennent ici sont uniquement l'énergie de reviviscence et l'association des idées.

Les images et fragments d'images possèdent chacun individuellement une énergie de reviviscence propre qui est le résidu potentiel non encore dépensé de l'énergie initiale que l'image doit à la vivacité de l'impression ou de la conception qui l'a engendrée et à l'intérêt qu'elle a pour nous. Cette énergie se dépense peu à fjeu dans les réapparitions successives de l'image dans la mémoire ; mais tant qu'elle n'est pas entièrement dépensée, ce qui est l'oubli final et définitif, il lui reste, dans l'intervalle de ses réapparitions, une possibilité d'émergence que nous appelons son énergie potentielle de reviviscence. Les idées inhibées ou refoulées sont celles chez lesquelles cette énergie est la plus grande

pour la bonne raison que celte inhibition ou ce refoulement s'est opposé à la dépense de l'énergie initiale.

D'autre part, en dehors du cas de sommeil sans rêve, quand une image quitte la scène de la conscience, celleci ne reste pas vide ; l'image nouvelle qui prend la place de celle qui s'en va est à la fois poussée par son énergie de révisvicence et tirée par les liens associatifs qui l'unissent à l'idée précédente.

Mais ces liens, le rêveur ne les voit pas ; aussi ces images sont-elles pour lui indépendantes les unes des autres. Il est, vis-à-vis des images qui se succèdent dans sa conscience, dans la situation d'un spectateur placé en face de l'oculaire d'un kaléidoscope dont une main étrangère actionne le mécanisme. Bien que ces images viennent de lui, et soient vraiment une partie de luimême, il les prend pour des faits du monde extérieur, entièrement indépendants de lui.

De toutes les idées qui luttent pour occuper la conscience, l'élue sera celle chez laquelle le produit des deux facteurs, énergie et force des liens d'association sera maximum.

Parmi les liens associatifs, il faut faire une place spéciale à ceux de nature verbale dont l'importance est tout à fait capitale. Par une habitude qui est devenue chez l'homme une seconde nature, le verbe est un compagnon si constant de la pensée que les mots d'un langage intérieur muet s'entraînant les uns les autres peuvent, précédant celle-ci, faire naître à leur suite les pensées correspondantes.

Une autre force d'association qui joue un rôle non moins capital est celle qui a pour origine l'état émotif du dormeur, réçidu ou plutôt continuation des émotions perçues à l'état de veille et éventuellement entretenues ou amplifiées par les conditions cénesthésiques. Tout état émotif attire sur la scène de la conscience les,

objets ou les personnages susceptibles de le justifier par le fait que si leur apparition avait été spontanée ils auraient engendré un état émotif semblable.

Enfin, les impressions sensorielles ou viscérales vaguement perçues par le dormeur sont incontestablement des facteurs de l'imagerie du rêve par le même détour que pour les émotions ; mais ce facteur est à notre avis bien loin d'avoir l'importance que d'aucuns lui ont attribué.

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