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II. — Jeu des Acteurs

Les actes accomplis par les personnages qui occupent la scène ont une origine analogue, mais le coefficient d'importance des divers facteurs est modifié. Il est tout à fait rare qu'un personnage répète dans le rêve précisément l'action qu'il a accomplie devant nous dans la vie éveillée : ses traits sont les mêmes, mais ses actes sont différents. Ici interviennent toutes les images de mouvements provenant d'ailleurs et s'appliquant à un nouvel acteur par un phénomène de transfert. Plus souvent c'est une idée comportant un mouvement qui se réalise par l'acte en apparence spontané du personnage ; souvent aussi c'est la condition émotive du dormeur qui dicte les actes des personnages, conformément à une formule qui, par une exception rare, est aussi simple que sont compliqués les phénomènes qu'elle englobe : le personnage accomplit l'acte, le mouvement, le geste qui serait capable, s'il était spontané, d'engendrer la sorte d'émotion à laquelle le dormeur est actuellement soumis.

Mais en dépit de l'apparence, le ton émotif du rêveur, auquel nous faisons jouer ici un rôle de premier ordre, ne constitue pas un facteur indépendant de ceux précédemment invoqués ; il n'est qu'une des formes de

l'association des idées, dont il suffit d'étendre un peu la définition pour lui faire englober cette nouvelle série de phénomènes. Déjà dans la méditation et la rêverie, chacun sait qu'un état émotif d'une nature particulière ouvre la porte de la conscience à tous les souvenirs qui ont quelque rapport avec lui. Comment n'en seraitil pas de même dans le rêve ? Et en vertu de la dissociation entre l'acteur et son jeu, ce même personnage qui dans le rêve de l'enfant calme et bien portant sera le Bonhomme Noël apportant ses cadeaux coutuuriers, deviendra chez l'enfant apeuré par des contes de nourrice, ou tourmenté par des vers intestinaux, un croquemitaine prêt à le dévorer et qui lui arrachera des cris dans les affres d'un cauchemar.

C'est là un exemple banal et grossier, mais il faut bien comprendre que les plus délicates nuances de la disposition mentale du rêveur se traduisent dans les moindres détails des attitudes, des gestes, des actes des personnages en scène.

En fait, la simple énergie de reviviscence et l'association des idées peuvent entraîner dans la conscience des personnages agissants, apportant avec eux le rôle qu'ils ont à jouer ; et d'autre part la disposition émotive du rêveur peut contribuer, à la manière d'une sorte spéciale d'association des idées, à l'entrée en scène non seulement de personnages actifs ou muets, mais des objets inanimés qui meublent le théâtre de l'action. Donc, en somme ces trois facteurs indépendants, énergie de reviviscence, association des idées et disposition émotive du rêveur, contribuent aussi bien à la détermination des personnages qu'à leur jeu, avec des coefficients infiniment variés qui se refusent à toute évaluation précise et dont on peut dire seulement que dans tel ou tel cas particulier, c'est celui-ci ou celui-là qui l'emporte.

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Le rêveur utilisant les images qui se présentent successivement dans sa conscience, forge une petite histoire qu'il se raconte à lui-même et dont ces images puissent être l'illustration : il fait un peu comme certains... oserai-je dire poètes, qui sur l'estrade improvisent des vers sur des rimes proposées par l'auditoire.

Nous venons de définir les matériaux du rêve et nous pouvons résumer ce qui précède en disant que le rêveur édifie un petit roman vécu au moyen de tableaux hallucinatoires qui traversent sa conscience et qu'il est obligé d'accepter tels que le hasard les lui présente, mais entre lesquels il établit un lien logique et artificiel pour réduire au minimum leur incohérence.

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