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CHAPITRE X

En présence des phénomènes surprenants, voire parfois bizarres, du Réveil gallois, ceux qui n'ont pas fait une étude approfondie des Réveils peuvent être tentés de prendre l'une ou l'autre de deux attitudes opposées, mais également condamnables.

La première consiste à vouloir considérer comme un miracle immédiat et direct de Dieu, tout, absolument tout, dans le Réveil, à envisager le Réveil gallois, par exemple, comme le type même du Réveil, de tout Réveil, par suite à tout approuver, à tout admirer sans critique ni réserve, et à vouloir tout reproduire sans modification.

La seconde attitude consiste à relever certains faits douteux, critiquables, et à dire : Vous voyez bien, il y a tel détail contestable, morbide, donc le Réveil gallois tout entier n'est qu'une manifestation absurde et malsaine, donc il ne faut pas de Réveil; la cause du Réveil est entendue, jugée et perdue.

En d'autres termes, n'est-ce pas ? tout ou rien. Eh bien I je renvoie dos à dos ces deux conclusions simplistes comme

étant aussi antireligieuses et aussi antiscientifiques l'une que l'autre.

Dans tout Réveil, il y a la part de Dieu et il y a la part de l'homme. Dans la part de Dieu, tout est bon, ne peut être que bon; mais la part de l'homme est mêlée, ne peut pas ne pas être mêlée. Si d'aventure on trouve dans un Réveil des éléments contestables, cela ne veut pas dire qu'il n'y en ait pas d'excellents. Et de ce que l'on y trouve des éléments excellents, cela ne veut pas dire que rien ne soit contestable. La foi religieuse s'unit à la science psychologique pour nous inviter à avoir un sens plus juste des états d'âme, une appréciation plus large, plus profonde, plus vraie de ce qu'est et de ce que peut être un Réveil. Pour mon compte, je n'ai jamais eu de peine, au Pays de Galles, à concilier en moi la critique et l'admiration, l'instinct scientifique de l'observation impartiale et Finstinct religieux de l'édification intense et émue. Je n'ai jamais eu de peine à me rappeler que quand Dieu agit sur les âmes, ces âmes, ensuite, traduisent leurs impressions suivant la nationalité, le milieu, le tempérament, et que l'action divine est une chose, et la manifestation humaine en est une autre.

En somme, comme la psychologie des foules est sensiblement la même au fond dans tous les domaines et dans tous les pays, quelles que soient les diversités produites par les nationalités, les circonstances, les lieux et les époques, il faudrait ne voir dans les Réveils que des sortes de crises épidémiques propres à la vie sociale, s'il n'y avait quelque chose de plus, à savoir le bien moral produit, le progrès moral, l'éclosion de. personnalités consacrées désormais à la recherche et à la pratique de la justice et de l'amour. C'est là ce qui fait la valeur des Réveils.- C'est là ce qui permet de voir dans un Réveil, en sus de la pure psychologie humaine, l'action surnaturelle de Dieu. « Vous les connaîtrez à leurs fruits. »

Il est sûr, pour qui étudie avec candeur et simplicité, en

faisant table rase des préjugés qui obscurcissent si souvent les choses, en pareille matière, aux yeux de tant de gens, il est sûr que les Réveils sont toujours mêlés, très mêlés au point de vue de la valeur morale. Comme dans la parabole l'ivraie se mêle au bon grain, il y a dans les Réveils un mélange parfois déconcertant de manifestations bienfaisantes et d'autres qui le sont moins. Avec des avantages indéniables, les Réveils ont aussi leurs inconvénients. La suggestibilité produite par l'influence de la foule multiplie parfois un peu trop les conversions. Sous l'influence du milieu, se produisent des exaltations soudaines , parfois passagères. Les gens qui se sont ainsi convertis, comme surchauffés, sans que la transformation soit profonde, se déconvertissent aussi facilement qu'ils se sont convertis ; l'orientation de leurs sentiments change avec une extraordinaire aisance, parce que ces sentiments étaient moins l'expression propre de leur être intime que le passage en eux d'un courant émotif venu d'ailleurs. Ils sont d'autant plus découragés, d'autant plus éloignés de la piété, lorsque l'effet de la suggestion est évanoui. Starbuck (1) estime que sur cent conversions individuelles ordinaires, 60 o/» durent. Des conversions produites par des Réveils, 13 °/o seulement tiennent bon. Il ajoute que, d'ailleurs, même avec ce déchet, le Réveil est bon, parce qu'il fait connaître, à ceux-là même qui retombent ensuite, l'état supérieur. Et Mr Stead a souvent exprimé une vue analogue. M. Flournoy estime cependant que bien des gens seraient arrivés à la vie supérieure sans le Réveil et en ont été, au contraire, empêchés parle Réveil, et que s'il peut y avoir des gens accessibles aux seuls procédés revivalistes salutistes, il en est d'autres, par contre, à qui cela fait du mal.

Voilà ce qu'il faut bien avoir dans l'esprit quand on veut entreprendre de juger le Réveil gallois. Il en résulte que

(1) The Psychology of Religion, London, 1899.

APPRÉCIAïIONS ET RKSULTATS. 561

nous devons nous garder de mettre au premier plan, dans notre appréciation, soit adniirative soit critique, des phénomènes très intéressants au point de vue psychologique, tels que le hwyl, les visions, les dons de seconde vue, les prophéties télépathiques , les lumières, etc., tous phénomènes très curieux, voire mystérieux, qui ne sont pourtant pas directement et intimement spirituels et moraux, qui ne sont au fond qu'une sorte de répercussion extérieure, diversement explicable, de la vraie et profonde réalité. Ce qui recommande à notre estime, à notre admiration, le Réveil gallois, ce n'est ni le hwj'^l, ni la seconde vue, ni les lumières, ce ne sont pas les miracles physiques et psychiques vrais ou faux, ce sont les miracles moraux et spirituels, les vies métamorphosées, c'est l'obéissance pratique et quotidienne à la volonté du Dieu saint.

Mais justement, ces miracles moraux et spirituels ontils été accomplis par et dans le Réveil gallois? Que faut-il penser du Réveil gallois au point de vue moral ?

Le Réveil gallois a ses détracteurs. Mais les Réveils gallois antérieurs, ceux de Rowlands et de Harris, celui de 1859, ont eu les leurs. Or, il est digne de remarque que lorsque les Réveils gallois se sont produits, s'il y a eu des gens qui ont contesté leur valeur, qui les ont blâmés, ridiculisés, censurés, finalement les historiens impartiaux sont arrivés à reconnaître et à proclamer les heureux effets de ces mouvements religieux. Dans ses Lettres et Essais sur le Pays de Galles, Mr Henry Richard écrivait, en 1884 :

« Malgré quelques inconvénients sérieux (some serions » drawbacks), personne, s'il est familiarisé avec la vie » intérieure du pays, ne mettra en doute que les Réveils » aient été d'une valeur incalculable pour la Prin- » cipauté (1). »

(1) Henry Richard's Letters and Essays on Wales. London, 1884, p. 26-30. (Gsté par MM. Rhys et Brjuimor-Jones.)

En 1902, MM. John Rliys et David Brynmor- Jones ont déclaré à leur tour :

« Les gens qui critiquaient le Réveil (Diwygiad) du. » dehors prétendaient quelquefois que c'était de la pure » hystérie religieuse, que le Réveil conduisait à l'oubli de » certaines conventions salutaires, et même à un relàche- » ment de la morale parmi les gens d'une disposition » instable. Mais quand la tempête spirituelle avait fini )) de souffler, on trouvait qu'elle avait fait plus de bien T) dans l'ensemble que de mal. Ceci a été prouvé dans » la plupart des districts par le commencement d'une » vie nouvelle de la part d'hommes jusque là adonnés à » des habitudes d'intempérance et accoutumés à dépenser » leurs heures de loisir à récolter du chagrin pour leurs » familles. Il n'est que juste d'ajouter que la plupart » d'entr'eux sont considérés comme ayant résisté à toute » tentation de retourner dans leurs anciennes voies (1). »

S'il en a été ainsi des Réveils antérieurs, n'y a-t-il pas des chances pour qu'il en soit de même du Réveil actuel ? C'est-à-dire n'y a-t-il pas des chances pour que, à côté des quelques défectuosités, des quelques fâcheuses conséquences, inhérentes, semble-t-il, à tout Réveil, bien qu'elles soient dans chacun en proportion variable, il y ait des résultats excellents, profonds, bienfaisants, durables?

Cette question des appréciations et des résultats est si complexe, si délicate, que le lecteur voudra bien m'excusêr, s'il trouve peut-être un peu de va-et-vient dans ce chapitre, voire quelques contradictions apparentes ou même réelles. Mon ambition, c'est d'être vrai et impartial, et de mettre honnêtement sous les yeux qui parcourront ces pages les éléments d'une opinion informée et éclairée.

Je commencerai par dire quelques mots des apprécia- Il) TheWelsh People. by J^ohii Rhys and David Bi-ynmor-Jones. London, Fisher Unwin, 1902, p. 591.

tions typiques relatives au Réveil gallois que j'ai pu recueillir moi-même chez des juges compétents.

Ces appréciations sont très diverses.

Par exemple, dans une lettre particulière, un psychologue américain écrit :

« J'ai une certaine question dans l'esprit , c'est celle de savoir si ces grands mouvements revivalistes accomplissent réellement autant qu'on le suppose. Un de mes plans pour mon futur voj'^age en Europe, c'est d'examiner le Psijs de Galles un an après le grand Réveil. Je désire savoir par moi-même si le mouvement paraîtra à cette époque aussi important qu'il paraît maintenant. J'espère apprendre des faits correspondants au sujet de nos cités américaines qui ont été si profondément remuées. Dans une petite cité que je connais, où un très grand. Réveil s'est produit il y a environ cinq ans, les résultats ont été tels que les pasteurs en sont venus à douter s'ils seraient disposés à voir le Réveil se reproduire. »

Voici maintenant une lettre que je reçus avant de partir pour le Pays de Galles, d'un pasteur presbytérien d'origine américaine qui réside à Londres et qui venait de visiter lui-même le Réveil gallois; la lettre est datée du 3 avril :

« Les phénomènes dont vous serez témoin demandent

» à être considérés avec beaucoup de soin, car s'il y a là à

» coup sûr un feu céleste, j'incline à penser qu'il y a aussi

)) beaucoup de feu bizarre (étrange ou étranger?? strange

» fire) et que les résultats dans six mois d'ici pourront

» n'être pas ce que nous aurions espéré. Je confesse que je

» ne comprends pas tout ce que j'ai vu et que je ne me fais

» pas l'illusion de me croire capable de rendre compte de

» tout. Il n'est naturellement pas possible pour laous de

» tracer nettement la ligne de démarcation dans des phé-

» nomènes pareils et de dire — jusqu'ici le spirituel et le

» surnaturel, et jusque-là l'humain et le naturel, mais nous

» devons dans nos propres esprits au moins essayer de

» faire cette classification. Vous aurez l'occasion de vous » ressouvenir de l'Eglise de Corinthe, et parfois de désirer » que les frères qui prennent part aux réunions se rap- » pellent que les esprits des prophètes sont soumis aux » prophètes, mais il n'y a eu rien de déréglé, de désor- » donné (disorderly), à aucune des réunions auxquelles » j'ai assisté. Certainement nous n'avions pas l'ordre rou- » tinier de notre service dominical ordinaire, bien au con- » traire. Chaque homme et chaque femme semblait donner » sa contribution particulière aux exercices, et il y avait » absence totale de tout ce qui aurait pu ressembler à une » prédication ou à une exhortation. Nous n'avions que du » chant (à ce point que j'en étais parfois plutôt fatigué), de » la prière (une demi-douzaine en même temps avec un » chœur continu d'Amens de la part de l'auditoire),, et de » brefs témoignages relatifs à la position propre de l'indi- » vidu comme croyant. Il n'y avait pas un mot d'enseigne- » ment ou de doctrine, et s'il n'y avait pas eu des expres- » sions de confiance en Christ comme Sauveur et des » appels pour sa présence, je ne suis pas sûr que j'eusse » appelé les réunions des réunions chrétiennes (1). Sans » aucun doute, les résultats sociaux ont été très frappants » et louables, et les résultats religieux ont été aussi re- » marquables; seulement il n'y avait rien de !'« œuvre de » la loi » (Law-work) que les vieux théologiens dési- » raient (2). — Le D'" Torrey est un missionnaire cherchant

(1) Mais aussi, dirai-je, il est vraiment difficile de savoir ce qui resterait des réunions galloises si on enlevait des hymnes et des prières toutes les exi^ressions de confiance en Christ comme Sauveur, et tous les appels à la présence du Christ.

(2) Il est sîu' que, comme l'a dit le Rév. Elvet Lewis, dans le Réveil gallois, il n'y a pas de dies îrœ, c'est un dies caritatis perpétuel. Le \}éché est rarement dénoncé, ce qui ne veut pas dire qu'il ne soit pas fortement haï. Mais le ton de l'accusation ou de la menace la'est pas celui du Réveil : c'est le ton de la grâce, et non celui de la loi. Toutefois, on ne peut pas dire que le Réveil gallois ait proprement innové à cet égard. 11 en a été de même du Réveil de Rowlânds et Harris au dixhuitième siècle : ils avaient commencé par la loi, mais bien vite ils ont discontinué la prédication de la loi pour ne prêcher que la grâce. Il en a été de même du Réveil ou de la Mission de Moody : Voir à ce sujet la

» par la prédication à conduire ses auditeurs à la repen- » tance et à l'acceptation de Christ, c'est une chose tout à » fait différente des réunions galloises. Tout prédicateur » évangélique convaincu est un homme à la Torreij (a Tor- » rey-nian), mais il y en a peu en vérité qui ressemblent » aux orateurs gallois. »

Des Anglais établis hors du Pays de Galles, passons aux Anglais qui vivent sur le territoire gallois. Ils ne sont pas en général très sympathiques au Réveil gallois. Ils lui demeurent ou étrangers ou indifférents ou relativement hostiles. Voici par exemple les impressions d'un pasteur wesleyen de Wrexham que j'ai interviewé. Je ne songeais pas tout d'abord à lui demander son appréciation : mon but était d'obtenir de lui quelques renseignements sur les lieux et les moments des réunions revivalistes, sur les faits et gestes de Mrs Jones, etc. Mais je m'aperçois bien vite qu'il n'est pas au courant du détail de la marche actuelle du Réveil dans sa propre localité. Au lieu de lui demander, je ferais mieux de lui donner des informations ! — Aussi bien le vicaire de Rhos ne m'a-t-il pas fait ce compliment : « Vous êtes en train de devenir un vrai cicérone du Ré- » veil ! » — Un peu déçu, j'écoute d'une oreille distraite, songeant à abréger ma visite, pour courir à la gare prendre un train qui me conduira un peu plus tôt auprès de Mrs Jones... lorsque tout à coup l'intérêt commence à naître en moi : « Tiens! tiens! il dit des choses intéres- )) santés; ce pasteur ! Je ne perds pas mon temps en lui » faisant visite, quoique le gain soit différent de ce que » j'avais prévu ou cherché ! » Et en effet, le pasteur se met à me raconter que le Réveil gallois a été strictement limité, à Wrexham, à la population galloise : les Eglises de langue

très curieuse évolution des Réveils américains de Jonathan Edwards à Finney, de Finney à Moodj% que décrit fort bien M. Kaltenbach. (Etude psychologique des plus anciens Réveils aux Etats-Unis.)

anglaise n'ont pas été touchées (1). Il me confesse que sa propre Eglise est froide, raide, formaliste, ritualiste. Il ne m'engage pas, puisque je me préoccupe de Réveil, à venir y assister au culte. Cela ne l'empêche de faire de grandes réserves sur le Réveil. Il croit que lorsque le Réveil sera apaisé, éteint, il y aura une grande réaction. « Croyez bien, » me dit-il, que, dans quelques semaines ou dans quelques » mois, il y en aura, de ces nouveaux convertis qui font de 3) si touchantes prières dans les réunions, il y en aura qui » retourneront au cabaret. Et là, au milieu de leurs liba- » tions multipliées de plus belle, ils se diront l'un à l'autre : « Hein, William, tu te souviens des belles prières que tu » faisais dans l'Eglise de Bethléem quand le Réveil t'avait » tourné la tête? — Et toi, Jim, tu te souviens des beaux » solos que tu chantais à l'Eglise de Jérusalein quand tu te » prétendais converti? » Et ils feront des gorges chaudes » de leur conversion et du Réveil ! » Mon pasteur a l'air de penser que ce Réveil est plus émotif que moral, et ne craint pas d'affirmer qu'il y a des personnes, occupant certaines positions officielles et soi-disant converties par le Réveil qui mènent une vie moralement suspecte. Il se demande si, dans certains cas — il espère que ce n'est pas toujours et partout le cas — ce n'est pas un type inférieur, un idéal inférieur de vie chrétienne dont on se contente. C'est là un jugement d'Anglais... Les Anglais sont tou-

(1) Ce renseignement concorde avec celui que m'avait donné la veille au soir le pasteur gallois hôte et ami de Mrs Jones, le Rév. Péris Williams. En m'affirmant que dans le disti-ict de Wrexham il y avait eu plus de 2.000 convertis, il avait ajouté que le Réveil était encore confiné, dans Wrexham, aux Eglises galloises : « Il ne touche pas la ville. » Wrexham est d'ailleurs ime ville assez mélangée. Il y a beaucoup d'Irlandais catholiques. Le Rév. "Williams déclarait aussi que, dans le nord du Paj-^s de Galles, le Réveil n'a pas atteint les proportions qu'il a atteintes dans le Sud. Mais il était convaincu que les âmes étaient prêtes, et qu'Evan Roberts n'aurait qu'à se mettre à sa tournée dans le Nord pour que, Ijientôt, le feu du -Réveil y fût complètement allumé.

jours un peu sujets à caution quand ils jugent les Gallois. Je dois dire qu'un autre pasteur Anglais, de Cardiff — celui qui m'avait déconseillé un voyage au Pays de Galles r— s'était pourtant montré plus favorable au Réveil gallois ; car il m'avait écrit, à la date du 28 mars :

« Le Réveil a mis en évidence la personnalité et le pou- » voir de l'Esprit divin, et le besoin et le privilège de son » appui et de sa direction. Il a mis l'accent sur le pouvoir » de la prière : des hommes ont été amenés droit de leurs » lits et des cabarets en réponse à la prière publique, — et )) il a fourni plusieurs exemples encourageants de V influence » du témoignage des personnes récemment converties sur » leurs amis. Il m'a entièrement convaincu que Dieu, qui » est toujours prêt à sauver, qui veut sauver tous ceux qui » sont disposés, n'importe où, n'importe quand, à venir vers » lui avec repentance et avec foi en Jésus-Glirist, accorde » parfois des saisons spéciales de gracieuse Visitation et que » nous devons prier pour que ces saisons viennent leur » préparer la voie et être disposés à coopérer, au jour où il » manifeste sa puissance, »

Si des pasteurs anglais nous passons aux pasteurs gal^ lois, le ton change. Sauf un pasteur congrégationaliste, dont la désapprobation était restreinte aux prières simultanées, — que condamnaient après tout saint Paul et Finnej^ — tous les pasteurs gallois que j'ai eu l'occasion de voir étaient enthousiastes de ce mouvement à la direction duquel ils prenaient pourtant si peu de part. J'entends en^core un pasteur de Ferndale me dire avec une flamme profonde dans les yeux, avec le visage comme transfiguré par une irrépressible émotion :

« Oh ! si vous pouviez les suivre dans leur vie quo- » tidienne, tous ces convertis du Réveil! si vous pouviez » voir leur amour mutuel , leur déférence réciproque, » leurs prévenances, leurs attentions, leurs égards, leur « délicatesse de conduite et de parole!... Du déchet? il.

» se peut qu'il y en ait; mais il s'est produit un bien

» incalculable qui ne sera jamais effacé. Tenez, c'est

» comme un liquide qui a bouilli. Il n'est pas le même après

y avoir bouilli qu'avant, quand bien même il s'est refroidi...

» Aussi longtemps qu'ils vivront, les enfants et les jeunes

» gens porteront la marque indélébile de l'ébullition par

» laquelle ils ont passé et passent maintenant. »

* J'ai été très frappé de trouver parmi les plus emballés pour le Réveil un vicaire anglican (gallois), le vicaire de Rhos. Dans les conversations que j'ai eues avec lui ou qu'il a eues avec d'autres devant moi, il concède qu'en bien des endroits l'excitation s'est refroidie ou a disparu. Mais il est inévitable, dit-il, que l'excitation disparaisse. Il a la confiance, en revanche, que les résultats, eux, seront durables et excellents. Naturellement il y aura du déchet, des rechutes ; il ne peut pas ne pas yen avoir. Mais il y a et il y aura des résultats durables. On se préoccupe de fournir des occupations et un milieu social pour les nouveaux convertis. En se convertissant, ils ont renoncé à leurs clubs qui se réunissaient dans les cabarets. On a ouvert les salles d'écoles et fondé de nouveaux clubs, n'ayant aucun rapport avec la boisson, et n'offrant aucune tentation de ce genre. On s'occupe d'instruire, d'édifier les nouveaux convertis. Et de ces efforts sortira un bien incalculable et permanent pour les Eglises et pour le Pays tout entier.

Voici un jugement plus nuancé, plus modéré que celui du jiasteur de Ferndale et du vicaire de Rlios :

A Pontypridd, j'interviewe le ministre méthodiste qui a reçu chez lui Evan Roberts quand il est venu à Pontypridd en novembre ou décembre dernier. Il s'exprime avec beaucoup d'impartialité. Il assure qu'Evan Roberts est un homme tout à fait droit et sincère. Il proteste contre l'insinuation qui a été faite dans la j)resse qu'Evan Roberts a recouïs à des procédés d'hypnotisme, de magnétisme pour agir sur les foules. Evan Roberts, affirme-t-il, n'a jamais étudié le

APPUÉCXATIONS KT RÉSULTATS. 5G9

inesmérisme ; il ne s'est jamais occupé de choses semblables. (Remarque qui n'est pas très concluante; car Evan Roberts pourrait exercer des pouvoirs d'hypnotisme sans se rendre compte expressément qu'il fait de l'hypnotisme, sans avoir étudié scientifiquement l'hypnotisme. ) Mais il croit qu'Evan Roberts sera bientôt usé, qu'il ne durera pas très longtemps. Pour provoquer et développer ce grand Réveil, Dieu a mis de côté tous les autres instruments, les pasteurs, les docteurs, les savants, etc. ; il est allé prendre un simple mineur. Evan Roberts a été sûrement envoyé par Dieu. Mais Dieu ne lui a confié qu'une courte et temporaire mission. -^ « Que pensez-vous des dons prophétiques « d'Evan Roberts? » ai-je alors demandé. — « Eh bien ! je » ne sais pas, m'a-t-il répondu; je ne puis expliquer, c'est » étrange... » Et après un instant de silence : « J'aime mieux » ne rien dire du tout. » — Il me raconte qu'en bien des endroits, le Réveil a supprimé la prédication. — « Et vous, lui » dis-je, est-ce que vous avez cessé de prêcher? — Moi? ja- » mais. » Et il me fait l'éloge de la prédication, fondement, d'après lui, et trait essentiel de la vie religieuse et ecclésiastique. Il a eu une soixantaine de conversions dans sa propre église. Mais le difficile, me dit-il, c'est de décider les nouveaux convertis à travailler. « Ils passeraient volontiers » tout leur temps à chanter et à prier. Ils changeraient vo- » lontiers toute situation en une réunion de prière (1). » Naturellement, conclut-il, il j aura, — il y a déjà du dé- » chet. Je ne le dirais pas, fait-il avec un sourire, je ne le » dirais pas en public. Mais c'est le fait. II y en aura qui » retomberont. Il y en a déjà quelques-uns qui sont retom- » bés. C'est inévitable, mais il y a et il y aura des résultats

(1) Comme confirmation de cette assertion, on pourrait citer bien des faits :'Dans une Univei-sité , les jeunes gens, les jeunes filles, sous le coup d'une impulsion soudaine, ont remplacé les leçons par des réunions de prière. Dans certaines écoles, les enfants ont laissé leurs leçons pour chanter et jjrier dès que les maîtres tournaient le dos...

» durables, et le Réveil, dans renseinble, aura fait une » œuvre merveilleuse. »

Je clôturerai cette série de témoignages ou d'impressions en extrayant quelques attestations significatives de l'enquête publiée par le British WeeJdy pendant l'hiver 1904-. 1905 : il y a eu là toute une série extrêmement importante de lettres écrites par différents pasteurs gallois sur le Réveil dans leurs localités respectives. Toutes ces lettres étaient chaleureusement sj^mpathiques. Voici quelques échantillons symptomatiques et concordants de ces appréciations :

Le Rév. Elvet Levais parle de « la profonde note éthique » de ce Réveil », et écrit : « L'émotionnel se cristallise dans » l'éthique. »

Le Rév. T. Esger James : « C'est un Réveil éthique dans » le meilleur sens. »

Le Rév. E, W. Davies : « Il est intenséinent réel etéthi- » que dans ses résultats. »

Le Rév. J. T. Jones : « Je ne puis pas accentuer trop for- » tement le côté éthique de ce Réveil. »

Le Rév. John T. Job : « Je n'ai aucune hésitation à dire » que le Réveil ici est décidément éthique. »

Un correspondant de Carnarvon : « Le Réveil a déjà pu- » rifié l'atmosphère morale de la ville. »

Il se peut toutefois que, même après ces derniers témoignages, il y ait encore des gens parmi mes lecteurs français — il y en a aussi en Angleterre — pour trouver que le Réveil gallois accorde trop au sentiment. Un journal médical anglais, le Lancet, a appelé le Réveil une explosion hystérique, une débauche d'émotionalisme, et n'a pas craint de déclarer que « si ces excès ne s'arrêtent, il y aura bientôt » lieu de bâtir une demi-douzaine d'asiles d'aliénés dans le » Pays de Galles, » — A cette accusation, le célèbre évaii-

géliste écossais John Me Neill (1), assistant à une réunion galloise, répondait en s'écriant, dans une prière : « Nous » avons entendu caractériser ce Réveil comme une » débauche d'émotionalisirie. S'il en est ainsi. Seigneur, fais » que nous ne redevenions jamais sobres. Si c'est de la » débauche, alors il n'y a pas de sobriété dans le ciel où » nous allons ! » Et les Gallois répliquent volontiers ; « Quoi ! une débauche d'émotionalisnie, ce qui guérit les » ivrognes et les joueurs ! une débauche d'émotionalisme, » ce qui change le langage des poissards et pousse les » voleurs à restituer leurs biens mal acquis et les maris )) emportés à ne plus battre leurs femmes ! Alors que la » débauche des émotions continue, jusqu'à ce que le der- » nier des alcooliques soit guéri de son impuissance et le )} dernier des pécheurs sanctifié !»

Un psychologue répliquera que des critiques analogues à celles du Lancet ont toujours été formulées aux heures des grands mouvements religieux, depuis la scène racontée par les Actes des Apôtres. Savonarole était accusé de se livrer à des démonstrations hystériques qui excitèrent le mépris et les sarcasmes de la cour des Borgia. Les premiers services des Puritains étaient dénoncés pour leurs excès. Wesley et Whitefield furent condamnes par les sages de leur temps comme se livrant à une débauche d'émotionalisme qui ne rentrait pas dans le catalogue de leur froide philosophie.

En somme, dirai-je, tout Réveil met en jeu d'une manière puissante, extraordinaire, le sentiment ; tout Réveil amène une explosion de sentiment. Si vous ne voulez pas de sentiment, lie parlez pas de Réveil. Seulement, à vrai dire, je ne sais si vous pourrez continuer de parler de piété : le langage courant se trompe-t-il du tout au tout lorsqu'il donne pour synonjane au mot piété l'expression sentiment

(1) Ne pas le confondre avec l'évangéliste australien du même nom.

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religieux ? Et, à vrai dire, si vous ne voulez pas de sentiment, je ne sais si vous pourrez même parler de vie morale. Car non seulement la vie morale n'épuise pas la vie religieuse, mais la vie morale elle-même, comme telle, comporte des émotions. Dites que l'émotion n'est pas tout, dites même qu'elle n'est pas l'essentiel, j'y consens, à condition que vous ajoutiez que sans elle il n'y a ni vie morale ni vie religieuse forte, profonde, complète et normale.

M. Hirsch regrettait, à propos de la discussion sur le Réveil aux conférences de l'Oratoire (mai 1905), d'avoir été trop « timide». S'il n'avait pas été paralysé par sa timidité, effectivement bien connue, il aurait « fait remarquer à » M. le professeur Bois, qui nous parlait admirablement » du rôle de l'émotion dans la vie spirituelle, et par cela » même dans tout Réveil, qu'il paraissait confondre l'exci- » tation avec l'émotion, l'une étant du domaine pliy- » siologique et l'autre du domaine psychologique, l'une » étant de nature nerveuse, l'autre nous prenant au plus » profond de l'âme, » Je serai tenté de demander à mon amical critique : Votre distinction est-elle bien sûre ? La théorie psychologique moderne (W. James, Lange, Dumas) ne fait-elle pas énorme, presque même parfois à le faire unique et exclusif, le rôle du physiologique, du nerveux dans les émotions les plus profondes et les plus spirituelles? Mais j'accorde pour mon compte quil peut y avoir de l'excitation sans émotion profonde — et dans tout Réveil c'est le cas (1^ pour un nombre plus ou moins grand de per-

(1) Il est permis de croire que tel a pu être le cas à Loughor, patrie d'Evaii Roberts. Dans le courant de l'hiver, les journaux ont publié la démission du Rév. DanielJones qui était pasteur précisément delà chapelle où Evan Roberts avait commencé sa carrière revivaliste deux mois auparavant. Et ijourquoi ce pasteur a-t-il donné sa démission ? Parce qu'il n'approuve pas la façon dont les réunions ont été conduites pendant les deux mois écoulés II y a eu tant d'excitation que le matériel a été fortement abîmé.- Les dommages se sont élevés à 60 livres (1.500 fr.), et le pasteur a déclaré qu'il n'était pas juste d'imposer à

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sonnes chez lesquelles rémolion reste à fleur de peau, et, se bornant à rexcitation, aux pleurs, aux sanglots, à l'énervenieiit , aux confessions publiques arrachées par des impressions-trop charnelles, ne produit rien de sérieux ni de durable. — Mais s'il peut y avoir de l'excitation sans émotion profonde, la réciproque est-elle vraie ? Peut-il y avoir de lémotion profonde, beaucoup d'émotion profonde, de l'émotion profonde collective dans une foule, sans excitation ? Cela se peut-il en particulier chez des gens tels que les Gallois ? La très grande majorité des Gallois m'ont paru, quant à moi, empoignés jusqu'au plus intime et au plus vital de leur être, et je ne crois pas qu'on puisse parler de simple excitation quand on a assisté soi-même à ces inoubliables réunions, quand on a senti s'exercer sur soimême cette force mj-^stérieuse qui fait tressaillir, qui ébranle, qui pénètre, qui remue, qui efface par intervalles le sentiment du temps et de l'espace, et qui laisse sous l'impression, sous la certitude d'une grande réalité inexprimée et inexprimable.

Je reconnais, certes, qu'il peut y avoir abus et déviation du sentiment. Il peut se faire — et dans tout Réveil c'est le cas pour un nombre plus ou moins grand de personnes chez lesquelles le sentiment ne produit rien de sérieux ni de durable — il peut se faire que le sentiment ne se dépasse pas lui-même, qu'il se prenne pour son propre but, qu'il

une église pai'ticulièi"e le paiement de cette somme, — les frais résultant de dégâts commis dans des réunions d'alliance évangélique, — et que, dans tous les cas, il ne pouvait admettre que cela se prolongeât... Mais l'Eglise semble avoir laissé partir son pasteur, moins désireuse de le conserver que de maintenir ses réunions bruyantes et tumultueuses, et plus soucieuse de garder le feu actuel que ijréoccupée du paiement futur de ses dettes. Ajoutons que c'est sans doute pour aider à paj'er ces dettes, — et d'autres encore, — qu'Evan Roberts, avant de partir pour Liverpool, a fait de généreux cadeaux à deux églises de Loughor. — Mais le fait de l'excitation dehieure. — Et nous l'avons, d'ailleurs, signalé nous-mêmes en parlant des manifestations phj'siques dans le Réveil.

n'y ait que senti ment, et alors la piété n'est quime sorte de jouissance sentimentale raffinée , et le sentiment réduit à lui-même s'use à la longue, quand il ne se produit pas une réaction, et la condition dernière finit par être pii'e que la première. Mais il y a aussi un cas différent — et c'est incontestablement celui de la plupart de ceux qui ont été touchés par le Réveil gallois — c'est celui où le sentiment se mêle étroitement à la vie morale, tantôt servant de moyen, tantôt apparaissant comme un résultat. Tantôt servant de moyen, ai-je dit, et en effet, il en est de lêtre humain sous l'empire de l'émotion comme d'une barre de fer sous l'influence d'une flamme ardente, il se ramollit, il devient souple et malléable, et dans cet état, tandis que la flamme n'a pas encore cessé son action, vous pouvez faire prendre à ce métal la forme que vous voudrez ; lorsque, la flamme étant éteinte ou simplement éloignée, le métal se refroidira, il conservera indéfiniment la forme qu'il aura reçue, il sera transformé à jamais. De même le sentiment permet à certaines transformations radicales et définitives de se produire dans l'être humain, et ces transformations une fois opérées subsistent à jamais, lors même que l'émotion a disparu et que le train journalier de l'existence a repris. C'est ainsi que l'émotion peut être employée comme un moyen pour une fin spirituelle et morale et conduire à un changement profond, durable et fécond. Il est hors de doute que l'émotion a joué et joue encore ce rôle, en grand, dans le Réveil gallois. Mais non seulement l'émotion peut être un moyen, elle peut aussi être un résultat. C'est un fait qu'en bien des cas l'émotion sous sa forme pleine, débordante, suprême, ne peut jaillir et durer que là où les obstacles moraux ont disparu, là où il n'y a point ou - plus d'interdit moral, là où l'ordre a été établi dans les consciences. Lorsqvi'iui laïque de Rhos m'expliquait la marche du Réveil à Rhos, il me disait avec une netteté parfaite : « Nous avons employé les premiers jours à

» purifier (to cleaiise) nos cœurs, à purifier la maison de y> Dieu ; ce n'est que lorsque nos cœurs ont été purifiés, » lorsque toutes les querelles ont été apaisées, les vieilles » dettes payées, les torts réparés, ce n'est qu'alors que le » RéA^eil a atteint toute sa force et que l'explosion du sen- » tinient religieux est devenue irrésistible. » Et l'on sait le soin qu'Evan Roberts a mis de plus en plus à écarter les obstacles moraux, à sommer par exemple les personnes brouillées de se réconcilier ou de quitter la réunion, parce qu'autrement il serait impossible à la réunion de marcher. Ainsi, tantôt comme moyen, tantôt comme résultat, l'émotion est étroitement rattachée à la vie morale et religieuse féconde et complète. Elle provoque, facilite, produit l'obéissance pratique, la fidélité volontaire, la soumission effective à la conscience et à l'Esprit. Et elle résulte à son tour d'une telle vie. Cette fusion harmonique du sentiment avec la conscience et la volonté me semble admirablement réalisée dans le Réveil gallois, si on l'envisage dans son ensemble.

On insiste toutefois, et l'on allègue, pour appuyer les accusations du Lancet (hystérie, débauche d'émotionalisme), des faits précis, à savoir les hospices d'aliénés!

Une curieuse discussion sur les rapports du Réveil avec raccroissement des cas de folie s'est produite au mois d'avril à l'hospice de Denbigh. Cet hospice, comme l'indique son nom (Nortli Wales Counties Lunatic As3dum), reçoit les aliénés des cinq comtés de Denbigh, de Flint, d'Anglesey, de Carnarvon et de Merioneth. Au cours de la séance du comité, Mr Eiwy Williams demande au docteur de l'établissement dans quelle mesure le Réveil a affecté le nombre des patients pendant le dernier trimestre.

!)'■ Cox : « C'est une question que j'ai examinée très atten- » tivenient. J'ai fait une analyse. Durant les deux derniers

576 LE aÉVEIL AU PAYS DE GALLES.

» mois, jusqu'au 20 mars, nous avons eu un nombre excep- « tionnel de pauvres admis, à savoir un total de 66 à partir » du 1^'" janvier, — 36 hommes et 30 femmes. Des 36 liom- » mes, 11, et des 30 femmes, 6, avaient été, semble-t-il, in- » fluencés fâcheusement par le Réveil en vigueur. Cela re- » présente un total de 17, soit 25 °/o des patients admis. » L'hérédité peut être mise en cause pour 5 hommes et » une femme, et un de chaque sexe avait déjà souffert d'at- » taques précédentes. Restent 9 autres cas. On peut donc » conclure de l'analyse que, pour 9 cas sur les 17, la cause » première de l'aliénation naentale a été la ferveur reli- » gieuse. Il ne peut y avoir de doute qu'un grand nombre » des patients étaient prédisposés à la folie par suite dun » dérangement mental hérité. D'autres, sans aucun doute, « ont été affectés par le mouvement religieux, mais dans la » majorité dés cas il y a eu un penchant ou une faiblesse » qui a été troublée par une influence émotive de ce ca- » ractère. »

Le Président : « Et dans quelques cas il n'y a eu aucune » de ces influences troublantes ? »

Z)'" Cox : « Non. Il est extrêmement difficile de préciser » toutes les circonstances et d'obtenir un récit exact de » l'histoire passée des patients, mais ce que j'ai dit est une » conclusion légitime. »

D"^ R. Roberts : « C'est une conclusion générale. Le Réveil » est très développé dans le comté de Merioneth (1), et j'ai- » nierais savoir si la statistique pour les trois derniers mois » montre qu'un plus grand nombre de patients ont été ad- » mis de ce comté que de tout autre. »

D^ Cox : a Oui, il y a eu un nombre plutôt plus grand de » patients admis du Merioneth que des autres comtés, et » ils doivent être attribués indirectemeiit au mouvement » revivaliste. »

Mr Elwij Williams : « Est-ce le résultat de votre observa- )) tion des cas, ou est-ce une déduction que vous faites » d'ajjrès les certificats d'admission? »

D' Cox : « Je m'appuie sur l'inspection des certificats, et

(1) C'est le comté de la visionnaire Mrs Jones.

APPRÉCIATIONS Eï Rp!;SULTÀTS. 577

» aussi sur mes propres enquêtes relativénieut à l'histoire » des patients au inonient de leur admission. »

Mr T. Griffith : « Est-ce que l'apparition des étranges lu- » mières à Egryn rend compte de l'accroissement des cas » du Merionethshire? » (Rires.)

jD"^ Cox : « Pour autant que je puis en juger, à entrer dans » le détail, il ne peut y avoir de doute, je pense, sur le fait » qu'une grande proportion vient du district de Merioneth » souffrant de l'effet de ce mouvement ; mais en analysant » les cas, je trouve qu'il y a eu, sans aucun doute, une pré- » disposition ou un penchant au dérangement mental, et, » par conséquent, ces cas ont dû être affectés d'une façon » plus sensible par l'excitation émotionnelle. »

Mr Thomas Williams : « Vous déclarez que la condition » de 25 °/o des patients pauvres admis durant la période » mentionnée est due à la ferveur religieuse, mais quel se- » rait le nombre que vous attribueriez à la ferveur reli- » gieuse en temps normal? Je sais qu'un certain nombre de » cas sont ordinairement attribués à cette cause, et j'ai- » nierais savoir de combien la proportion est supérieure » maintenant. »

£)'■ Cox : « Il y en a sans doute un grand nombre affectés » par la religion en temps normal, mais je vous procurerai » la statistique. »

Mr A. 0. Evans (s'interposant) : « Je pense que nous avons » eu tout à fait assez de ceci (très bien! très bien!) et je » propose que nous passions à l'ordre du jour. »

Mr L. Jones Morris : « La déclaration faite par le docteur » montre qu'il n'y a pas de motif pour s'alarmer. (Applau- » dissement.) En fait, la déclaration est très satisfaisante. » (Très bien ! très bien !)

La discussion finit alors (1).

Cette discussion laisse à coup sûr des sentiments assez mêlés. On peut y joindre cette assertion que laisse tomber en passant et sans paraître y prendre garde un admirateur

(1) Procès-verbal publié par The Liverpool Dailij Post and Mercury, 18 avril, le Wrexham adverlixer, 22 avril, etc.

enthousiaste du Réveil gallois, M. Edgar Vine Hall : « Les » maîtres disent que les enfants ne leur donnent plus de » peine maintenant. Les docteurs, d'autre part, expriment y> quelques craintes. » Un correspondant du British Weekly écrit :

« Le 13 décembre, on m'a montré une lettre écrite , par » un garçon de quatorze ans, qui est à l'école de Llanrwst : » il parle du Réveil à ses parents, leur demaiide de prier » pour lui, raconte qu'il a \u Jésus-Christ. Puis il dit qu'il » a été à une réunion de prière la veille au soir jusqu'à » onze heures ; qu'il j en avait quatre priant en même » temps, et qu'un jeune homme dont il donne le nom, a » prié pendant une heure (an hour) et puis est tombé dans » une attaque de folie (« a mad fit » -- l'expression est em- » pruntée à la lettre du jeune garçon). On m^a demandé, » continue le correspondant du British Weekly, si je vou- » drais arrêter l'œuvre parce que les gens deviennent fous? » Non, ai-je répliqué, mais je pense que la responsabilité » pèse sur les chefs (leaders) et les anciens de restreindre » l'excès et de ne j)as permettre des meetings prolongés » jusqu'à des heures tardives, onze heures, minuit, et plus » tard. »

Les "Gallois enthousiastes défenseurs du Réveil répliquent : « Que ceux qui accusent le Réveil de remplir les hospices d'aliénés veuillent bien demander la statistique de ceux que l'alcoolisme y envoie, et ils constateront qu'il y a plus de personnes envoyées dans les hospices en un an par l'alcoolisme qu'il n'y en aurait, envoyées par le Réveil, pendant plusieurs années, en supposant que le Réveil se prolongeât pendant cette longueur de temps ! » J'admets sans peine l'exactitude de cette comparaison recueillie dans le British Weekly, mais ce n'est peut-être pas tout à fait la question. C'est assurément quelque chose que le Réveil... fasse moins de mal que l'ivrognerie! La supériorité est-elle bien suffisante ? Encore si les défenseurs du Réveil disaient : le Réveil fait entrer quelques fous à l'hospice, c'est vrai, mais

en revanche combien de malheureux ne préserve-t-il pas d'y entrer en les détournant à temps de l'ivrognerie, grande pourvoyeuse des établissements semblables à celui dé Denbigh! — Ce langage serait plus habile, il ne serait pas moins vrai... Il reste toujours qu'il y a, du fait du Réveil, quelques clients à l'hospice qui sans le Réveil ne s'y trouveraient point... Il faut en convenir, et ajouter que, en fait, des cas de folie passagère ou durable ont toujours été provoqués par les grands mouvements de foules — non pas seulement par les mouvements religieux^ mais par les mouvements politiques, militaires, etc. et même, en dehors et plus ou moins indépendamment des foules proprement dites, par tous les grands événements nationaux ou internationaux, les grandes révolutions, les grandes catastrophes...

Il nest pas difficile de s'expliquer le mécanisme psychologique de ces faits regrettables. L'émotion a une action dissolvante sur l'âme. Elle dissout les combinaisons familières, elle rompt le réseau des habitudes, elle dissocie les groupements ordinaires, démonte les mécanismes coutumiers. Lorsque les états de conscience sont ainsi désagrégés et rendus mobiles, la conséquence peut en être soit la ruine psychologique soit une réédification. Dans les cas les plus fréquents, les cas de conversion, à la démolition succède la reconstruction, les états de conscience s'orientent et se concentrent autour d'un principe de convergence : c'est un nouveau moi, un moi chrétien qui se forme. Mais dans certains cas, la démolition qui a tout jeté à terre, tout pulvérisé, tout délié, tout dénoué, n'est suiAde par rien de positif; l'être demeure poussière amorphe et instable au sein de laquelle aucune combinaison nouvelle ne réussit à se former et à durer — ou bien la démolition est suivie d'une reconstruction bizarre, anormale, — et dans les deux cas, c'est le détraquement mental.

Tous les psychologues-sociologvies ont remarqué depuis

longtemps que le nombre des fous est toujours relativement considérable dans les révolutions et dans les révoltes, non seulement parce que les fous y prennent part s'ils le peuvent, mais aussi parce que les grandes commotions publiques, politiques ou. religieuses, font devenir fous ceux qui étaient seulement prédisposés à la folie, même d'une manière légère. Cela a été prouvé statistiquement, pour la première fois, je crois, à la fin du siècle passé, par Pinel, le fondateur de là psychiatrie moderne. Après lui, Belhomme, dans son œuvre : Influences des commotions politiques (Paris, 1872) fait remarquer la forte recrudescence des fous due aux révolutions de 1831, 1832 et de 1848. Bergeret signalait le même phénomène (La politique et la folie dans la Gazette des hôpitaux, avril et mars 1886) pour la même révolution de 1848. Lunier dans le volume : Influences des événements et des commotions politiques sur le développement de la folie (Paris, 1879) disait que les tristes, événements de 1870-1871 avaient été la cause de 1,700 à 1,800 cas de folie du l'^'" juillet 1870 au 31 décembre 1871. Ramos- Meyia (Los nevrosis de los hombres célèbres en la historia Argentina, Buenos-Ayres, 1878) exposait des conclusions semblables quant aux effets des révolutions arrivées à Buenos-Ayres, après 1816 (1).

On peut donc dire que plus un Réveil est intense, ex^ plosif, contagieux, violent, et plus il est à prévoir que le nombre des cas de folie provoqués par ce réveil sera consi^ dérable. Le Réveil gallois n'a pas échappé à cette règle : il y a là, je le reconnais, de quoi étonner, troubler, scandaliser, ceux qui considèrent le Réveil type revivàliste accentué comme le seul mode normal et complet de vie religieuse collective, ceux qui considèrent le Réveil comme

(1) Cf. aussi Legrand Du SauUe {Le délire des perséciiiions, Paris, Delahaye, 1873) au dernier chapitre. — Sighele (La Foule criminelle, p. 104, iiote).

un bloc exclusivement divin tombé du ciel tel quel. Mais il n'y a pas là de quoi surprendre ni choquer ceux qui se placent au point de vue plus psj'^chologique et non moins religieux où nous nous sommes placé ici. Et certes nous hésiterions à nous approprier ces mots rapportés par le British Weekly, de deux personnes à qui l'on parlait des cas de folie de l'Hospice de Denbigh : « Est-ce que, de^ » mande l'une, est-ce que par hasard vous voudriez arrêter » le Réveil parce que des gens deviennent fous (because » people become insane) ?» — « II vaut mieux, déclare » l'autre, il vaut mieux aller au ciel à travers Denbigh que » d'aller en enfer. » Ces propos qui respirent comme un parfum de fanatisme (1) et rappellent à certains égards la mentalité des inquisiteurs, nous ne saurions quant à nous les endosser tels quels. Mais en regard des quelques effets fâcheux, très fâcheux, très déplorables — il faut le recon-^ naître — produits par le Réveil, il convient, pour être juste dans une appréciation du Réveil gallois, de placer le ta^ bleau des effets excellents, des résultats admirables, et il faut le dire, infiniment plus nombreux.

Il y en aurait long à dire, en effet, si on voulait entre-

(1) N'y a-t-il pas aussi du fanatisme dans le fait suivant, s'il est authentique? Voici une coupure empruntée au Livcrpool Echo et au Tniih par un correspondant du Bvilish Weekly. Personne, que je sache, n'a démenti l'inforjnation : « Dans un récit du Réveil gallois, je lis que » quelques curieux incidents se sont produits la semaine dernière dans » le district de Rhos. L'un des plus curieux a été celui d'un mineur » qui, ayant touché ses gages, est allé droit à une réunion de piière et » a donné tout son argent pour aider le mouvement. Sa femme et ses « enfants mouraient de faim, mais ils eurent beau supplier qu'on leur )) rendît un peu de l'argent : leur demande se heurta à un refus, les re- » vivalistes estimant sans doute qu'ils avaient plus de droit aux gages » de l'homme que sa famille affamée. Cela me paraît un résultat très » honteux (verj' disgraceful) du mouvement, quoique j'ose dire que pour )) avoir exprimé cette opinion je provoquerai de nouveau la réplique )) que de telles matières sont absolument au delà de ma pauvre philo-r f> Sophie matéi'ialiste. »

j)rendre d'exposer parle menu tout Ce cxue le Réveil gallois a déjà produit et réalisé de bon, d'excellent. Comme le disent et le répètent les Gallois, l'histoire complète du Réveil ne sera jamais racontée, la moitié au moins de l'histoire du Réveil n'a jamais été et ne sera jamais dite.

Il ii'y a pas de cour de police qui ne rende un bon témoignage au Réveil. Les crimes et les délits ont baissé considérablement dans les districts miniers. A Pontypridd, un juge de paix me racontait que, la semaine passée, au lieu de 70 « cas », il n'en avait eu qu'une quarantaine, et il attribuait cette diminution au Réveil. Ailleurs, c'est encore mieux : les juges se croisent les bras ; ils reçoivent une paire de gants blancs — ce qui est le symbole traditionnel de l'absence de cas délictueux. Plus de procès, plus personne aux tribunaux de police. Les prisons se vident peu à peu, personne ne remplace les détenus libérés périodiquement. — Dans son rapport annuel aux commissaires des prisons, le gouverneur de la prison de Carnarvon déclare que le nombre des femmes qui sont entrées dans la prison durant l'année écoulée a été inférieur à ce qu'il était depuis quelques années. Récemment, durant une période de sept semaines, une seule femme a été reçue, et le total pour le trimestre janvier-mars n'a été que de 15. « Ceci, je pense, » peut être légitimement attribué à l'influence du Réveil » gallois », ajoute le gouverneur. .

Plus de rixes, plus d'ivrognes dans les rues ; au lieu de jurons, on entend des paroles de bienveillance et de fraternité; au lieu dédiants obscènes, des cantiques de louanges. La joie, le bonheur rayonnent sur tous les visages (1).

On comprend donc que le juge Gwilym Williams ait pu dire, à Gardiff : « On a chicané récemiiient le revivaliste

(1) Je rappelle ici ce que j'ai rapporté plus haut, d'après un laïque de Rhos, sur les changements survenus dans cette localité. M. Paul Passj'i qui à visité Rhos quelques mois après mon passage, a constaté que ces changements tenaient bon. (Cloche d'alarme. Octobre et décembre 1.905.)

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sur ses méthodes. Pour moi, les méthodes ne sont rien ;" les résultats sont tout et les résultats sont excellents. » Et l'on comprend aussi que le chanoine anglican Wilberforce ait pu s'écrier dans un sermon, à l'abbaye de Westminster, à Londres, que le Réveil gallois a plus 'fait pour le bien du peuple en deux mois que les lois contre l'alcool en dix ans. Le vice dominant, l'ivrognerie, recule. Les cabarets se plaignent de ne plus faire d'affaires. Un débitant a vu descendre ses recettes de mille à cent francs par semaine. Un brasseur déclare qu'il vend par semaine 7.500 francs de bière de moins qu'autrefois. —Un avoué, après aA^oir subi l'influence religieuse du Réveil; a renoncé à être le conseil périodique (légal adviser) des brasseurs et a, par cette décision, perdu 50.000 francs. — Un commis-voyageur en vins et liqueurs racontait, dans un hôtel de Cardiff, ses expériences dans la vallée de Rhondda : « On ne me donne plus de commandes, disait-il, » je ne puis plus rien gagner. L'un de mes meilleurs clients » m'a dit qu'il n'avait besoin de rien, le Réveil lui ayant » enlevé ses plus fidèles consommateurs, lesquels autrefois » buvaient chaque semaine la moitié de leur paye. -» — Un commis-voyageur en cristaux disait : « Les affaires vont très » mal, à présent ; dans les maisons où je vendais autre fois » quatorze douzaines de bocks, c'est à peine si jeu vends aujourd'hui une douzaine. » — Un grand nombre de cabaretiers ont fermé boutique, parce qu'ils n'ont plus de clients. Au début du Réveil, un cabaretier disait à un autre : « Si tout cela est du diable, nous rattraperons nos clients ; si c'est de Dieu, nous ne les rattraperons pas. » Les clients n'ont pas été rattrapés. — Dans un village presque tous les hommes s'étaient donnés à Dieu et avaient renoncé aux boissons alcooliques, pour lesquelles ils avaient naguère un déplorable penchant. Tout le monde était donc dans la joie, sauf le cabaretier, qui voyait avec dépit sa marchandise lui rester pour compte. Une pensée touchante se fit

APPUÉCIATIONS ET RÉSULTATS. 585

jour alors parmi les nouveaux convertis. Il n'est pas convenable , dirent-ils , que ce pauvre cabaretier soit seul ià s'attrister de ce qui nous réjouit tous. Il faut lui rendre possible, à lui aussi, la conversion et la joie. Et alors on fit une souscription dont le produit fut employé à acheter au débitant toute sa provision de JDoissons fortes, et triomphalement on alla répandre ces liqueurs maudites dans le ruisseau. — En bien des endroits, les cabaretiers ont fermé boutique parce que, saisis eux-mêmes par le Réveil, ils n'ont plus voulu vendre leurs drogues empoisonnées. Par exemple, grâce au Réveil, le village d'Esgairgéiliog, dans le comté de Merioneth, est devenu un village sans piiblichoiise (cabaret). La propriétaire du cabaret, le seul qui existât dans ce village, s'est convertie à l'une des réunions de Réveil, et son premier acte après sa conversion a été d'aller chercher une échelle et d'enlever de sa propre main l'enseigne placée au-dessus de la porte, et elle a dit à une réunion postérieure qu'elle ne s'était jamais sentie si heureuse dans toute sa vie qu'au moment où elle enlevait l'enseigne.

De même, des tenanciers de maisons de débauche et de mauvais théâtres ont fermé boutique. Des femmes perdues ont abandonné la prostitution. Les sociétés de football (1) ont été en plusieurs endroits dissoutes ; les matches de football ont été transformés en réunions de prière ; les joueurs les plus acharnés abandonnent leurs ballons, leurs cartes, leur aie, et leurs sanglants assauts de boxe, et vivent d'une vie sobre et divine, mettant aujourd'hui toute leur vigueur à travailler pour le Réveil. Les parieurs refusent l'argent gagné par les paris faits avant leur conversion ; des lutteurs qui gagnaient des prix s'occupent maintenant de gagner des âmes. Même les réunions musicales et lit-

(1) Les parties de football sont dans le Pa3'^s de Galles des occasions de paris et de débauches —

téraires, si chères au peuple gallois, se trouventnégligées. Des programmes de concerts ont dû être changés et composés d'hymnes et de chants spirituels, car les auditeurs ne pouvaient supporter la musique profane. Des eisteddfodaii ont été ajournés ou transformés en réunions de prière. Dans bien des endroits, des hommes politiques venus pour tenir des réunions politiques ont compris^que ce n'était pas le moment et se sont improvisés eux-mêmes revivalistes. Des conférences ont échoué. Le fameux député libéral M. Lloyd George devait tenir une réunion politique à Pwllheli. Mais il a télégraphié : « Très désireux qu'aucun obstacle ne vienne en aucune mesure rompre la pleine force du Diwygiad (Réveil), j'insiste pour quç lidée d'un meeting politique soit abandonnée. »

Au meeting annuel de l'Institut littéraire d'Aberdovey, le rapport du bibliothécaire a accusé une diminution de 338 dans le nombre des livres prêtés pendant l'année. Les mois pendant lesquels la diminution s'était produite étaient ceux de juillet et décembre; et comme la réduction dans le dernier mois (décembre) portait presque exclusivement sur les romans, il l'a attribuée au Réveil religieux, qui a éclaté à Aberdovey en décembre. On peut ajouter qu'en bien des endroits des livres athées, libres-penseurs ont été brûlés par leurs propriétaires.

Les torts anciens sont réparés. Les dettes sont payées quand il y avait déjà prescription; les biens mal acquis sont restitués. — Il y a neuf ans un cadran solaire et trois œufs avaient disparu d'un hôtel à Tylorstov^ai : le cadran a été mystérieusement retourné au propriétaire avec trois timbres représentant la valeur des trois œufs. — Un camionneur de la miné de Pentre avait j)erdu il y a un an une tabatière en cuivre sur laquelle son nom' était inscrit : cette tabatière lui a été renvoj'^ée. — Il y a quatre ans environ qu'une dame de Risca avait perdu sa bourse contenant onze shillings. Bourse et argent lui ont été renvoj'és

APPRÉCIATIONS Eï RÉSULTATS. 587

tout récemment par la poste. — Il y a huit ans un carrier avait ramassé une pièce d'or sachant à qui elle appartenait; converti par le Réveil, il la renvoyait en signant •" Un pécheur repentant. — Un médecin disait : « Je ne sais trop » que penser de ce Réveil, mais en tout cas j en aurai pro- » fité. — Avez-vous plus de malades? — Non, mais on me » paie de vieilles notes que je n'espérais plus voir rentrer/ » J'en ai touché, de ces notes, pour environ 500 francs. » Un chef de gare dans le Pays de Galles a reçu la lettre suivante, qui a paru dans le Great Western Railway Magazine : « Veuillez transmettre à la Compagnie les 40 centi- )) mes en timbreis poste que vous trouverez ci-inclus; ils » représentent le montant d'une erreur commise à son » préjudice quand j'ai pris mon billet. Je n'avais pas l'iri- » tention quand j'ai pris mon billet de faire tort à la Comy> pagnie. Pourtant, lorsque j'ai vu que personne ne venait » me réclamer la somme, j'ai écarté la chose, comme bien » d'autres l'ont fait auparavant, en me donnant- pour ex- » cuse ce sophisme : c'est à la Compagnie d'y regarder^ » pas à moi. Mais ces réunions de Réveil sont nuisibles à » une semblable philosophie ; delà les timbres inclus. Je » suis une autre victime de la conscience. Diolch iddo ! » — Un pasteur écossais, le Rév. Thomas SimjDSon, a raconté, à son retour du Pays de Galles, qu'il était entré dans une boutique un matin et quel' « assistant » lui avait dit qu'il ne se passait guère de matiuée que le courrier n'apportât des mandats pour payer des dettes en suspens. — Un drapier de Pontypool écrit dans le Western Mail : « Je » pense que c'est par suite du Réveil que j'ai reçu hier par » la poste la somme de 24 s., accompagnée d'une lettre » anonyme disant : ce Veviiïlez recevoir ce petit règlement )) d'un compte qui date de lépoque de votre père. »... La )) lettre ne donne aucune indication sur l'expéditeur. Pour- » riez-vous m'aider à découvrir la date de la dette, même si » rexpéditeu,r ne désire pas révéler sou nom ? Je serais très

» heureux s'il voulait au moins donner la date, car il y a » maintenant plus de 31 ans que mon père est mort. » — Un correspondant de la « Presse » (Singapore) dit : « Il y a » un Réveil extraordinaire en train juste maintenant au » Pays de Galles. Je ne suis pas très chaud partisan de » cette espèce de chose, mais ce Réveil-là a mis de l'argent y> dans ma poche. Nous avions perdu beaucoup d'^argent 3) au Pays de Galles pendant les quelques dernières années, » et clôturé nombre de nos comptes avec des fermes gal- » loises par de « mauvaises dettes ». Dans la dernière quin^ » zaine, nous avons reçu le paiement de tous nos débi- » teurs en défaut avec l'intérêt pour le temps écoulé. Je » crois à cette espèce-là de Réveil. » — M. Richards, président de l'Association des épiciers de Rhondda, reçut la leltre suivante : « Monsieur, je vous renvoie une médaille » et un diplôme qui m'ont été décernés à l'exposition de 3) 1903. Je les ai gagnés par des moyens illégitimes. Le jury » ayant critiqué mon empaquetage de pains de sucre, je » jurai formellement qu'un rival avait bouleversé mon ï) étalage et abîmé ainsi luon empaquetage, ce qui est ab- » solument faux. Dieu, qui est miséricordieux, ma par- » donné, mais je sens le besoin de réparer ma faute en » vous renvoyant mon diplôme et ma médaille. Je vous » demande humblement pardon pour le mal que j'ai fait. » — Voici qui est encore plus touchant, et qui est même singulièrement émouvant : Un jour dans une réunion on vit se lever un homme qui raconta avec une poignante émotion qu'il était un déserteur de la marine anglaise, qu'il avait donc trompé son pays en manquant à ses engagements, et qu'il allait immédiatement se livrer aux autorités pour subir la peine qu'il avait encourue par sa désertion. C'est ce qu'il fit en effet. Hâtons-nous de dire que des amis influents intervinrent en sa faveur et obtinrent sa libération.

Les vieilles querelles sont apaisées ; les ennemis se ré-

eoncilient. Et cela va jusqu'à l'apaisement des discussions et des brouilles... ecclésiastiques!! On cite deux églises indépendantes de Glyn-Neath qui depuis près de 12 ans étaient en mauvais termes, et qui se sont réconciliées : les ministres se sont touché la main devant une assemblée d'environ 400 personnes.'

Dans un endroit où a sévi longtemps un conflit entre patrons et ouvriers, dont sest occupé le Parlement, le conflit dit des carriers, nombre de familles restaient divisées, en lutte les unes avec les autres : tout cela a été comme balayé.

Les ouvriers se contentent de leurs salaires, et travaillent avec conscience. Bien des patrons déclarent que la qualité du travail faite par les mineurs s'est améliorée. Il y a moins de déchets. Les ouvriers vont à leur travail journalier le cœur tout à la joie-

Grâce au Réveil, des milliers de maris et de lemmes trouvent maintenant pour la première fois de leur vie du plaisir à rester dans leurs foji'ers. Les enfants sont vêtus> nourris et élevés comme ils ne l'ont jamais été auparavant.. Des maris retournent à leurs foyers abandonnés. Des enfants prodigues reviennent repentants dans leurs familles. Parfois ils se convertissent dans une réunion où ils se trou-^ vent assister à l'insu de leurs parents présents aussi : et la conversion est suivie d'une reconnaissance, puis dune réconciliation, qui se fait au milieu des larmes et des assentiments chaleureux de l'assemblée. -^ A Swansea, des travailleurs sont venus au work-house reprendre les parents pauvres qu'ils avaient confiés à l'Assistance publique. — Les tailleurs enregistrent avec satisfaction des commandes nouvelles, imposées jDar les scrupules de la « respectabilit3\ »

En Angleterre fleurit comme en France la mode des cartes postales illustrées. On en vend un assez grand nom-^ bre qui ont trait au Réveil gallois. L'une de celles qui a joui d'une légitime vogue représente le bonhomme Noël à

la barbe blanche contemplant une famille de mineurs confortablement installée autour d'une table sur laquelle figure un bon repas. Les petits enfants ont la mine toute réjouie, écarquillent les yeux et les doigts, et tandis que la femme se càclie le visage dans sa main, le mineur, la tête levée et la fourchette et le couteau en l'air, répond au père Noël. Ce petit dialogue est inscrit au bas de la carte :

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