‹ Le reveil au pays de Galles [microform]Chapitre 20 sur 24 · UNE AMÉLIORATION · texte numérisé non relu

UNE AMÉLIORATION

Père Noël. — ^ Ceci est très différent de l'état où je vous ai trouvé l'année dernière, Thomas. Qui puis-je remercier du changement ?

Le mineur converti. — Remerciez Dieu... et Evan Roberts !

Cette carte postale illustrée est comme l'emblème figuré des transformations profondes et radicales produites dans la vie de bien des mineurs gallois par le Réveil.

Voici un fait authentique qui fera toucher du doigt la réalité de ces améliorations :

Dans une ville du comté de Glamorgan, un homme qui, après avoir reçu une éducation libérale, s'était marié et était devenu père de deux enfants, était tombé dans de mauvaises habitudes qui lui avaient fait négliger ses devoirs vis à Vis de l'Eglise, dont son père était un membre important, et ses obligatioiis à l'égard de sa femme et de ses deux petites filles. Sa famille était très mal entretenue ; la pauvre femme avait dû vendre tout le mobilier pour se procurer de la nourriture et diverses choses indispensables. L'homme, autrefois bon père et bon époux, dépensait ses gages à boire...

Uri soir il assista à une réunion de Réveil . La grande assemblée était en train de chanter un hymne favori, répétant et répétant plusieurs fois de suite sans se lasser, le refrain : « Il se fait tard, il se fait tard, la porte de la pitié n'est pas encore fermée... » Le chant de cet hymne éveilla

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quelque chose dans le cœur de cet homme. Il rentra chez lui, passa devant les cabarets qu'il fréquentait d'habitude, sans avoir l'idée d'y entrer, le refrain bourdonnant toujours à ses oreilles : <( La porte de la pitié n'apas encore été fermée ! « Tout en marchant, il se surprit lui-même à répéter cette simple prière : « Je te remercie. Seigneur, la porte de la pitié n'a pas été fermée. Aide-moi à passer à travers cette porte. Seigneur ! » Sa femme fut surprise de le voir rentrer si tôt, de le trouver si affectueux dans ses manières. Chacun des soirs qui suivit, il revint de même à la maison, sobre, mais souvent avec des traces de larmes sur les joues, Sa pauvre femme ne savait pas grand'chose du Réveil, Ses habits étaient trop misérables pour lui permettre de se rendre à un lieu de culte. Elle vivait beaucoup à la maison, considérant sa vie comme perdue et ayant renoncé à tout espoir de temps meilleurs. Le samedi vint. Le mari rapporta chez lui tout son argent, toute sa paie, — deux livres, 50 francs* Elle reçut l'argent, mais ne dépensa que 7 shillings, 8 fr. 75 — ce qu'elle dépensait d'habitude, quand elle pouvait recueillir cette somme. Pendant la seconde semaine, le mari rentra encore sobi'e à la maison chaque soir. Le second samedi, il donna de nouveau à sa femme la totalité de ses gages et se montra tendre et affectueux. Elle fut reconnaissante et de plus en plus étonnée, mais ne dépensa cette fois encore que la somme habituelle de 7 shillings. Pendant la troisième semaine, il continua de rentrer sobre à la maison chaque soir, mais fut un peu plus réservé dans ^es manières, et sa femme crut deviner qu'il souffrait de quelque désappointement. Aucun changement ne s'était produit dans le logis durant la semaine, mais ]e troisième samedi la femme se décida à dépenser une partie de l'argent qu'elle avait reçu. Elle acheta quatre chaises de cuisine, une nappe, quelques couteaux et quelques fourchettes, de la vaisselle et quelques habits pour elle et ses filles. Quelle transformation ces modestes achats n'opéré-

rentTiis pas dans ce misérable intérieur ! L'iioninie rentra à la maison dans l'après-midi du samedi. La femme et les enfants étaient assis à table. Il ouvre la porte. Surpris du spectacle, if se hâte de la refermer en murmurant des excuses pour s'être ainsi introduit, pense-t-il, dans une maison étrangère. Il sort dans la rue, regarde le numéro de la maison : « C'est tout de même bien là ! se dit-il. J'ai la berlue ! Qu'est-ce qui m'est arrivé? » Il entre de nouveau, fait quelques pas, se trouve en face d'une table recouverte d'une nappe blanche et entourée d'enfants joyeux. Il croit de nouveau avoir fait erreur ! Il était, disent les Gallois qui racontent ce trait, comme un agneau qui ne réussît pas à reconnaître sa mère qui vient d'être tondue! Il allait ressortir une seconde fois, lorsque sa femme, qui semblait rajeunie de dix ans dans son vêtement neuf, lui dit enfin : « William, vous ne me reconnaissez pas? » Il s'élança vers elle, tomba à son cou, l'embrassa, puis se mettant à genoux, il remercia Dieu de ce que la porte de pitié n était pas fermée, il pria Dieu de lui pardonner son passé et de donner à sa femme et à ses enfants la force de le lui pardonner. La femme dit : Amen, en sanglotant... William est maintenant parmi les convertis, et chaque soir, avant d'aller se reposer, les époux font leur culte domestique et n'oublient pas de chanter ensemble le refrain : La porte de la pitié n'est pas encore fermée.

A tous ces faits, recueillis dans les journaux et les conversations et qu'il serait aisé de multiplier, j'ajoiite les témoignages rendus, dans les réunions auxquelles j'ai assisté, par les couA-ertis du Réveil à leurs conversions encore récentes. Oh! ces témoignages, quelle éloquence ils possèdent dans leur simplicité, voire même leur trivialité ! En 1875, à l'époque d'une missioii revivaliste deHood}»^ et Sankey, Chamberlain déclarait à Birmingham qu'il est aisé de présenter des statistiques relativement au nombre

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des liommes et des femmes qui, dans mi état d'excitation contagieuse, ont affirmé qu'ils s'étaient convertis et qu'ils possédaient l'assurance du salut; mais qu'il est plus difficile de suivre ces cas, d'accompagner ces nouveaux convertis chez eux et de voir jusqu'à quel point cette conversion soudaine a amené des vies chrétiennes authentiques. Cette remarque ne s'applique pas aux témoignages qu'il m'a été donné de recueillir.

A Gardifï, j'ai entendu une femme montée dans le parquet s'écrier : « Il y a quelques niois, j'étais une ivrognesse, » la pire ivrognesse qui ait jamais marché en titubant » dans les rues. » Et effectivement la pauvre malheureuse porte bien sur sa figure et dans toute son apparence extérieure les traces de sa vie passée, et on n'a pas de peine à ^^^g^» se la figurer telle qu'elle devait être lorsqu'elle allait ce titubant dans les rues. » Mais son témoignage est si touchant que les larmes viennent aux yeux : « Maintenant, dit-elle, » maintenant je suis transformée. Non seulement Jésus » m'a sauvée, mais il m'a gardée pendant ces quelques » mois. » Ici l'assemblée interrompt pour entonner tout d'une voix le DzoZc/iiddo. La femme fait un mouvement pour quitter le Set Faivr : le Principal Edwards assis à côté d'elle l'engage à rester. Quand le refrain est épuisé, la femme reprend son allocution, déclare que son mari est en train de se convertir, exhorte les assistants mariés à venir hommes et femmes à Jésus. Elle termine en disant qu'elle n'a jamais été si heureuse qu'aujourd'hui. Et l'assemblée de lancer à pleins poumons le cantique qui commence par ces mots : « Heureux jour que celui où Jésus a lavé mes péchés! »

Dans la même réunion à Cardiff, un homme s'écrie en rendant grâces à Dieu : « AA^ant ma conversion, j'allais au » cabaret, j'en sortais tard la nuit; quand je sortais, je ne » pouvais marcher ni me tenir debout, et il fallait quedes » voisins me ramènent chez moi prodiguant des blas-

» phènies et des injures. Maintenant ce nest pas au ca- » baret que je vais le soir, c'est à la maison de Dieu, et » quand je sors, je marche seul, je marche droit, je rentre » à une heure convenable chez moi et je rentre en chan- » tant des cantiques! »

A Aberdare, je fais la connaissance d'un converti du Réveil, un Mr Jones, qui me conduit chez Dan Roberts. Sur notre chemin, M. Jones est salué par tout le monde et il salue tout le monde. Il m'explique son cas. « Vous com- » prenez, me dit-il, tout le monde me connaît. J'étais le » plus grand ivrogne d' Aberdare autrefois, » Arrivés chez Dan Roberts, nous sommes introduits dans un salon où se trouvent déjà, avec Dan Roberts, plusieurs personnes. Et mon nouvel ami de s'extasier et de s'écrier : « Qui ajirait » jamais dit cela, il y a quelques mois, que je me trouve- » rais un jour, moi, Jones l'ivrogne, dans une société de » gens comme vous : un revivaliste (Dan Roberts), un ^) pasteur et sa femme, un missionnaire et sa femme, un » professeur de théologie (c'était moi). » Puis, avisant un monsieur qui était sans doute un laïque et qui ne rentrait pas dans les catégories précédentes, il l'interpelle : « Et » vous, mon ami, vous avez bien aussi accepté Jésus- » Christ, j'espère? » — Et le laïque, avec un bon et joyeux sourire, de répondre : « Oui, je suis sur le roC! » Peu après, nous nous rendons tous ensemble à la réunion, et vers la fin, au moment où les croyants se lèvent pour rendre témoignage, mon ami Jones se lève à son tour, prend la parole, rappelle son état passé, et le compare avec son état présent : « Je pèse tant de livres de plus à présent qu'au- » trefois. » Et il donne le chiffre que je confesse avoir oublié. c( Autrefois, dit-il encore, quand je me suis con- » verti, au moment de signer l'engagement de tempérance, » ma main tremblait r— non pas d'émotion, mais d'al- » coolisme. Je ne pouvais signer proprement mon nom. » Maintenant ma main ne tremble plus, j'écris avec une

» parfaite aisance. Je suis même devenu le secrétaire d'une » Société de tempérance. Et j'en suis très fier. Toutefois si » je vous ai raconté tout cela, conclut-il, ce n'est pas que >? je désire me mettre en avant, c'est parce que j'ai peur » qu'il n'y ait ici ce soir quelqu'un qui hésite à accepter le » salut parce qu'il se croit un trop grand pécheur. Eh bien! » je veiix lui dire qu'il est impossible qu'il y ait un plus 51 grand pécheur que moi, et que moi, pourtant, j'ai été » sauvé par Jésus-Christ. »

A ces témoignages, je voudrais encore ajouter un récit : le récit d'une inoubliable réunion de prière — ^une réunion au fond d'une mine.

Un matin, à cinq heures, mon hôte vient me réveiller, et je pars déguisé, car mon hôte m'a affublé d'une vieille casquette et d'un vieux manteau de caoutchouc, pour me préserver de l'eau et de toutes les choses plus ou moins propres qui pourraient me toucher ou me tomber dessus dans la mine. Je traverse Pontypridd presque en entier. Les rues sont désertes. Les riches et les bourgeois dorment encore à cette heure ultra-matinale pour eux. Je ne rencontre de ci de là que quelques ouvriers qui se rendent à leurs travaux . dans toutes les directions, quelques mineurs portant à la main soit leur lampe de sûreté encore inallumée, soit un bidon d'essence. Je quitte Pontypridd et je commence à grimper la côte qui conduit à la mine où je suis attendu, Penrhiw Pit, ^ mine bien connue maintenant en Angleterre et dans quantité de pays : c'est une des mines les plus visitées par les étrangers et où les réunions de prière sont le plus ferventes. C'est tout juste si à un carrefour douteux je réussis à trouver quelqu'un pour m'indiquer le chemin. Enfin me voici arrivé. Il y a déjà là quelques personnes : dames et messieurs, qui attendent. Je me trouve en pays de connaissance, car je rencontre un étudiant écossais qui a assisté avec moi et qui a parlé avant moi à une réunion de

prière l'ayant-veille. L'un après l'autre, les mineurs viennent devant nous faire vérifier et fermer leurs lampes de sûreté, avant de descendre dans la mine. Enfin notre tour arrive. Nous sommes neuf ; cela fait dix avec notre conducteur : c'est juste le nombre permis par les règlements pour chaque fournée. Nous nous entassons comme nous pouvons dans la chambre étroite de l'ascenseur, serrés les uns contre les autres, et maintenant tant bien que mal notre équilibre. L'ascenseur s'ébranle. Curieuse impression que celle de cette descente dans le noir, et que celle du bruit sinistre et sourd du couvercle qui se rabat lourdement sur le trou béant par lequel nous avons été introduits dans les entrailles de la terre! Enfin, après un temps qui parait très long, la machine cesse de descendre. Elle s'arrête. Nous voici arrivés à un carrefour éclairé à l'électricité. Nous sortons de la boîte obscure, et nous marchons par des galeries plus ou moins ténébreuses jusqu'à un autre carrefour. Chemin faisant, notre guide, — qui n'est autre, je crois, que Mr David Daniel, l'un de ceux qui ont pris le plus à cœur ces réunions de prière dans la mine de Penrhiw, -- nous dit que la moitié des mineurs, dans cette mine, sont des chrétiens décidés. Bientôt nous commençons à distinguer dans le lointain le chant d'un cantique bien familier à nos oreilles, l'hymne de Pantycylin : Conduis-moi, ô Toi grand Jéhovah! chanté sur la mélodie : Brijn Calfaria. Le son enfle et grandit.-Nous appr.ochons. Il y a bien là, pour autant que je puis en juger, de 60 à 100 mineurs, assis, à genoux, accroupis dans la posture caractéristique et habituelle de leur travail quotidien, debout, dans toutes les attitudes, chacun muni de sa lampe de sûreté posée à côté de lui ou attachée à ses vêtements. D'autres lampes sont attachées à l'un des gros troncs d'arbre qui soutiennent la voûte. C'est un spectacle émouvant que celui qu'offrent ces lampes, brillant dans l'obscurité des galeries. On est invinciblement empoigné par ces voix d'hommes chantant à pleins poumons

l'original et impressif cantique gallois à trois cents mètres au-dessous du sol. On est saisi par ce spectacle étrange, qui évoque un instant le souvenir des catacombes romaines et des premiers cultes chrétiens. Mais dans ces catacombes de PontypriddJ le secret n'est plus nécessaire. Il n'y a plus de; persécution. Il n'y a plus même de moqueries. Peut-être y en a-t-il eu au début du Réveil. Il n'y en a plus maintenant. Ceux-là même qui ne participent pas à la réunion la respectent. Cependant, pour n'être pas aussi tragiques que les réunions des catacombes romaines, ces réunions n'en sont pas moins émouvantes quand on réalise que ces formes humaines vagues et indécises ne sont autre chose que de pauvres mineurs qui passent dans Ces sombres parages toute leur existence obscure. Ah ! ce ne sont certes pas des êtres efféminés, prompts à un sentimentalisme facile. J'étudie leurs attitudes, je scrute les visages de ceux qui sont le plus près, et je discerne des corps solidement charpentés, bien musclés, des figures qui portent les traces du dur travail souterrain. Et ils sont là, les yeux baissés dans la prière, car ils prient même lorsqu'ils écoutent la Bible, ils prient même lorsqu'ils chantent. Ils sont là, frémissant d'émotions intimes qui leur étaient inconnues il y a quelques mois, joyeux d'une joie qui passe à travers leurs chants, leurs lectures et leurs prières, et se communique à nos cœurs ; nulle part je n'ai mieux senti la profondeur et le sérieux du Réveil gallois, car c'est dans de semblables réunions matinales que ces ouvriers, obligés à un dur labeur, puisent quotidiennement la force d'exécuter avec une scrupuleuse probité leur tâche, et d'être des chrétiens fidèles et conséquents dans leur travail, dans leurs rapports réciproques, et jusque dans la façon de conduire et d'apostropher leurs chevaux! « Le réveil, dit avec raison M"*^ Merle d'Aubigné (1), fait l'affaire des patrons et des actionnaires

(1) Extrait d'une letti'e particulière datée du 20 mars et racontant une

600 LE UÉVEIL AUPAYS DE GALLES.

autant que celle des ouvriers. Le rendement des houillères augmente depuis le Réveil, car le mineur chrétien ne met plus dans le wagonnet la pierre avec la houille. Le cœur converti donne du charbon honnête. »

Le chant terminé, un mineur lit en anglais — car on sait qu'il y a des visiteurs étrangers et on désire qu'ils puissent comprendre, et d'ailleurs, à Pontyprj^dd même, l'anglais est aussi répandu et même plus que le gallois — un mineur donc lit à genoux, le livre jjrès de sa lampe posée à terre ; il lit le premier chapitre de l'Evangile selon saint Jean, un chapitre qu'on aime beaucoup à lire à fond de mine. Et à coup sûr, les belles déclarations de l'apôtre prennent ici un sens tout particulier et un incomparable à propos :

« La vie était la lumière des hommes. La lumière luit » dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue... » Jean parut pour rendre témoignage à la lumière. Cette )) lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le » monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde et » le monde a été fait par elle. A tous ceux qui l'ont reçue, p elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, »

La lecture finie, l'assemblée chante le bel hymne de Newman, véritable petite merveille du chant sacré, où tout est réuni : la beauté musicale d'une mélodie très simple et très pénétrante, la beauté littéraire d'une poésie admirable de forme et de fond. En voici la traduction qui a l'inconvénient d'être en prose, mais aussi l'avantage d'être littérale et exacte :

ff Conduis-moi, bienveillante lumière, au milieu des )) ténèbres qui m'environnent, conduis-moi en avant. La nuit » est sombre et je suis loin de la maison ; conduis-moi en

réunion de pi'ière dans la mine de Penrhiw. La lettre a été publiée i^ar l& ChriHiianisme, VEvangélisie, le Chréiien belge...

APXn\ÉClAïIONS ET RÉSULTATS. 601

)) avant. Garde mes pieds. Je ne demande pas à voir les » horizons lointains ; un seul pas, c'est assez pour moi.

)) Je n'ai pas toujours été ainsi et Je n'ai pas toujours prié » que ce soit toi qui me conduises. J'aimais à choisir et à )) voir mon sentier ; mais maintenant, toi, conduis-moi en » avant. J'aimais le faux brillant du jour, et malgré quel^ ques craintes, l'orgueil gouvernait ma vie. Ne te souviens )x pas des années passées !

jj Ton pouvoir m'a si longtemps béni que sûrement il con- )) tinuera de me guider en avant, par dessus les landes et les » marécages, par dessus les rochers et les torrents, jusqu'à ce )) que la nuit soit passée et qu'avec le matin me .-sourient ces )) figures d'ange que j'ai aimées depuis longtemps et que j'ai » perdues un instaiit. » .

La traduction ne peut rendre tout ce que cette émouvante poésie renferme de profond, de mystérieux, d'implicite, de suggestif. Mais je puis certifier que lorsqu'on comprend bien le texte anglais d'une part, et que, de l'autre, on entend une assemblée galloise chanter ces strophes à demi-voix avec une émotion contenue ou à voix presque basse comme voilée par l'adoration, l'effet en est irrésistible, et il faudrait être bien maître de soi-même pour réussir à empêcher les larmes de vous monter aux yeux (1). Et là, au fond de la mine, l'hymne de Newman devenait plus saisissant et plus poignant encore.

Après le chant, un mineur prie en anglais. Il remercie Dieu du changement qui s'est opéré dans sa vie et dans la vie de ses camarades. Sa prière est, elle aussi; un chant, un chant de louange et d'adoration :

« Autrefois, dit-il, nos âmes étaient aussi noires que ces » galeries obscures qui nous environnent, nos âmes étaient » aussi noires que la houille. Oui, nos âmes étaient si som-

(1) On troïivei'a, avec une traduction très libre et vers la fin très délayée et ti'ès différente de l'original, la mélodie de ce chant au numéro 9 (Un seul pas à la fois) du recueil de l'Eloile.

» bres, les yeux de nos âmes étaient si aveuglés, que nous » ne pouvions pas plus y voir devant nous que les yeux » de 'nos corps n'y verraient si toutes nos lampes s'étei- » gnaient en cet instant. Mais merci à toi. Seigneur, merci » à toi, de ce que tu as fait luire ta lumière et de ce que » tu as éclairé nos âmes ! Merci à toi de ce que tu as allumé » pour nous la plus belle, l'unique lampe de sûreté qui ait » jamais été inventée pour des âmes humaines ! »

A coup sûr, la métamorphose qui s'est produite au fond de la mine de Penrhiw est grande. On s'en rend compte quand on lit ces lignes de M"^ Merle d'Aubigné :

« Les mineurs de Penrhiw ont eu jusqu'à présent une » tout autre réputation que celle d'hommes de prière. Il » y a quelque temps, plusieurs d'entre eux attaquèrent la » maison de M. Davies et comme celui-ci faisait mine de » se défendre, ils tinrent pendant dix minutes le couteau » au-dessus de sa tête. La frayeur de sa femme pendant » cette scène terrible amena une attaque de paralysie dont » elle souffre encore.

» Dans la mine de Penrhiw les blasphèmes et les jurons » pleuvaient de tous côtés, on se moquait des chrétiens. » Quand un jeune garçon descendait dans la fosse, chacun » se donnait le mot pour le corrompre le plus vite possible » et celui qui avait réussi à le faire broncher s'en glorifiait » devant ses camarades. Tout a bien changé depuis le » mois de novembre. »

Cependant, quelques-uns des visiteurs, entre autres une demoiselle, prient à leur tour.. Pendant quelques instants encore les prières anglaises et les prières galloises s'entremêlent. Et les paroles du psalmiste se réalisent en un sens littéral : « Des profondeurs j'ai crié, à toi. Seigneur! — Sei- » gneur, entends ma voix! » Ou, si on préfère un autre souvenir qui se présente aussi à la pensée, on songe au verset de l'ApocalyjDse qui parle de l'adoration universelle rendue à Dieu et à Jésus-Christ par toutes les créatures qui

sont non seulement dans le ciel et sur la terre, mais aussi sous la terre, et qui s'écrient : « A Celui qui est assis sur le )) trône, et à l'Agneau, soit louange, honneur, gloire et force » aux siècles des siècles ! »

Jadis , au début du Réveil , on mettait le meeting à l'épreuve. Quelqu'un invitait les convertis, ceux qui sont sur le chemin de la lumière et de la gloire, à lever en l'air leurs lampes. Le spectacle devait être impressif. Mais lorsque les choses se sont peu à peu tassées, il a fini par devenir impossible d'attirer les non-convertis à la réunion. Et lorsque de matin en matin on a eu constaté que toutes les lampes s'élevaient et qu'aucune ne restait sur le sol, on a renoncé à l'épreuve. Les réunions ne sont plus que des réunions de convertis.

Quand l'heure du travail est arrivée, sept heures, un mineur prononce une bénédiction, et l'on se sépare en silence.

Notre conducteur nous fait placer dans un recoin pour attendre que la cohue soit dissipée, que les mineurs et les chevaux aient tous passé, et que chacun soit parti pour son travail. Nous voyons défiler devant nous ces pauvres bêtes qui passent toute leur vie sous la terre, car, une fois descendues, elles ne remontent plus vivantes. Mais il ne faut pas dire pauvres bêtes. Car leur sort est bien changé. Plus de mauvais traitements, plus de brutalités, plus de jurons, plus de coups de pied, comme autrefois. S'ils pouvaient parler, les chevaux ne seraient pas les derniers à rendre témoignage à l'efficacité et au sérieux du Réveil gallois. Comme le dit Stead, « dans ces longues galeries souterrai- » nés, où naguère les ouvriers juraient après leurs ponies )) pour les stimuler, on n'entend plus que les refrains des » chants du Réveil. » Effectivement, un juron est chose très rare ; et lorsqu'il arrive à un mineur converti de s'oublier et de retomber dans son ancienne habitude, il se hâte de s'excuser auprès de ses compagnons et de tomber à genoux pour demander pardon à Dieu. Dans la mine de Penrhi^Y.

comme dans plusieurs autres mines, les gros mots inscrits sur les portes ont été remplacés par des textes de la Bible,

Nous reprenons place dans l'ascenseur et bientôt nous émergeons de nouveau dans la pleine lumière. Je reviens à Pontypridd avec l'étudiant écossais et une demoiselle écos^ saise, celle qui a prié dans la mine et qui, avec une émotion dont elle est visiblement toute remuée encore, a rendu grâce à Dieu des leçons qu'il lui donnait par le moyen de ces mineurs, et du grand privilège qui lui était accordé de se trouver à une telle réunion de prière. Oui, c'est bien là la pensée qui s'impose à nos consciences, en même temps que l'émotion vibré dans nos cœurs : ces mineurs nous donnent vme leçon de vie chrétienne conséquente et fidèle, et ils nous apprennent aussi comme à nouveau ce que nous savions déjà, mais ce qui prend pour nous l'aspect d'une découverte tant nous en comprenons le sérieux et la réalité, à savoir que le secret d'une vie conséquente et fidèle, c'est la prière, la prière individuelle, la prière collective, la prière sous toutes ses formes. Quand nous nous sommes vraiment séparés pour de bon, à Càrdifï, la demoiselle écossaise m'a demandé mon nom et m'a donné le sien, en m'invitant à prier pour elle et en nie promettant de prier pour moi et pour la France dans le cercle de prières dont elle fait partie à Edimbourg.

Or, ce n'est pas seulement à Penrliiw Pit, mais c'est dans un grand nombre d'autres mines, et ce n'est pas seulement dans quelques mines, c'est aussi dans des ateliers, des usines, des carrières, que de semblables réunions se tiennent quotidiennemeiit : là, elles ont lieu au milieu du jour, pendant l'heure du dîner. Et l'on voit les ouvriers qui, autrefois, se dépêchaient de terminer leur repas pour pouvoir jouer aux cartes, se presser maintenant de déblayer le repas de leur corps pour nourrir leur âme dans la lecture de la Bible et la prière. — Et au nord du Pays de Galles* à ce que raconte M. Edgar Vine Hall, quand on se promène

dans la campagne, on peut voir çà et là un travailleur agenouillé, absorbé dans sa prière, et à côté de lui, ses outils oubliés

Dans toutxe qui précède, il y a, nie senible-t-il, la preuve évidente que, malgré les accusations d'hystérie et de débauche d'émotionalisme qui peuvent se trouver vraies dans certains cas, malgré les quelques accroissements de folie religieuse à Denbigli et ailleurs, le Réveil gallois a fait un bien moral immense, incalculable ; il a produit des transformations individuelles et une transformation sociale où un chrétien ne peut que reconnaître et adorer l'action directe de Dieu!

Il serait à coup sûr excessif de dire : le Pays de Galles est devenu un vrai paradis terrestre, c'est la société idéale, c'est le Royaume de Dieu. Car le Réveil — nous avons expliqué pourquoi et comment — n'a gagné presque que des mineurs et des paysans : les classes supérieures, dirigeantes, intellectuelles, les patrons d'usines, les directeurs de mines, les employés supérieurs, etc., n'ont été que point ou peu touchés par le Réveil. Et dès lors, il est difficile que le Réveil ait réellement porté des fruits sociaux tels qu'on puisse dire : c'est la réalisation du Royaume de Dieu. Il a certes produit des fruits sociaux en abondance : il serait très injuste de le méconnaître. Mais je ne sache pas que l'administration, l'organisation du travail, les conditions civiles et politiques, aient été modifiées. Et ce n'est point là un grief contre les Gallois convei'tis ni un motif de- douter de la réalité de leur conversion ou d'en déprécier l'importance. Nullement. Les modifications sociales et économiques dont je parle ne dépendent pas des conversions, même multipliées, de la classe populaire et ouvrière des Gallois : du moins elles n'en dépendent pas directement et immédiatement. Il faudrait que le Réveil atteignît les Anglais domiciliés en Galles, et même les Anglais d'Angleterre,

puisque la principauté de Galles est sous la couronne d'Angleterre.

Pour nous en tenir au Pays de Galles et aux Gallois, non seulement le Réveil n'a gagné que des mineurs et des paysans, mais il n'a pas gagné tous les mineurs et tous les paysans. Il y en a qui demeurent réfractaires. Et ceuxmême qui ont été convertis ne sont pas, du jour au lendemain, devenus des saints parfaits. La conversion individuelle n'est qu'un début et doit être suivie de la sanctification : un Réveil n'est aussi qu'un commencement après lequel doit venir une transformation progressive et continue, une période d'organisation intérieure. Les Gallois, toujours abondants en images pittoresques, disent qu'un Réveil, comme une marée, couvre la côte à la fois de mauvaises herbes et de trésors, et cela prend ensuite du temps de diviser, trier, jeter de côté les mauvaises herbes, et ramasser et arranger les trésors. Dès le 22 décembre 1904, le Rév. J. Cynddylan Jones disait :

« Est-ce que le Réveil a chance de continuer? Oui, jusqu'à » ce qu'il ait achevé son œuvre, à savoir d'exciter les Eglises, » de consumer leurs impuretés, de les élever à un niveau » supérieur de vie spirituelle. Nous n'avons pas besoin » qu'il dure plus longtemps — la tension est trop grande. » C'est un cataclysme dans la création spirituelle, corres- » pondant à ceux du monde physique, qui inaugurent des » formes supérieures de la vie.,.. Tandis que c'est l'œuvre ï) du Réveil de faire sauter avec la poudre les blocs de pierre » dans la carrière, c'est la tâche du ministère régulier de » les tailler. En 1859, il y a eu une explosion semblable par » suite de laquelle 60.000 à 100.000 conversions ont été pro- » duites. La plupart de ces nouveaux convertis étaient des » pierres grossières sans contredit. Il a fallu quarante ans » de travail persévérant de la part des ministres pour les » tailler et les rendre capables d'entrer dans le temple spiri- » tuel. Il a fallu enseigner, corriger, guider, façonner. Mais )) la dernière pierre détachée dans cette mémorable explo-

» sion a été enfin polie à la ressemblance d'un palais. Eh

» bien! Dieu dans ses compassions a visité de nouveau

\ » le pays ; les pierres se détachent, la poudre agit, des

» milliers de quartiers de roche sont là — il faudra bien

» encore une quarantaine d'années pour les façonner. Mais, '

» grâce à Dieu, les ministres gallois n'esquiveront pas

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On a parfois, en France , ressenti et exprimé une certaine répugnance pour la manière dont les Gallois ont compté et additionné les conversions pendant les mois héroïques du Réveil, publiant des statistiques dans les journaux, donnant des chiffres précis... Je sais les critiques que ces procédés peuvent provoquer, et dans une certaine mesure j'y souscris. Mais pour être tout à fait juste, il faut comprendre. Ce qu'il faut comprendre, c'est que toutes les églises non-conformistes galloises (baptistes, congrégationalistes , méthodistes, wesleyennes) ont pour principe fondamental de n'admettre comme membres que ceux qui professent être nés de nouveau ; elles ne se recrutent ni par le baptême, ni par la première communion, mais par la conversion. Quand les conversions ne se produisent plus, elles dépérissent et meurent. En temps ordinaire, ces Eglises se recrutent par des conversions isolées, sporadiques ; mais de semblables conversions suffisent a peine à combler les vides produits par la mort et par d'autres causes. Les Eglises risquent alors de s'éteindre faute d'un recrutement suffisant. Mais lorsque éclate un Réveil comme le Réveil gallois, ces Eglises se trouvent du coup doublées, triplées, quadruplées, et au delà. Car chaque conversion est suivie invariablement d'une demande (spontanée ou provoquée) d'admission dans une Eglise. Aussi les Eglises galloises se voient-elles d'ores et déjà en possession de troupeaux tellement accrus, qu'en bien des endroits les chapelles existantes se trouvent trop petites pour la marche régulière de l'Eglise! Chaque Eglise est enrichie

d'uîï& multitude de convertis inscrits parmi- des membres effectifs et désormais soumis à son contrôle et à sa discipline. Il y a là, pour les Eglises et leurs pasteurs, avec d'immenses espérances, d'indicibles encouragements, une sérieuse responsabilité. Mais les chrétiens gallois ont le sentiment de cette responsabilité. A Cardiff, pendant les vacances de Pâques, une grande conférence de ministres des Eglises libres a discuté avec soin la question de savoir comment il fallait s'y prendre pour retenir et éduquer les nouveaux convertis. On a proposé aux Eglises d'ouvrir chaque soir des salles de lectures, d'avoir des classes bibliques, des associations d'évangélisation, etc. La question était à l'ordre du jour, et chaque Eglise particulière était invitée à faire connaître ses besoins, ses Intentions, ses désirs, ses indications, à un comité nommé pour cela.

Et je ne puis m'abstenir de résumer ici un article très intéressant à ce sujet, publié dans le British Weekly du 30 mars par le Rev. Alexander Lewis. Il y raconte sa visite à l'Eglise méthodiste calviniste de la Trinité à Tonypandy, le 29 mars. L'Eglise de Tonypand3% je l'ai dit ailleurs, a été une des premières à sentir les effets de l'esprit du Réveil. Il y a de cela quatre ans environ : depuis cette époque, assure le Rév. Alexander Lewis, il ne s'est pas pas passé de semaine sans conversions. Pendant ces quatre ans, le nombre des membres de l'Eglise s'est élevé de 115 à 750, et celui des membres de l'Ecole du Dimanche de 180 à 900. Les convertis sont surtout des hommes : il y a dans le nombre des joueurs, des jureurs, des ivrognes, des boxeurs (au moins un). Le Rév. Alexander Lewis raconte qu'on a formé une douzaine de comités pour poursuivre les anciennes œuvres et de nouvelles œuvres qu'on a fondées ; dans chaque comité on a mis un ou deux anciens chrétiens, tous les autres sont des nouA'eaux convertis. Chacun de ces comités est réélu — et changé — chaque mois afin de donner à chacun la possibilité de participer à son tour d'une manière

effective à la direction de ces entreprises sociales, philanthropiques, chrétiennes. On va ouvrir une salle pour remplacer le rendez-vous social de la taverne, etc. La réunion de prière est tenue régulièrement par 350 personnes, L'Ecole du Dimanche réunit 900 élèves, dont 600 sont adultes. Le Rév. Alexander Lewis a vu dans la galerie du fond une classe de 110 jeunes gens, dont la majorité sont de récentes recrues, venues tout droit de la rue. L'un des diacres avait, dans une petite salle, une classe de 60 hommes, tous des nouveaux convertis , « matériel informe , hrut , comme il disait, qu'il s'agissait de mettre en œuvre ». L'intérêt manifesté par tous pour toutes les activités anciennes ou nouvelles de l'Eglise, la soif d'action et d'instruction, ont réellement, d'après le Rév. Lewis, quelque chose d'impressionnant. A Tonypandy, le sermon mis à l'écart pendant les premiers temps du Réveil a repris sa place et l'expérience montre qu'après un Réveil l'œuvre de la prédication est d'une importance souveraine. Les convertis doivent être instruits, et pour certains genres d'enseignement il n'y a pas de méthode qui vaille celle du sermon. Le Rév. Alexandre Lewis a prêché au service du soir devant 1.300 personnes entassées dans une chapelle capable à peine de contenir 900 auditeurs assis. Les ailes, les marches de la chaire, le vestiaire, tout espace utilisable était occupé ; et pendant ce temps, il y avait dans un autre local à côté une réunion pour 500 enfants ! Et ce n'était rien là d'inaccoutumé ; de semblables foules ont rempli et remplissent la chapelle depuis des mois. L'auditoire était composé d'hommes principalement. Pas une femme dans la galerie. Le bas de la chapelle comptait deux fois plus d'hommes que de femmes. L'attention donnée par Tauditoire, la façon dont tous les assistants étaient suspendus à chaque mot du sermon, prouvaient assez, dit M. Lewis, que le sermon sera aussi important, si ce n'est plus, qu'avant pour former et façonner le caractère de la communauté.

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