ACTE l'REMlKH
ble... mais ces mots-là sonnent encore dans ma conscience et je suis forcé de leur obéir.
WILLEM, très calme.
Le sentiment du devoir ne se discute pas. Pourtant, es-tu sûr que ce soit ta conscience qui t'ordonne d'abandonner ta maîtresse et ton enfant pour aller canarder de malheureux sauvages dans leur brousse ?
BEREND
Peut-être n'est-ce pas ma conscience, mais c'est pourtant quelque chose de fort et de juste !
WILLEM
Ce quelque chose, je vais te dire ce que c'est, moi; c'est l'atavisme, c'est le reflet de ce qu'ont pensé et cru nos pères, nos grands- pères, nos ancêtres; mais ce n'est pas notre pensée à nous, ce n'est pas notre conscience à nous... Nous ne croyons plus ce qu'elle dit, cette voix des morts; nous ne le comprenons même plus; et nous lui obéissons comme si nous croyions, comme si nous comprenions... Ah! nous sommes de tristes machines, Berend!
BEREND
Mais toi, toi, Willem, tu obéirais comme moi si tu étais à ma place !
WILLEM, avec décision.
Non!
BEREND
Tu déserterais ? Tu démissionnerais ? Alors, pourquoi t'es-tu fais, soldat ?
NVILLEM.
Parce que, dans le temps, j'obéissais ù la voix des morts, A présent, c'est fini.
BEREND, d'abord accablé, puis avec une sorte de rage sourde contre la fatalité qui le mène.
Tais-toi. Ne m'ôte pas mon courage... C'est vrai. J'ai beau m'analyser, je ne découvre en moi nul désir de gloire ou de meurtre... je ne demande qu'à vivre en homme honnête et obscur. Et pourtant, je me sens contraint de céder à la force qui m'entraîne... Si je lui résistais, la honte et le dégoût de moi-même m'accableraient, je le sais !... Je me traiterais de lâche, je me deviendrais odieux, je ne pourrais plus vivre !
WILLEM
C'est que tu es trop jeune pour secouer des préjugés aussi lourds que ceux de l'honneur et du devoir... Obéis, mon pauvre Berend.
Ne me plains pas. Songe qu'il en est une dont le sort est plus misérable que le mien. (Désignant du regard la pièce voisine.) Moi parti, que va-t-elle devenir?
WILLEM
Tu peux compter sur moi, Berend. Tant que je serai en garnison ici, je m'occuperai d'elle; elle ne manquera de rien. Je te le promets.
BEREND
Il faudra qu'elle gagne son pain en chantant... Tâche qu'elle reste en Hollande... Les gens y sont peut-être moins méchants qu'ailleurs... Mais si elle doit partir à l'étranger, laisse-la faire... et que Gretje emmène la petite en Frise... J'enverrai de l'argent pour elle tous les mois, le plus possible,
WILLEM
Sois tranquille, tout sera fait comme tu le dési-