‹ Le réveil de l'instinct; pièce en trois actesChapitre 51 sur 66 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

tju'il ne subsiste plus rien au-dessus de votre volonté!... Vous vous trompez, monsieur... Si Toin que sa volonté puisse porter un homme, il est des barrières qu'il ne saurait franchir ! Aujourd'hui, quand des lois indémontrables, incompréliensibles peut-être, mais sacrées pour tout être humain, se dressent entre votre désir et son accomplissement, vous les bravez!,., vous les niez!... vous passez outre!... Si vous ne respectez pas les défenses que Dieu et la nature imposent à leurs créatures, si vous ne rentrez pas humblement dans le devoir, ce n'est plus à une victoire nouvelle que vous marchez... c'est à la destruction!... c'est au néant !...

BKREND.

Vous prétendez me connaître et vous me tenez un langage que je ne comprends plus. Vous parlez de Dieu, de défenses, de devoirs... Ge sont pour moi des notions dénuées de sens, qui ne correspondent à nulle réalité... Sachez donc, si vous voulez me connaître, que j'ai brisé tous les jougs, divins et humains!... J'ai crevé le sophisme des devoirs !... Je n'obéis qu'aux lois que je me donne!... Je suis un être libre !

Il se lôvo.

LE MISSIONNAIIIE.

Vous avez dû terriblement souffrir pour faire triompher en vous une pareille anarchie morale.

BEREND, passant.

Mes luttes intérieures ne regardent personne... Je puis cependant vous dire qu'il est des certitudes si fortes et si pleines que la souffrance dont on les paye ne compte pas.

LE MISSIONNAIRE, le suit.

Des certitudes!... Hélas! comme la vôtre est fragile et vacillante! Gomme vous vous défiez d'elle!... Gomme vous en avez peur!

BEREND, interloqué.

Moi?

LE MISSIONNAIRE

Oui, vous! Vous êtes obligé de la crier pour y croire!... Votre âme est rongée par le doute et l'angoisse.

BEREND, assis à gauche.

C'est faux, je vous jure...

LE MISSIONNAIRE, debout près de lui.

Ne mentez donc pas... Je lis en vous comme dans ma Bible ouverte. Vous avez connu les transes d'un honnête homme que ses instincts pervers poussent vers le crime!... Je les devine, vos souffrances, vos sursauts de dégoût aux premières atteintes de la mauvaise pensée, vos luttes, vos révoltes, vos affolements!... Vous avez connu ces nuits où l'on sent l'idée fixe gagner du terrain comme une infection, ces marches sans but où elle colle au cerveau comme la boue aux semelles!... et les abattements!... et les fausses victoires!... Et, tout en affirmant l'infaillibilité de votre instinct, vous continuez à souffrir!... Vous endurez des affres plus cruelles encore !

BEREND, se levant.

Ce n'est pas vrai! Ge n'est pas vrai!

LE MISSIONNAIRE

Qu'est-ce donc qui crispe vos lèvres et fait trembler vos mains à la vue de Klaes Dissel ?... Qu'est-

Page 1