‹ Le réveil de l'instinct; pièce en trois actesChapitre 52 sur 66 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ce donc, sinon la crainte du châtiment apparu vivant, tangible, avant le crhne ?

BEHBND, passant.

Je ne crois plus au châtiment... Je ne crois plus au crime I...

LE MISSIONNAIRE, le suit.

Quand vous l'aurez commis, votre conscience torturée vous forcera bien d'y croire.

BEREND

Ma conscience était une bête malade que j'ai achevée.

LE MISSIONNAIRE

Allons donc! Vous prétendez avoir détruit en vous tout ce qui, hier encore, constituait votre mentalité, votre personnalité. C'est absurde. On ne supprime pas son hérédité, on n'efface pas la moitié de soi-même ! Ces notions de devoir, de faute et de châtiment que vous niez, sont encore vivantes !

BEREND

Qu'en savez-vous ?

LE MISSIONNAIRE

Elles s'affirment de la façon la plus éclatante en vous harcelant !... Voulez-vous que je vous dise la pensée qui vous obsède?... qui en ce moment môme vous fait chanceler et battre des paupières?

BEREND, reculant effrayé.

Taisez-vous, je ne vous demande rien.

LE MISSIONNAIRE, avec éclat.

C'est qu'en laissant ignorer à Annette qu'elle est votre fille, vous la trompez lâchement et déloyalement!

BEREND, sans voix, suffoquant.

Assez ! Assez !

LE MISSIONNAIRE

Et maintenant, osez donc me dire que le remords n'existe pas! Je vous crierai que vous en avez menti, car vous le connaissez! Il vous tient à la gorge, il vous étouffe !

BEREND, se laissant tomber accablé sur une chaise.

Eh! bien, oui... J'ai lutté... j'ai souffert... je souffre encore !...

LE MISSIONNAIRE

Je le savais.

BEREND, se reprenant.

Mais je ne veux plus souffrir... Je ne veux plus douter !

LE MISSIONNAIRE

Quel orgueil est le vôtre 1... Il faut vous abandonner à cette souffrance bienfaisante. Elle seule peut vous sauver et vous faire pardonner.

BEREND

Pardonner?... Qui donc s'arroge le droit de juger et de pardonner?... Qu'est-ce que je vous ai dit?... Rien, vous entendez ! Vous ne savez rien de moi: sortez!

LE MISSIONNAIRE, avec éclat.

Pas avant qu'Annette n'ait appris qui elle est !

BERKND.

Pourquoi venez-vous m'arracher des secrets que je ne me confie pas à moi-même?... Pourquoi cherchez-vous à détruire mon bonheur? De quel droit ?

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