LE MISSIONNAIRE, ANNETTE
ANNETTE
Il paraît que vous désirez me parler?
LE MISSIONNAIRE
En effet, Annette... Asseyez-vous mon enfant... Votre parrain m'a mis au courant de ses projets... L'affection que je vous porte et mon devoir de pasteur me feront vous parler en toute sincérité... Il m'est impossible d'approuver cette union... Vous êtes à un âge où l'on croit trop vite à son bonheur. . . Etes-vous sûre d'aimer Berend Jansen d'un amour si fort que rien ne puisse l'entamer ni le. détruire?
ANNETTE
Rien au monde !
LE MISSIONNAIRE
Je crains que vous ne vous illusionniez sur vos propressentiments. Si vous vous trouviez contrainte de renoncer à lui, si une nécessité inexorable vous séparait de lui... il faudrait pourtant accepter d'un cœur résigné l'épreuve que vous enverrait la Providence !
ANNETTE
Où voulez-vous en venir ? Pourquoi parlez-vous de renoncement, de nécessité?
LE MISSIONNAIRE
Parce qu'elle existe, cette nécessité... Serez- vous assez forte pour accomplir de vous-même le sacrifice que j'ai à vous demander ?..,
ANNETTE
Un sacrifice ?
LE MISSIONNAIRE
Oui, Annette, un sacrifice... Un grand sacrifice... Celui de votre amour.
ANNETTE, se levant.
Jamais!... Et d'abord, à qui le sacrifierais-je ?
LE MISSIONNAIRE
A vous-même. Vous ne pouvez être heureuse avec Berend Jansen.
ANNETTE
Ah ! crette raison-là n'est pas sérieuse !
LE MISSIONNAIRE
Les raisons les plus graves s'opposent à votre union... C'est leur gravité même qui fait que j'hésite à vous les exposer.