Life of Milner, pp
toujours et ne se résolvait pas, un certain nombre d'hommes de marque, tant protestants que catholiques, se réunirent à la fin de janvier 1810 dans le dessein d'arrêter les conditions dans lesquelles le bill d'émancipation pouvait être voté par le Parlement. 11 s'agissait toujours de rassurer le gouvernement anglais, et de trouver une formule qui donnerait aux catholiques la liberté qu'ils demandaient, sans ravir à la Couronne le pouvoir dont elle était si jalouse. Les habiles espéraient duper les catholiques, et ne leur accorder l'indépendance désirée qu'en les soumettant à un nouveau joug.
C'était bien l'objet de ce meeting où fut invité Milner le 30 janvier 1810. On lui proposa de signer un certain nombre de résolutions-, qui devaient être présentées, le lendemain, à l'approbation d'une assemblée catholique; car on comptait que le suffrage d'un homme si considéré entraînerait l'assentiment des autres évêques et des autres catholiques. Mais Milner, toujours en éveil pour la garde des intérêts religieux, découvrit tout ce que contenait de dangereux la proposition suivante : « Les Anglais catholiques romains ont la ferme persuasion qu'ils peuvent s'engager à défendre les institutions civiles et religieuses de ce royaume, sans amoindrir leur attachement aux croyances et à la discipline de la religion catholique romaine. » Une telle proposition lui parut monstrueuse. « C'est le veto, dit-il, ramené sous
sa forme la plus hideuse » ; c'était même pire que le veto. Que ce fût le retour au veto, lord Grenville Tavait déclaré lui-môme, en disant, dans une L^/tre du 25 janvier, « que l'inviolabilité des constitutions protestantes supposait la Couronne investie d'un droit sur la nomination des évoques ». Que les dispositions proposées fussent pires que celles du veto, ce n'était pas douteux; car elles exigeaient que les catholiques se fissent les défenseurs des institutions protestantes, malgré la contradiction évidente de ces institutions avec leur foi et leurs pratiques.
Certes, Milner ne consentit point à signer de pareilles clauses. Si c'était à un tel prix qu'on offrait la liberté, mieux valait rester sous l'ancienne servitude. En dépit de ses efforts, deux de ses collègues anglais dans l'épiscopat signèrent la déclaration. Mais cet exemple n'abattit point son courage. Durant trois années, il soutint une lutte acharnée contre le Comité catholique qui voulait acheter, au prix de ces humiliations, le bill d'émancipation depuis si longtemps attendu.
En 1813, le Pailement résolut de vider enfin la « question catholique », et de voter le bill de lord Grattan. Mais ce bill se présentait altéré par des clauses injurieuses aux catholiques, si bien qu'il apportait moins une vraie émancipation qu'une nouvelle forme de servitude. Presque seul sur la brèche, Milner dénonça l'infamie de ces clauses.
toutes chargées de nouvelles pénalités, et enjoignant cinq ou six nouveaux serments. « Ce bill, disait-il en substance, causera plus de troubles et de dissensions que toutes les innovations faites depuis la Révolution; il opprimera et exclura des bienfaits de la constitution les Evéques et les Prêtres, les abandonnant fi la merci de quelques laïques, et les abaissant dans leur caractère de citoyens; il soumet à la revision des laïques leur correspondance avec le Saint-Siège, ce qui est intolérable à des évèques catholiques... » En somme, on le voit, c'était à une aggravation de joug qu'avaient conduit les faiblesses du Comité catholique.
Milner ne put décider ses collègues à formuler avec lui de vives protestations. Mais la Providence vint à son secours. Le 24 mai 1813, le jour mèmi» où Milner tentait un dernier effort, le bill échoua au Parlement. A quatre voix de majorité, on refusa aux catholiques le droit de siéger et de voter dans Tune et l'autre Chambre. Dès lors, à quoi bon le bill.^ L'émancipation proposée n'était plus qu'un leurre; elle était inacceptable pour les catholiques, elle ne pouvait être s utenue par leurs amis. M. Ponsonby proposa de ne pas aller plus avant, et, en effet, on s'en tint à ce premier vote.
Assurément, c'était retarder l'heure de l'émancipation; mais c'était aussi rejeter un nouveau
genre de servitude. Milner triomphait, et avec lui la cause catholique.
C'est la force de la vraie religion de savoir attendre : elle le peut, parce qu'elle est éternelle. Elle attendra donc, en Angleterre, une heure plus favorable pour la délivrance. Quaint, après seize années de lutte, le bill d'émancipation reparaîtra, il apportera la franche liberté, l'indépendance religieuse. Milner ne sera plus là pour jouir du fruit de ses travaux. Une autre voix que la sienne, celle d'un puissant orateur, aura retenti, et elle aura imposé les exigences catholiques. Mais on se souviendra que la victoire de 1829 ne fut si glorieuse à O'Connell et si avantageuse aux catholiques, que parce que Milner avait défendu l'arche sainte, que parce qu'il avait préféré la voir captive que la voir profanée. Les catholiques anglais et irlandais savent qu'ils dpivent à l'intrépidité de Milner cette liberté d'un prix inestimable d'être les maîtres du choix de leurs évèques. Une église où l'élection des évéques se fait suivant les canons de l'Eglise catholique, porte en elle-même les principes de la régénération et du progrès.
Daniel O'CONNELL