‹ Le réveil, pièce en trois actes, en proseChapitre 125 sur 131 · ACTE II, SCÈNE XIII 2f · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XIII 2f

sans que la malheureuse fût seulement prévenue, comment n'aurait-elle pas une exclamation fatale, un irrésistible cri des entrailles?

VIVARCE

Ce sera son moment difficile... Chacun a le sien... Mais j'ai vu, cette nuit, avec quelle énergie elle acceptait ce qui est fait et ne peut être défait. Sous tant de regards braqués autour de nous, ni le visage ni le mot qu'il fallait ne lui ont manqué. Je n'aurais pas compté que sa trempe morale fût si solide à l'épreuve. Je le sais maintenant. J'ai bon espoir... Allons! monsieur de Nés te, ne m'objectez plus rien. Vous n'ignorez pas que je vais épargner de la besogne à vos cousins, et que j'aurai préservé votre famille d'avoir son nom dans les causes célèbres. C'est vous-même qui m'avez prédit un dénouement tragique.

NESTE

Eh bien! non, non! ce n'est pas la morale meurtrière de ces sauvages qui doit triompher! Il faut une justice ici-bas, et que nul n'y paie plus cher que ne vaut la faute!... Des sourires, des baisers, des caresses ne peuvent s'expier.

2f4 l'énigme

comme l'empoisonnement ou le parricide, dans le sang de ceux qui n'ont fait que de la volupté sous le ciell... Non, humainement, je ne peux pas prêter les mains à votre mort, moi qui survis vieux, tranquille, honoré, après avoir fait pis que vous I moi qui ai trompé plus d'un mari, qui ai trompé ma femme, et qui ai cru n'avoir qu'à m'indiner quand, à son tour, elle... Ahl que me faites-vous dire!...

VIVARCE

Ne me plaignez plus. Vous n'aurez pas connu le goût de l'amour dont on meurt; et c'est moi qui vous plains!

NESTE, l'oreille aux écoutes.

Quelqu'un vient... Prenez garde!

VIVARCE

Adieu!

(U prend le fusil, et s'enfuit par la porte du jardin.)

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