ACTE I, SCÈNE VIM 3I
alternatives d'espoir et de déception que vous m'imposez. Mais chaque jour augmente la passion que j'ai de vous. Je suis affamé de désirs. La détresse me fait grincer des dents.
THÉRÈSE
Vous pourriez avoir quelque remords de l'état où je suis. Vos tentatives, vos reproches, ont bouleversé mon existence... L'obsession que j'ai de vous me fait vivre comme une étrangère à mon propre foyer : je ne sais plus y parler; je n'entends pas le langage qu'on y tient. Vous avez détruit ce repos moral, cette honnête tranquillité que, pendant de longues années de ménage, j'avais pris pour le bonheur.
JEAN, douloureusement.
Allons donc! Rien ne vous empêcherait d'être à moi si vous n'aimiez pas votre mari!...
THÉRÈSE
Mon mari!... La première perversion que vous m'ayez glissée dans Tâme, c'est je ne sais quel dédain coupable envers l'homme à qui j'ai
apporté ma foi conjugale, c'est une sorte de rancune honteuse! Vos serments exaltés, vos paroles brûlantes, vos insinuations aussi, m'ont fait apercevoir que, malgré le mariage et la maternité, je gardais mon ignorance de l'amour et quelque niaiserie de jeune fille. Dans la fièvre que me font éprouver vos prières et vos persécutions, j'entrevois des ciels inconnus et des fleurs que ma jeunesse n'aura pas cueillies!...
JEAN
Thérèse, vous savez où est un asile dont je dispose à l'insu de tous. Mon père lui-même ne se souvient peut-être pas qu'il a jadis acheté ce coin, dans le fond de Passy, quand il projetait de résider en France. Quelquefois déjà j'ai eu l'illusion que j'étais autorisé à vous y aller attendre, parce que, dans la manière dont vous m'aviez dit : Non, non et non, j'imaginais une chance que ce fut oui... Vous n'avez rien à redouter là. Aucun voisin ni passant dans cette rue. La loge sert de refuge à la vieille bonne avec qui j'ai balbutié mes premiers mots de français : une sorte d'esclave craintive et silencieuse... Thérèse, sur le petit pavillon, les branches d'un