ACTE II, SCÈNE III
LE PRINCE GRÉGOIRE
J'arrangeais cela, oui, ces temps-ci.
KEFF
Le règne du prince Jean esc commencé dans le secret des consciences... Il vous a déjà succédé moralement. A lui d'apparaître dans le plus bref délai sur le terrain de lutte, sinon le peuple déçu ne se soulèvera pas.
LE PRINCE GRÉGOIRE
Je me disais tout cela, en eflfet!... Eh bien, apprends une chose, Siméon Keflf: mon fils s'achemine en ce moment vers l'endroit où nous voici pour y réaliser la conquête d'une femme qui a mari et enfant. Celle-ci ne vient pas, j'en suis certain, sans avoir obtenu tous les engagements de fidélité pour elle, et toutes les promesses de désertion contre notre patrie.
KEFF
Vous ne permettrez pas le désastre? Vous allez ressaisir le prince Jean?
LE PRINCE GRÉGOIRE
Tout me chante ici qu'il ne m'écoutera plus.
J'aurais beau détruire aujourd'hui le rendezvous des deux amants, ils se rencontreraient bientôt ailleurs. Rien ne serait changé à l'impulsion qui les jette dans les bras l'un de l'autre.
KEFF
Celle qui va entrer ici avec l'âme craintive d'une coupable, pourquoi ne lui parleriez-vous pas comme elle le mérite? Vous la forceriez peut-être à rompre, à préférer la rupture par terreur.
LE PRINCE GRÉGOIRE
Tu me suggères de la terroriser?...
KEFF
Monseigneur, je n'ai aucune idée de ce qui réussirait à ramener votre fils. Mais je vous adjure, de ne penser qu'à cela. Je vous adjure au nom de tous les braves gens qui déjà sont en train d'affronter la suspicion, par dévouement à votre famille.
LE PRINCE GRÉGOIRE, dans une sombre méditation.
Tu n'as pas besoin de surexciter les sentiments qui grondent en moi...