ACTE II, SCÈNE III
Monseigneur, ils sont des centaines, ils sont des milliers, j'ai des frères, j'ai des proches, qui vont être dépouillés de leurs biens, emprisonnés, décimés... Tout est perdu si votre fils ne les réunit pas immédiatement sous le drapeau de vos ancêtres pour marcher à la victoire... Monseigneur, persuadez le jeune homme!... Trouvez le moyen!...
LE PRINCE GJIÉGO IRE, avec une décision farouche.
Je n'ai pas le choix. Je suis réduit aux pires expédients. Mais quoi? Mes ancêtres étaient des chasseurs de fauves. Leurs ruses brutales revivent en moi... Nous allons prendre un couple au^ piège : le mâle et la femelle...
KEFF
Qu'avez-vous conçu?
LE PRINCE GRÉGOIRE
Les propos de cette femme, hier, m'ont fait entrevoir par où son imagination est facile à frapper. Elle a rêvé que la mort planait sans
8o LE RÉVEIL
trêve sur Jean. Il va falloir qu'elle croie que Jean n'existe plus.
KEFF
Et après ?
LE PRINCE GRÉGOIRE
La fatalité parlarit, la nécessité pressant, elle se résoudra, j'en suis convaincu, à rentrer sous le toit conjugal. Que Jean constate qu'elle a pu se passer de lui^.. Et j'espère qu'il sentira qu'il peut se passer d'elle!...
KEFF
Mais si la femme, au sortir d'ici, livrée à ellemême, faisait un malheur?...
LE PRINCE GRÉGOIRE
On tâchera que non. On prendra les mesures qui seront possibles... Ah ça! qui donc a jamais regagné un trône sans jouer avec des existences humaines ?
KEFF
Vous êtes le maître. J'accomplirai vos instructions.