ACTE II, SCÈNE XII lOI
LE PRINCE GRÉGOIRE
Quand il s'agit que tu vibres pour la conquête de tout un peuple, est-ce que je t'écoute me parler femme!... La fière suite d'hommes dont nous sommes issus a rencontré aussi bien que toi les tentations adultères et les folies galantes! Aucun d'eux pourtant ne s'est attardé au plaisir ni à ramper dans les caresses... Depuis que nous sommes de maison souveraine, nos pères n'ont jamais poursuivi que cette alternative : être investis de la dignité suprême, ou mourir insurgés au champ d'honneur...
Résignez-vous donc à ce que ce soit vous le dernier représentant d'une race d'ambitieux.
Moi, qui ne crains pas plus que mes ancêtres de sacrifier ma vie avant l'heure, je ne le ferais que pour la femme que j'aime et dont je suis aitiaé!
LE PRINCE GRÉGOIRE
Ainsi, devant cette foule de créatures qui implorent de toi le règne d'une justice meilleure et d'une misère moindre, devant ces légions héroïques et humbles, tu n'éprouveras pas un
tressaillement de mission providentielle?... Tu ne veux pas sentir ce qu'il y a de poignant et de superbe à ce que tant de regards soient tournés vers toi, prêts à s'emplir de reconnaissance, d'adoration, d'extase, à ta seule vue de maître légitime, élu de Dieu!
JEAN
Vivez avec vos utopies et laissez-moi vivre dans les sentiments naturels. Aucun bonheur ne consiste, à mes yeux, dans les apparats, les gloires artificielles, les simulacres fastueux que vous faites miroiter devant moi. Dans cet univers de mensonges et de cupidités, il n'y a que l'amour en qui j'aperçoive le sacrifice de soimême, le dévouement sans bornes, les vraies joies, la vraie beauté de vivre et une majesté véritable pour les êtres humains!
LE PRINCE GRÉGOIRE
Et notre pays? Nos partisans? Ton peuple?
Je n'ai pas de peuple. Je ne me sens le maître et l'élu que d'une seule créature, qui s'est don-