RAOUL, THÉRÈSE
RAOUL
Qu'est-ce qui s'est passé?... Vous êtes sortie pour secouer un commencement de malaise?...
Vous aurez supposé, n'est-ce pas? qu'en prenant l'air cela se dissiperait...
THÉRÈSE
Je ne me rends pas compte... Toutes les choses de la terre tournent devant mes yeux...
RAOUL
Ma chère Thérèse, je n'ai pas la férocité de vouloir que vous me fassiez un récit... C'est moi qui vous dirai que je viens de passer trois quarts
d'heure où j'ai découvert jusqu'à quelle profondeur je vous aimais!... Et, d'ailleurs, je n'avais pas tort de trembler... Il aurait pu se faire que l'on ne réussît pas à vous rappeler à la vie... C'est une syncope que vous avez eue?
THÉRÈSE
J'ai eu l'impression que le sol s'ouvrait sous moi. J'ai cru vraiment que je mourais.
RAOUL
Oh! vous dites pareille chose d'un ton ferme, presque résigné... Mais moi, si j'étais privé de vous, qu'est-ce que je deviendrais?... Si j'avais dû ne plus vous avoir devant moi, près de moi, avec moi, si vous m'aviez été arrachée, qu'est-ce que je serais devenu?
THÉRÈSE, comme si elle découvrait qu'il existe.
Vous?
RAOUL
. Mais oui, moi!... A la seule pensée que je vous aurais perdue, je deviens fou. Vous sentez que votre main s'inonde de mes larmes...