ACTE m, SCÈNE X I
voyant ainsi parée, dites-moi que vous ne m'avez pas cru mort!
THÉRÈSE, accablée.
Je l'ai cru!
JEAN
Vous m'avez cru mort, et vous vous faisiez beUe!
THÉRÈSE
L'instant où je vous revois est un instant sacré. N'y prononcez rien qui lui donne le goût de fiel.
JEAN
Tout me faisait croire que c'était là une chambre de malade et de morne solitude. J'ai encore dans l'oreille mon nom crié par vous comme un appel de jugement dernier, alors que, tantôt, je tressaillais sous mes liens et sous mon bâillon. Vous, qui d'une voix surnaturelle me souleviez de cette tombe, est-ce vous-même que je retrouve ainsi partant pour une réunion mondaine?
THÉRÈSE
Ne continuez pas! Oh! taisez-vous!
IfO LE RÉVEIL
JEAN
Quoi? vous alliez faire figure, prêter attention, causer, sourire?... Thérèse! comment avezvous pu? Comment pouviez-vous?
(Il fond en larmes.)
THÉRÈSE
Ah! ne me montrez pas cette douleur! Je ne peux pas vous consoler. Je redoublerais votre peine, au contraire, si je tentais de vous expliquer ma conduite, puisqu'elle s'est inspirée de ce que j'ai ressenti pour d'autres que vous!
JEAN
Vous pensez bien que, dans ma course folle à votre découverte, mon unique espoir, mon souhait ardent, c'était que vous vous fussiez abstenue de l'acte irréparable... Pour chasser les images où vous m'apparaissiez défigurée par le suicide, je me disais que votre raison peut-être l'aurait emporté sur les élans possibles. J'aurais trouvé parfait que vous vous fussiez traînée jusqu'ici, comme les créatures blessées regagnent instinctivement le gîte. Mais je n'avais pas prévu que vous auriez tant d'aimable vaillance, ni que