ACTE III, SCÈNE X Ifl
le deuil que vous porteriez de moi serait si décolleté!
THÉRÈSE
Jean! vous n'avez pas assisté à mon calvaire. Vous ignorez l'enchaînement des choses qui m'ont fait leur obéir. Et, du reste, moi seule suis en état de mesurer les influences qui se sont emparées de moi depuis que l'on m'a rapportée dans cette demeure... Sachez, du moins, que j'ai voulu mourir... Lorsque je suis tombée sur ma route, j'allais devant moi, pour me noyer...
JEAN, d'un ton adouci.
Thérèse!...
THÉRÈSE
S'il est d'autres femmes qui, dans les mêmes alternatives, se seraient comportées mieux, que Dieu me juge en regard d'elles. Pour moi, j'ai fait mon possible, j'ai fait ce que j'ai pu.
JEAN, après un temps.
J'ai eu tort, sans doute. J'ai cédé à un mouvement irréfléchi. L'impression que je n'ai pas contenue, cette impression passera...
Ifl LE RÉVEIL
THÉRÈSE, fermement.
Non! elle ne passera pas.
JEAN
Qu'en savez-vous? Pourquoi le décider?
THÉRÈSE, avec une autorité morne.
On a jeté du poison dans les sources de notre amour. Les autres amants vivent dans la pensée qu'ils sont inséparables. Ils marchent endormis dans le prodigieux songe. Vous et moi, nous en sommes réveillés. Lorsque vous surgissez de la mort, vous me voyez pactisant contre vous avec les vivants. Et moi, j'ai la révélation que vous auriez disparu sans que le cours de ma vie en fut arrêté, ni seulement détourné pour un soirl... Le mot qui dit toujours, les mots qui promettent l'infini, tous les grands mots se figeraient sur le rouge que je viens de mettre à mes lèvres...
(Se dérobant à l'approche qu'U essaie.) Maintenant que je
ne peux plus croire que ma passion pour vous était une fi^i suprême, maintenant que je ne rêve plus que vous étiez mon maître unique et mon dieu, maintenant que je n'ai plus ces fi3lles