ACTE m, SCÈNE X If
excuses, je serais un monstre de vouloir encore
vous immoler les miens!... (Reculant devant lui, et avec
plus de résolution encore.) J'ai pitié de mon mari. Et, par les bras de ma fille, je viens de me sentir à / jamais enlacée!...
JEAN, après s*étre interrogé durant une marche fébrile.
Mon désespoir, c'est que je ne trouve pas de paroles pour vous démentir... Oui, nous avons aperçu entre nous la lueur d'abîme... Je ne dirai pas que je ne vous désire plus : l'instant où nous avons été si près l'un de l'autre ne peut qu'avoir augmenté mon appétit sensuel. Mais je poursuivais aussi en vous l'idéal, l'absolu ; et voilà que, dans mon envolée infinie, je me suis meurtri à des bornes... A la place de mes exaltations, je ne me contenterai pas d'un sentiment déchu!... L'hymne de joie qu'on a interrompu ne revient plus chanter en moi. Un froid ici tombe des choses sur qui fut mon enthousiasme. Une ironie, dans l'air, se dégage des plis de cette robe, de son parfum, que vous portiez en ville aux heures mêmes où j'avais été soi-disant condamné
à ne jamais plus le sentir... (Découvrant quelque chose
d'essentiel.) Oh! nous n'avons perdu que des illu-
sions, et c'est l'amour que nous ne retrouvons pasi
THÉRÈSE
Mon ami! mon amil cette fois, il a pénétré véritablement de la mort à l'endroit où nous sommes I
LE DOMESTIQUE, entrant par le fond.
La voiture attend Madame.
(Il sort. Thérèse va ouvrir la porte de gauche et, d'un signe, appelle la femme de chambre.)
JEAN
Nous nous reverrons?
Non.
(La remme de chambre apporte à Thérèse un évenuil, lui rajuste le manteau sur les^épaules, et sort par la porte de gauche en la laissant ouverte.)
JEAN, i demi- voix.
Oh! ce n'est pas le moment où nous nous disons adieu?
THÉRÈSE
Si!... Comme dans une chambre mortuaire :