ACTE I, SCÈNE V l8f
VIVARCE
Que prétendez-vous ajouter?
NESTE
Eh bien! faîtes un grand effort : renoncez à elle.
VIVARCE
Jamais I
NESTE
Mais vous y serez contraint un de ces jours!... Dans cette existence de campagne, si limitée en ressources, où l'on vit un peu tous comme dans une maison de verre, vous ne pouvez manquer de vous faire surprendre. Et si vous en échappez, il faudra bien alors vous séparer d'elle. Vous n'avez jamais eu, je suppose, le projet de l'enlever?
VIVARCE
Cent fois, j'ai eu ce projet!... Ou bien, plutôt que de la partager, je la menaçais à travers mes larmes et les siennes, de m'en aller seul au loin. Mais elle est mère. Je me suis heurté à une âme maternelle intraitable, et aussi trop touchante!... Finalement, c'est moi qu'elle a soumis, dompté,
i86 l'énigme
attaché comme elle à son foyer... Que voulezvous que j'examine si ma conduite est prudente, quand je n'en suis même plus à sentir ce qu'elle a de dégradant!
NESTE
Alors, je ne vois plus à vous prier que d'une chose. Avertissez-la que le hasard m'a déjà fait vous découvrir, pour qu'elle réfléchisse et se sache à la merci de tous les autres hasards de demain... Ferez- vous cela bien fidèlement?
VIVARCE
Je lui répète tout : je lui rapporterai notre entretien.
NESTE
Bientôt?
VIVARCE
Bientôt.
NESTE, avec angoisse.
Ohl... Peut-être même cette nuit?...
VIVARCE, en se détournant.
Je vous en prie!. .
NESTE, ne raisonnant plus Tirraisonnable.
Ah! jeunesse!... jeunesse!...