‹ Le réveil, pièce en trois actes, en proseChapitre 91 sur 131 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

NESTE

J'ai veillé jusqu'à votre retour. Il était près de cinq heures ! Le soleil allait se lever, les gens aussi... Je n'obéis pas à l'envie de vous entraver, je n'ai point de jalousie sénile, croyez-moi, contre les bonheurs des jeunes gens... Mais vous savez bien quels hommes sont mes cousins! Je

vois revivre sous leurs traits (Désignant un portrait.)

leur aïeul, Lothaire de Gourgiran, qui fut un Kon des batailles et mourut en odeur de sainteté, léguant aux indigents toute sa fortune. Toutefois, attentif de son vivant à la faire respecter dans les moindres détails, il voulut rétablir l'ancien édit qui, pour un lièvre braconné sur la seigneurie, ordonnait de crever les yeux... De pères en fils, tous les Gourgiran sont ainsi âpres dans la revendication de ce qu'ils considèrent comme étant bien à eux. Ah! ne vous laissez pas surprendre, ni vous, ni la petite amie, par celui à qui vous faites tort. Que ce mari-là se nomme Gérard ou Raymond, c'est un gaillard sanguin, bon buveur, grand mangeur, qui bâille le soir, mais qui dès le petit matin, j'imagine, est alerte et dispos... Que,

184 L*éNIGME

d'aventure, il pense à sa femme! C'est son bon plaisir : il veut, il vient...

VIVARCE, avec horreur.

Taisez- VOUS !

NESTE, interloqué.

Pardon!... je ne croyais pas être en présence d'un sentiment si exclusif. Je concevais un... attrait de personnes... dans le style du dix-huitième siècle...

VIVARCE

Vous n'êtes autorisé à rien conclure, pour un mouvement d'impatience que vous avez provoqué!

J'ai la conviction profonde qu'avec une malheureuse enfant vous courez, tous deux peutêtre, à votre perte. Voilà pourquoi j'insiste, sans me rebuter. Les faits, je sais sans vous, malgré vous, qu'ils existent : votre discrétion n'a donc rien à faire ici. Quand je vous parle dans l'intérêt vital d'une femme qui vous est chère, votre amour doit m'écouter et me répondre.

Page 1