ACTE I, SCÈNE VII I9I
garçon de recettes, avait été averti que sa femme le trompait. Le sieur T... essaya d'abord de surprendre les complices en train de se jouer de son honneur. N'y ayant pas réussi, il résolut de se procurer un aveu par des brutalités. La femme T.. . confessa qu'elle avait écouté un séducteur; mais elle repoussa l'offre d'avoir la vie sauve à condition de le désigner. Alors, le malheureux époux, s'armant d'un couteau de cuisine, se précipita sur son indigne compagne et lui ouvrit la gorge... i>
' VIVARCE
La brute !
GISELLE
Et cette bête de femme qui se fait égorger comme une oiel
LÉONORE
Vous n'auriez pas voulu qu'elle fît, en son lieu et place, couper le cou de celui à qui elle s'était donnée?
GISELLE
Non, certes 1 mais quelle rage a pu la pousser à se dénoncer elle-même?
192 l'énigme
GÉRARD
Un reste de loyauté, d'honnêteté.
GISELLE
Des scrupules devant un couteau de cuisine, devant un individu qui vous dit : « Parle un peu, que je te tue... Parle davantage, que je coure tuer ton amant I... »
RAYMOND
Ma parole I je me demande qui, de nos femmes ou de moi, perd le sens des mots!... Il y a un instant, c'était Léonore qui, pour faire entendre que la personne de l'amant était sacrée, l'appelait « l'être auquel on s'est donnée 3>. Maintenant, c'est le tour à Giselle de traiter « d'individu » un mari outragé, qui recourt à son droit souverain, et dont le seul tort, selon moi, est de n'avoir pas réussi également à tuer le complice.
GISELLE
Mais ta morale n'est pas seulement abominable, elle est absurde aussi I Elle méconnaît toute proportion entre les choses. Le monstre