‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 10 sur 85 · EXPOSE · texte numérisé non relu

EXPOSE

ET

SpiritiM sanetus corporali speciê sieut Columba.

Luc, III. 22.

Depuis plusieurs années déjà, on parle dans le monde du projet de béatifier Christophe Colomb. Ce projet ex traordinaire, suggestif de pensées grandioses, ne se produisit pas tout d'abord parmi les chrétiens avec ces immenses éclats de popularité qu'il semblait humainement raisonnable d'en espérer. L'enthousiasme universel ne s'alluma pas. Quelques journaux perpétuellement hostiles au christianisme signalèrent, en passant, les uns, avec un dédain plein de bonté, les autres, avec une sorte de rage contenue, ce nouvel « empiétement » du cléricalisme ultramontain. La Libre Pensée a l'originalité de supposer que l'Église lui dérobe quelque chose lorsqu'Elle se permet de canoniser les saints. L'Orgueil des hommes croit avoir, seul, le droit de placer quelqu'un sur ses propres autels. Mais les journaux catholiques n'ayant pas cru devoir donner h un

simple projet d'une réalisation alors éloignée et incertaine, la publicité retentissante d'un événement prochain et inéluctable, le farouche mécontentement de nos ennemis tomba de lui-même et le public ne s'aperçut môme pas que quelque chose de grand avait été mis en question.

Aujourd'hui, cette atTaire oubliée revient avec plus de force que jamais et commence à se préciser comme Tardente préoccupation d'un grand nombre d'âmes religieuses à peu près partout. Ce mouvement parti de la France mérite, à coup sûr, d'être étudié, et c'est l'objet de ce travail. Il a paru nécessaire, avant que la question purement hagiographique soit abordée par qui de droit, de présenter ici quelques considérations historiques et biographiques qui permettront à la multitude des chrétiens d'en saisir à la fois l'importance et l'opportunité.

Si M. le Comte Roselly de Lorgnes, l'historien catholique de Christophe Colomb et le Postulateur officiel de sa Cause devant la Sacrée Congrégation des Rites, était capable de s'enivrer de ce mensonge capiteux qui s'appelle la gloire humaine, il pourrait, dès aujourd'hui, se reposer et s'endormir dans la sécurité et dans la parfaite plénitude du triomphe. Car il a fait une chose par laquelle son nom sera perpétuellement contemporain d'une des plus immortelles préoccupations de l'humanité. 11 s'est donné l'impérissable gloire d'être le révélateur de Celui par qui la totalité de la Création nous fut révélée. Avant lui, personne ne connaissait véritablement Christophe Colomb, et l'ignorance universelle était d'autant plus profonde que la science avait parlé et que le préjugé de la calomnie était devenu inébranlable et consistant comme un axiome.

Celte majestueuse personnalité de Tlnventeur du Nouveau Monde passait dans lliistoire comme une illustration scientifique de moyenne grandeur que ne déparait pas le voisinage de Bernard de Palissy ou de Benjamin Franklin. La découverte de la moitié de la Terre était devenue, après trois cents ans, quelque chose comme une anecdote instructive dans les manuels populaires de la science pour tous et dans les récréations historico-littéraires de l'attendrissante Morale pratique. Les imperturbables synopses universitmres mentionnaient simplement qu'une fois, à telle date, un pilote génois qui cherchait on ne sait quoi, découvrit, par hasard, l'Amérique, et c'était tout. Le Dragon de l'enfantillage moderne avait ouvert sa gueule de papier sur le plus énorme événement de l'histoire et Tavait irrémédiablement englouti. Mais il arriva qu'un beau jour, cet événement lui déchira ses ridicules entrailles et rejaillit d'un seul coup dans le ciel. La mystérieuse Providence qui ne connaît point de hâte et pour laquelle il n'est jamais trop tard, avait laissé ramper et baver pendant près de quatre siècles sur la mémoire de son Messager tous ses obscurs et croupissants blasphémateurs.

Quand le moment fixé par Elle et connu d'Elle seule fut arrivé, il ne resta plus rien d'auguste sous le ventre des reptiles, le Serviteur de Jésus-Christ étendit sur les plus nobles fronts ses mains miraculeuses et l'apothéose commença.

Le g^-and Pape Pie IX, le premier, le seul de tous les Pontifes romains qui ait visité le Nouveau Monde, profondément frappé du rôle providentiel de Christophe Colomb et magnifiquement impatient de la gloire de

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rhomme dont il pressentait la saifUeté, en vertu de son infaillible sagacité de Suprême Pasteur, ordonna peu après son retour do Gaëte que Thistoire du navigateur chrétien à qui nous devons TAmérique, jusqulci exclusivement raconté<3 par des plumes protestantes, fàt enfin écrite dans son intégrité par un catholique et pré* sentée sous son aspect véritable.

Comme la Fille atnée de TÉglise avait égaré l'opinion et donné le nom d'un plagiaire au Continent découvert par l'Envoyé de Dieu, ce fut elle-même que le Chef de rÉglise chargea de réparer^ autant que possible, cette injustice, en publiant dans sa langue la vie de ce sublime apôtre. Le Saint-Père choisit^ pour cette œuvre^ parmi les écrivains catholiques français, le dernier représentant d'une race recommandable depuis des siècles par son dévouement héréditaire à la Papauté^ M. le Comte Roselly de Lorgnes, doyen actuel de nos écrivains catholiques (1). II ne la confia pas à une plume sacerdotale parce que cette biographie n'est pas purement historique ou religieuse, mais qu'elle comporte des appréciadons très diverses, touche à des intérêts multiples et concerne le monde entier sans acception de croyances ou de gouvernements.

1. Un iiref du 24 avril 18(33 mentionne l'origine italienne du Comte lloseily de Lorgues et Tantique illustration de sa race. En 1309 le Chevalier Jean Roselii accompagnait à Avignon le Pape Clément V qui venait h y fixer.

Le Comte Antoine Roselii^ bien que laïque, fut cinq fois Légat du Saint-Siège, pour les Papes Martin V et Eugène IV. Son cousin Jean-liapiiste, simple a))bé, eut deux fois le môme honneur. Successivement d'autres Koselli servirent directement la Papauté: aussi en nommant le Comte Roselly de Lorgnes Commandeur de son Ordre le grand Pie IX s'est-il plu à rappeler les services de ses aïeux ot l<*ur fidélité au Saint-Sièjre. (Bref du 3 juillet 1806.)

Le fond de la pensée de Pie IX était que cette publi* cation réveill&t l'attention publique^ préparât les esprits chrétiens à une auguste sanction et enfin provoquât quelque imposante manifestation catholique dans le sens du grand acte de justice qu'il méditait. M. le Comte Roselly de Lorgnes publia donc en 1856^ pour la première fois, la magnifique Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colonib, Cette restitution, équivalente à une découverte, étonna profondément Topinion et valut à son auteur incomparable satisfaction d'être insulté par la plupiart des ennemis de TÉglise. Depuis près de trente ans, Y Histoire de Christophe Colomb a eu à subir le sort providentiellement réservé à toutes les productions transcendantes de Tesprit de foi, surtout en ce temps-ci. Elle attend paisiblement l'heure de son grand éclat, s'insinuantpeu à peu et lentement * dans quelques âmes supérieures qui la rencontrent devant elles sans l'avoir cherchée et qui, l'ayant trouvée, ne peuvent plus Toublier.

Ce livre, l'un des plus beaux efforts historiques de ce siècle d'historiens, fut, pour quelques-unes de ces âmes qui hennissent au sublime et que ne rassasient pas les pâturages du monde, comme une révélation surérogatoire ajoutée à l'autre Révélation. Après tant d'exégèses fameuses émanées de tant de Bouches d'or, ce profond récit des aventures d un homme de Dieu, fit l'effet d'un conmientaire nouveau du saint Livre, de l'espèce la plus imprévue, écrit pour la première fois d'une main inspirée, dans la tangible clarté de l'histoire.

Le monde connaissait déjà cette grande sorte d'interprétation de la divine Parole expérimentalement confrontée aux événements humains. Il y avait la Cité de

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