I.K RKÏHlJlTKr
Difii do saint Au^nslin et la glorieux Dhcoiin strr fhia foire untvffUfUe. l'n écrlvaia, d'un génie presque si naturel, Joseph «ic Maistro, Docteur Angélique i Dogme Providenlifil, de rextrémitédesaplumetreinpéi de lumière, avait tracé quelques-unes des lais vûlblos du gouvernement temporel de Dieu sur les peuples sur les empires. Mais ce qu'on n'avait jamais vu, depuis les Évangiles, c'était la confuse Babel de tous les témoignages prophétiques, contradictoirement humains et divins, dans tous les siècles, venant s'enlasser et s'accumuler, comme une montagne de la Transflguratiou, sous les pieds d'un seul homme pri^destiné à la gigantesque infortune de les consommer.
Et cet homme unique, dont il est presque imposâlble de parler sans tremblement, quand on gait ce que Dieu avait mis en lui et ce que les autres hommes lui ont Tait, c'est Christophe Colomb — la mystérieuse Coiomfie portant le Christ ! — manifestement chargé de rendre possible, par l'oblation perpétuelle et univfirsellr du saint SacrlDco, la plus profondémeut obscure des prophéties de r.\ncien Testament. Voilà ce que le livre du Comte Hoselly de Lorguos osa montrer pour la première fois dans un récit d'une telle galpitation et d'une si tendre pitié pour ce pauvre géant de l'apostolat écrasé sous la Croix qu'il porte h la moitié du genre humain, qu'eu le lisant, les âmes se fondent de compassion et qu'on est tenté de demander amoureusement au Seigneur, en vue de quelles épouvantables revendications de sa justice il permet à l'ingratitude des hommes de B-'eiercer & ce point sur les plus généreux amis de m gloire I
De toutes les choses que le temps extermine ou déshonore, il n'en est pas de plus fragile, de plus effaçable que Tétonnement. A la distance de quatre siècles, quelle imagination de poète serait capable de concevoir rindicible stupéfaction du vieux monde chrétien, non encore contaminé par le groin de la Réforme, à la nouv^e de la découverte d'un monde inconnu dont le Christ et ses Apôtres n'avaient pas parié ? Cette société de quinze siècles, bâtie comme la Babylone imprenable du Très -Haut, gardée par la double muraille sacrée de la Théologie et de, la Tradition et ceinte de ce fossé mystique où bouillonnait le sang de plusieurs millions de martyrs, dut être surprise d'une si véhémente manière qu'il serait puéril de chercher dans l'histoire .un autre exemple de ce prodigieux déconcertement.
Les intelligences superbes d'alors durent craindre que l'Église elle-même ne s'en allât en ruines avec son tri-r pie diadème et ses promesses d'indéfectibilité. La Mission démontrée de Christophe Colomb humiliait en plusieurs points essentiels le despotisme scolastique
d'une exégèse inflexihle où U Lolirc des Suiuls Livna étouffait l'Esprit du S(!igneur(l). La Science catholique, figée dans les formules et les sentences de l'École, avait fini par stériliser la Tradition, en la tlélournant de la conLemplaLion des divins objeUpourla contraindre û (util expliquer dans l'ordre poliUijue eldans l'ordre subjectif des réalités naturelles.
Imperturbable et sereine, celte «cieiice élrcignait le genre bumain et s'étalait devant la Sagesse de Dieu, comme un rivage devant l'Océan, pour que cette Sagesse « n'allAt pas plus loin » et cflndescendlt à briser ■ contre le granit du syllogisme • reufiure de ses vagues «.
L'apparition soudaine d'un Messager et d'un. Révélateur au sein d'une société si fermement assise daiis k
1. Lorsque Caloiub, en instance au]irâs de lu Cour d'EapAgiic, dut camparaitre devant la Juute ds Salamauqua chargée de l'exHiueD de son projet de Découvert*, quelquei-um des dociei menibres de ce cougrëa * objectèrent It Ms dèductious dca pasM^el des SalnteB iicrilarei iiu'iU aiipliqualcnl fort mal, et dc>i rra^mcnU tronqnis de quelques auteurs eooléiiftatiqoes oontrajres k bod système. Des profeiaaurs catheitratiBot itoblirent vin maj«ur« et par mineare que la l'erre est ])la.(e comme ud laiiii, H n« saurait ftre ronde, puisque le TsalmUte dit : • ÉleDdut 1« ciel • comme ane peau, • taïUndeivi ctehunticul pellem; ce qui serait impOHsiliIe si elle était aphàrique. Un lui opposait lea paroles de Haiat Paul, comparant les cieui k une tente dr'';ilojpe su-dessns de U Terre, ce qni eiclat la rotondité de ce monde. D'autres, moini rigides au moios étrangers à la cosnio^rajibie, souteuaieut, qu'eu admet i;i ut l!i roiindiiê d" la T-rre, k proj."! il'aller ctiercher
pmique l'autre moitié du monde restait occupée par la mbb. TiifÉ- BKEUSE, ce gouffre formidable et eans limite \ et si, par bonb«nr, un navire lancé daos cette direction parrenait à toucher aux Indca,jamais on n'en pourrait avoir de DouTellea, parce que celle prétendue rotondité de la Terre formerait un obstacle insurmontable it son retour, quelque favorablea qu'on supposât les venta. •(Christophe Colomb, par le Comte Roaell; de Lorgues, liv. 1, ch. v.)
certitude que toutes les révélations divines étaient consommées fut, sans doute, pour un grand nombre d'esprits altiers, une formidable épreuve préliminaire à la tempestueuse expugnation luthérienne. On est forcé de le reconnaître, les deux événements simultanés de la Découverte du Nouveau Monde et de la Renaissance du Monde Antique étaient bien de nature à désorbiter la raison humaine et à faire tourner le lait universitaire des plus orthodoxes doctrines.
Les âmes naïves, il est vrai, trouvèrent très simple que Dieu n'eût pas tout dit aux docteurs et qu'il lui plût de faire des choses nouvelles. Elles jugèrent qu'après tout, il n'y avait pas lieu de désespérer de sa Sagesse parce qu'elle ne s'ajustait pas docilement aux exigences philosophiques de sa créature. Ces âmes furent les clairvoyantes et les hiébranlables dans le siècle le plus disloqué de l'histoire et c'est pour elles surtout que Christophe Colomb déclarait avec la hardiesse d'une transcendante simplicité que Dieu l'avait fait « Messager d'une terre nouvelle et de nouveaux cieux ». « Le Seigneur, ajoutait-il, écoute quelquefois les prières de ses serviteurs qui suivent ses préceptes, même dans les choses qui paraissent impossibles et que lïntellîgence ne peut ni concevoir ni atteindre. »
Une chose, entre autres, que l'intelligence humaine ne saurait atteindre avec le raccourci effrayant de sa notion de justice, c'est le mystère de toute une moitié de la race humaine exclue, pendant plus de cinq mille ans, de toute participation à la vie spirituelle des peuples de l'Ancien Monde. Ce simple fait accable la pensée!
Quel crime sans nom ni mesure avait donc pu néces^
siter une aussi longue, une aussi épouvanlable expialion, eiitluréo, non par un seul peuple, mais par des centaines de natioiiii, pour quelques-unes desquelles elle dure encore ? Que dis-je ? la plupart d'entre elles no Tirent se lever aucune lumière et l'aurore de la civîlisa- Uon orientale fut pour k multitude de ces créatures infortunées comme l'annoncedun dijluge de sang et de ftu par-dessus les vagues de l'Atlantique.
Cet hémisphère terrestre inconnu — semblable à cette mystMeuse moitié de la lune perpétuellement inobservable — roulait dans les espaces, avec le reste du monde, depuis deux millions de jours. En vain le Candélabre de la RtWélation avait-il été promené d'Orient en Occident. Depuis Abraham étendant sous les pieds du Messie futur — comme une miraculeuse voie lactée de cœurs humains — toute sa similaire postérité, pendant vingt-deux siècles; et, de Jésus, vainqueur de la Mort, à Mahomet, vainqueur de Byzaiice, d'innombrables générations, obscures ou lumineuses, avaient trempé la terre de leurs larmes, de leurs sueurs ou de leur sang. Des civilisations puissantes avaient poussé leurs influences dans toutes les directions de l'esprit humain. De miraculeuses intelligences avaient épuisé toute conjecture. Les saints, les martyrs, les apôtres même à qui le Sauveur avait dit de sa bouche d'enseigner toutes les nations, avaient accompli leur mandai sur une seule'moiUé du globe, délaissant ainsi Tsutre moitié dans une ignorance invincible de la Rédemption. Le plus audacieux, le plus infatigable des Douze, Témoin privilégié de la Résurrection du Fils de Dieu, — celui-là, disait sainte Brigitte, qui est le trésor de Dieu et la lumière du monde, — Thomas Didyme, laissant
derrière lui Alexandre le Grand, parmi les autres poussières de son chemin, s'était avancé jusque sur Ips rivages extrêmes de TOrient. Là, pressentant peut-être, avant de mourir, la clameur muette et lointaine de ces âmes abandonnées, il avait inutilement tendu ses bras d'apôtre au-dessus de cet incommensurable Pacifique, barrière mobile et décevante qui se moquait de son désir...
Rien de divin et rien d'humain n'avait pu prévaloir contre les ténèbres inexorables de ces races inexplicablement châtiées !
Ici, je demande la permission de parler] du Diable. Les mondabUy généralement persuadés de Tinexistenee du Prince de ce monde et à qui ce travail est surtout destiné, me pardonneront peut-être cette digression nécessaire à Fintelligence de la mission de Christophe Colomb envisagée catholiquement.
La notion du Diable est, de toutes les choses modernes, celle qui manque le plus de profondeur, à force d'être devenue littéraire. A coup sûr, le Démon de la plupart des poètes n'épouvanterait 'pas même des enfants. Je ne connais qu'un seul Satan poétique qui soit vraiment terrible. C'est celui de Baudelaire, parce qu'il est sacrilège. Tous les autres, y compris celui de Dante, laissent nos âmes bien tranquilles et leurs menaces feraient hausser les épaules très peu littéraires des fillettes du catéchisme de persévérance . Mais le vrai Satan qu'on ne connaît plus, le Satan de la Théoio^e et des Saints Mystiques, — l'Antagoniste de la Femme et le Tentateur de Jésus-Christ, — celui-là est si monstrueux que, s'il était permis à cet Esclave de se montrer tel qu'il est — dans la nudité surnaturelle
(lu Non-Amour. — la race biiiuaiiie et riinimalilé loul entiÈîre ne pousserait iju'iin m ot torabiiPait inorle... La plus graii'le force de Satan, c'est Vlrnfocahh. Le mot < fatalisme > itivotité par l'orgueil soi-disant philosophique des hommes n'est qu'une traduction obscure (le cet effrayant attribut du Prince des Méchants et de l'Empereur des Caplil's. Dieu garde pour lui sa Providence, sa Justice, sa Miséricurde ot, par-dessu» tout, la
Droit de gt
po tente So; révocable i
ricain est o liberté.
Or, riiTévi mule dans 1 rance. La C liberté do k'Î!:
froyable aiigoi siste dans les moindres vel tivcs palpilatioi à jamais. Ici, pas le geuU Qt^ i.
B le sceau ou son omraireinte. Il garde aussi l'ir- 8 fi Satan l'irrévocable du pd/p du i^aud poùte amé- XX goiiITres offerts à uolrc
?nce dèti celte vie. Il se fï
iccouiplit dans la persévé-
t nnt^ pour empocher k
e et de se perdre dans l'ef-
.iou. Mais l'Irrévocable sub-
ière si redoutable que les
m res pensées, les plus fugi-
siii £s iiiHnies et retentissent
II lit . Le contingent ne franchit
lie morale et la vie morale de l'être
ÛUI
libre, contenue dans les bornes inUexibles de la personnalité, ne va pas se perdre dans le contingent. Il faut absalumcnl l'intégralité d'une proie à la joie ou ou dé* sespoir éternets.
Lorsque le Démon séduit et surmonte notre liberté, il en obtient des enfants terribles de notre race et de sa race, immortels comme leur père et leur mère. Cette progéniture enfante et pullule à son tour, indéÛDÎment,
sans qu'aucun moyen naturel nous soit donné d'arrêter cette horrible et incalculable multiplication des témoins de notre déshonneur.
C'est là Tempire illimité de Satan. U règne en patriarche sur la multitude des affreux enfants de la liberté humaine. Il les adopte tous aussitôt qu'ils naissent. Ses ministres, ses officiers^ ses chambellans et ses^majordomes en prennent soin. C'est une armée contre chacun de nous, une immense armée d'invasion qui déborde à chaque instant sur nos âmes^ à l'heure de l'action comme à l'heure du repos, à l'heure de la joie et à l'heure de la tristesse, à l'heure du sommeil et du réve^ à l'heure même de la prière et des plus saintes effusions du cœur, mais surtout à l'heure définitive et troublante de la mort. Cette guerre sans pitié et sans trêve a pour signal le décret de notre seule volonté, décret sans appel, promulgation irrévocable, sanctionnée par llnfaillible Justice. Dieu peut pardonner et il pardonne en effet; mais le mal n'en est pas moins accompli pour l'éternité et i] ne cesse, dans le temps, de produire des fruits épouvantables que le Démon met continuellement devant nos yeux pour nous désespérer.
Je le répète, c'est là sa force; c'est là son partage, son majorât de Prince du mensonge et la fleur empoisonnée de son supplice à lui 1 II ceint la terre de ses deux bras immenses comme d'une écharpe de deuil et de mort, comme le mare Tenebrosum de la cosmographie des anciens. Rien ne se dérobe à son étreinte, rien... excepté la liberté crucifiée avec Jésus-Christ. Hors de ce calvaire, il est maître de tout et on peut l'étiqueter du nom de toutes les influences néfastes de la vie. Il est entre toutes les lèvres et toutes les coupes ; 11 est assis
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à tous les festins et nous y rasrinsie d'horreurs au milien des triomphes; il est couché dans le fond le plus obscur du lit nuptial; il ronge et souille tous los seutiDients, toutes les espérances, toutes les blancheurs, toutes leî virginités et toutes les gloires! Son trône préféré est le calice d'or de l'amour en fleur et son bain le plus suave est le foyer de pourpre de l'amour l-h flammes. Quand nous ne parlons pas à Dieu ou pour Dieu, c'est au
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dû confier la garde ûe ste pour que nous ne péilant de notre nol^anœaut de la terre, le^ pirfs it rien à'kmnain ne s'acsans qu'il soit intervenu
n'y a pas il s'étonner ilo îison catholique ne s'en i« Dieu lui dnniip et Dieu e la liberté de l'homme-
Qu'on se représente maintenant cet immense continent américain, s'étendant de Tun à l'autre pôle pendant près de quatre mille lieues, si démesuré dans tous les sens qu'il aurait fallu plusieurs Romes pour en conquérir seulement le littoral et, qu'après trois cent quatrevingt-dix ans, les plus audacieuses explorations scientifiques n'ont pu le faire connaître tout entier.
Cette interminable chaîne de peuples, étrangers les uns aux autres et de langues diverses, séparés par toutes les différences de mœurs et de climat, divisés par des haines héréditaires et par des religions dont l'atrocité parfaite était la seule unité : tel était au moment de la Découverte, l'apanage exclusif de l'Esprit du mal I
Sans doute, le reste de la terre appartenait à ce monarque, en la manière que je viens de dire; mais, ici, il était le maître absolu, le législateur, le père et le Dieu. Il n'y avait à redouter ni Rédempteur ni Évangilp. Le Sang de Jésus-Christ ne coulerait pas sans doute au travers de l'Océan. Le vrai Dieu semblait avoir abdiqué toute suzeraineté sur ce monde malheureux, l'ayant
fû LE BKVELATEL':
laissé en apparence, sans aucun secours, pendant un nombre de siècles égal au nombre d'années qui fonl un vieillard.
« Vous ôles les enfants du Diable », disait Ji'sus-
Christ aux Juifs qui se flattaient d'avoir Dieu pour père.
' Cette affirmation à la fois si mystérieuse et si netlemeat
terrible venant d'uue telle bouche, ne s'appliquait pas
seulement à cette nation déréglée et infidèle. Elle pas-
sait bien au uem race Oguralive, Ut humaines prévaricj tés de l'es] (
bien effravi sentence d le total délais son image qi le Jamais ot qui no r moins de l'AgTi' que par l'impi
Un grand pui antique fut pour la geniu d'esclavage |
atteindre, à travers la i& et toutes les familles s, laus dernières estrémilis, combien réelle, commystérieuse encore cette îr i l'on vient à considérer
ixil de ces multitudes à semblait avoir écartées à 1 : à la multitude des téiL II C9b parlé dans l'Apocalypse le les dénombrer!
1 me moderae a dit que l'esclavage un christianisme virtuel ot intérieur Assurément, les quarante siècles \ la difl'usion évangélîque durent peser bien lourueiiieui sur le cœur de l'homme; mais, après tout, les ténèbres du Paganisme, si épaisses qu'elles fussent, n'étaient pas des ténèbres absolues. La Révélation édéniqueavuil. laissé dans l'argile raisonn-ible de profondes empreintes. Les primitifs historiens, les rapsodes, les vieux tragiques sont saturés de surnaturel divin et prophétique. De sublimes éclairs traversaient