Matines des morts — lU* nocturne
Uu jour, enfin, le Seigneur appela un homme, comme il avait appelé Jean pour préparer ses voies, et il l'investit, pour un t^nps, de sa puissance, afin qull pût mettre décidément un terme à ce semblant d'éternité douloureuse par laquelle Satan, surnommé le singe de Dieu, avait essayé de se singer lui même dans une sacrilège contrefaçon de son propre royaume.
Cet homme qulsaïe semble avoir en vue toutes les fois qu'il parle aux îles lointaines et aux peuples des extrémités de la terre, c'est Christophe Colomb, « le plus doux des hommes », comme l'Esprit-Saint le dît de Moïse. Le titre de Grand Amiral, sous lequel il fut tant calomnié pendant sa vie, n'a plus de sens pour une génération qui ne connaît pas l'histoire. La foule ne sait de lui que son nom très mystérieux et... rien de plus, sinon qu'il a fait la Terre une fois plus grande et que les hommes l'ont assassiné de chagrin dans l'obscurité.
Quant à sa mission providentielle et unique qui le range dans la demi-douzaine d'hommes exceptionnellement prodigieux sur lesquels laSagesse divine a compté,
qui donc y penserait, dans ce siècle ennemi de la grasdeur, [si TÉglise, toujours pleine de mémoire et toujours grande, n*y pensait pas?...
L'Église catholique qui est Tlmpératrice de l'Orient et de rOccident et qui porte dans son nom runiyersalité de son droit, n'oublia jamais personne ; mais ellese souvient plus particulièrement^ plus profondément et avec une dilection plus fervente de ceux de ses fils qui Font dilatée et qu'elle dilate à son tour en les honorant sous le vocable douze fois auguste d'Apôtres.
« Y eut-il jamais, dit Thistorien de Christophe Colomb, un homme plus grand que celui qui nlmita personne et que personne ne pourra imiter pendant la durée du globe? » Christophe Colomb découvrant le Nouveau Monde, c'était comme s'il eût dit à l'Église : c Mère bienaimée, je vous donne, au Nom de Jésus-Christ, la moitié de la terre. Je vous donne des millions d*Ames que j'ai enfantées au Salut et qui sont les fleurs infiniment douloureuses de mes entrailles spirituelles. Je vous les confie à jamais pour qu'elles soient replacées dans la vérité d'où elles tombèrent, comme les anges infidèles, il y a tant de siècles. Ce sont là les Enfants-Trouvés de l'Amour divin dont je suis le Messager et que je symbolise dans mon nom. » — « Embrasse ces enfants et enveloppe-les de tes bras maternels, dit le Seigneur, jusqu'à ce que je vienne et que je leur fasse miséricorde, parce que mes fontaines surabondent et que ma grâce est inépuisable (1). »
C'était encore comme s'il eût dit à l'esprit humain : « Je double l'étendue de ton héritage et j'agrandis in-