‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 15 sur 85 · Esdras, lib. IV, cap. ii, y · texte numérisé non relu

Esdras, lib. IV, cap. ii, y

croyablement le champ déjà si vaste de tes investigations. C'est par moi que va < se révéler tout à coup un sens « nouveau : le sens des grandes choses et deFinfini (i) ». La connaissance parfaite du globe terrestre sera le moindre fruit de ma découverte. J'aurai donné l'essor aux plus audacieuses entreprises scientifiques dans les siècles extraordinaires qui vont venir. Le livre de la nature, hermétiquement fermé jusqu'à ce jour, est enfin ouvert et ouvert par moi, le Révélateur de la Création, qui serai, néanmoins, dédaigné et méconnu et qui vais disparaître comme un flambeau vulgaire porté contre le soufDe de la tempête. Je prévois que les hommes abuseront de ce nouveau don de Dieu comme ils ont abusé de tous les autres. Mais je sais aussi qu'il faut que sa volonté s'accomplisse pour que son règne arrive à la fin sur cette terre prédestinée que j'ai été chargé d'amplifier et d'arrondir comme une sphère impériale pour la domination future de Jésus-Christ. »

La grandeur de Christophe Colomb est tellement unique et démesurée qu'elle déconcerte jusqu'à l'enthousiasme et qu'elle fait éclater le cadre ordinaire des analogies, traditionnellement requis pour la sainteté — même dans ses voies les plus exceptionnelles — parles théologiens et les docteurs ascétiques. Je dirai plus loin, dans un rapide examen de la vie du Serviteur de

I. Hnmboldt, Cosmos, t. II, p. 321. — On me pardonnera, je l'espère, en considération du plaisir de citer Humboidt, le petit inconvénient assez grave de mettre dans la bouche du Héros chrétien un mot sans précision philosophique. Il est sans doute inutile de faire remarquer que Colomb aurait souri d*un infini cxiéÉ, le seul, évidemment, que le savant prussien ait eu en vue et le seul aussi qui soit vraiment conforme au génie philosophique et politique de sa nation.

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Dieu, comment cet Ambassadeur plénipolenlîaire de la SaiDte Trinité, méconnu partout et vomi par l'Espagne qu'il avait gorgée de richesses et de puissance; en butte h de misérables persécutions ecclésiastiques, ne rencontra de sympathies et de réconfort qu'à la Cour pontificale et sur le Siège infaillible de Pierre. Dans la célèbre édition de la Géographie de Ptolémée faite à Rome chezEvangelista Tosino, en 1608, le nouveau continent était nommé : Terra i iCTs. CRUCis, comme si ce monde découvert av le fruit le plus suave

de l'Arbre sanglant de la R' nplion pour avoir mis à mûrir quinze siècles de plus qi î les autres. Ce fait n'est pas moins concluant pour unt itelligence profonde pe pour un cœur mystique.

Christophe Colomb fut un homme de désir à la manière de Daniel. Or, l appelle le désir, comme l'abîme invoque l'abîme « j i vou des cataractes de Dieu » qui sont les torrents ae larmes de la prière et de l'amour. Un an avant la Découverte, naquit celui qui devait en faire le mieux proflter l'Église : saint Ignace de Loyola et, dans le mois où l'Ambassadeur de Dieu est rappelé par son maître, dix -sept jours avant sa mort, vient au monde l'apôtre chargé d'exécuter son vœu d'ôvangéliser les nations idolâtres : saint François-Xavier (1). Ces coïncidences n'ont rien de fortuit. Elles sont, au contraire, infiniment calculées et infiniment sages, c'est-à-dire, providentielles, comme toutes choses en ce monde. Quand un homme est suscité pour l'accomplissement d'une partie de ce grandiose plan divin qui s'appelle l'Histoire, il lui suffit d'étendre les

1. L'Ambcutadeur de Dieu et It Pape PU IX, par le Comte Ro»ellï de Lorgues, p. 156. — Pion, 1874.

mains, comme un aveugle, pour rencontrer ses instruments. Mais si cet homme est de la taille de Christophe Colomb, il n*est pas même nécessaire qu'il fasse un geste. C'est un foyer de gravitation pour la multitude des âmes qui correspondent à sa destinée et qui sont mystérieusement orbitées par lui comme une glorieuse constellation de satellites spirituels !

Je viens d'écrire ce grand mot de Désir qui remplit tout l'Ancien Testament comme un prodigieux soupir. J'aurais pu comparer le désir de Christophe Colomb à celui de cet Esprit qui nous est montré dans FÉvangile sous la forme d'une colombe et qui « postule pour no*us — dit saint Paul — avec des gémissements inénarrables ». Que dire maintenant ou plutôt que conjectuscr du désir de tout un monde opprimé et abruti par le despotisme le plus satanique, mais au sein duquel, néanmoins, Tâme humaine, « inexterminable » et naturellement désirante, jetait encore, en vacillant, quelques étincelles?

llest écrit que le Seigneur « exauce le désir des pauvres», et ceux-là étaient de tels pauvres qu'on n*en a jamais connu d aussi lamentables. Quelque noires et profondes que fussent leurs ténèbres, il n'est pas possible qu'il ne s'élevât pas du fond du cœur de ces misérables un vague frisson d'espérance et de désir. Après tout, n'étaient-il pas les fils de Japhet, et par conséquent, solidaires de la promesse faite au genre humain? Quoique leur séparation d'avec le reste de la congrégation

Babélique remontât à des temps extrâinement anciens, il avait dû se conserver parmi eux comine un indét^ minable ûl de lumière, d'une ténuité et d'une pâlev infinies ; et Dieu, qui connaît les pauvres cœurs quHa créés, sait bien que c'en était assez pour que ces abaDdonnés désirassent I Mais que désiraient- ils? Ils ne le savaient point. Une sorte de tradition antique parlait seulement dliommes extraordinaires qui devaient venir du côté de TOrient et qui changeraient toutes choses dans leur patrie. Encore cette attente sourde et muette leur donnait-elle plus de crainte que de joie. C'est à cela que se réduisait pour eux le c Vefiiet JDesfderatusf du prophète Aggée.

Le grand oratorien anglais, le P. Paber, fait nmarquer comme une chose étrange qu'il y eut sept jours pendant lesquels Notre-Seîgneur n'eut pas de nom (1). Cette ge7ièse du Nom redoutable qui fait tout fléchir dura plus de deux fois sept siècles pour les Américains et, certes, on peut bien dire sans abuser de la Parole trois fois sainte que c'est surtout pour eui que Jésus-Christ a été vraiment c pontife des biens futurs », appellation divine que saint Paul, d'ailleurs, déclare ininterprétable, à cause, dit-il, de notre imbécillité (2). Le Christ, dont Tertullien nous assure que toute &mo humaine porte en soi le pressentiment et le témoi' gnage, était donc, pour ces délaissés, un Dieu perpétuellement anonyme qui n'aurait pu que les accabler de Ténigmatique et dérisoire lUi&alité de ses promesses !

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