IX RÊVLL-VTELR DU GLOUE
Ce lémoipnage d'un contemporain m'a paru à sa pi- ace ici, tellement il est considérable et tellement il rapeti sse
rig-noble polémique de pédagogue que j'ai le dégoût io
raconter.
Pour revenir à Tabbé Sanguineti, que je n'àuraî i — 3as l'ironie cruelle d'appeler un vase cVêlection^ et qui -ne s est probablement jamais informé des fatigues de rap<iDStolat évangélique, il raille lourdement YUnità cattol^^ pour avoir parlé des « mystérieuses attenances » q; ni paraissent unir la résurrection de la gloire de Colorxib au Pontificat du premier Pape qui ait visité le contino nt Américain. Il nous apprend qu'il ne faut pas confoiicXrc le Pape Pie IX avec l'abbé Masta'i. C'est seulement Tattli^^ Mastaï qui amis le pirddans leNouvcau Monde .Qua-X^^ auPapr, c'est une autre affaire (1). D'ailleurs, * ral>l>« Mastaï, dit-il, demeura deux ans au Chili, terre que 1 * moindre écolier sait n'avoir jamais été touchée ni coun parrinvonteurdi^rAmérique. Donc, ni les temps, ni lieux ne rapprochent les idées d(^ Colomb et de Pie l ^ rt les attenances nijslérieuses s'évaporent proprenic?* ^ ^ dans le niyslère. » Il doniandc qu'on lui explique cT^ *^' attenances et déclare n'y voir, pour lui, « autre chc^^ ^^^ qu'une phrase vide de sens » .
dre VI, la rigidité d'un pur catholiqn*^, la liberl»' frondeuse d ^ *^ large efti)rit, au milieu d'une t'ni pleine de soumission. On voit auL que, fort de >on iitiacliemoni à l'Eglise, le lapidaire de Burgos paraissait guère ^inquiéter de l'IiK^uisition d'Es[>agne. >*
1. La Cnnoiiizzaz'ontc di fjristvfor't Colombo^ p 10. Cette rem ^^^ quable distiuciinu entre ral)bi'' Ma>iai et le Pape Pie IX est une ^^ ^ ' sez bonne idée de b()uddlii>ie. Ce dédoul)loment absolu de la nersi— '"— * ne liuni.'iine, celte présence esM-ziticllc de deux hommes distinct montré»' j)i.»ur la i)reniiérf' îoi^ dan^ un seul être humain, nou^ pmet d <'>pérer qu''lqu«' aitiiar ifrochain et tout à tait inattendu la personne du cliani»iuo. t^Mie iM'u>era-t-il alors de l'abbé San^' neti .'
OBSTACLES A l' INTRODUCTION DE LA CAUSE 225
Cette demande d'explication étant absolument dénuée d'ingénuité, je ne la lui donnerai pas. Cependant, comme il ne faut pas non plus qfCil nous accuse de tenir la lumière sous le boisseau, je vais m*efforcer de lui montrer et de lui faire, en quelque sorte, toucher au doigt, d'autres attenances non moins mystérieuses, mais beaucoup plus à sa portée et c'est par le flambeau de Tanalogie qull lui sera donné d*éclairer les parties ténébreuses du vaste palais de son intelligence.
Ayant à rendre publiques les causes trop peu connues de l'apparente indifférence de la Cour de Rome pour la Cause de Christophe Colomb, je suis malheureusement forcé de parler du triste chanoine Sanguineti beaucoup plus que je ne voudrais et beaucoup plus surtout que ne le comporte l'excessive médiocrité de ce personnage. Mais, comme de tout temps, Dieu s'est servi des enfants et des faibles pour manifester sa puissance et qull se plaît à susciter des plus basses Tégions de ce monde ses apôtres et ses témoins ; de même, l'Esprit du Mensonge,—- ce singe perpétuel des CBUvres divines, — suscite à son tour, assez ordinairement, des imbéciles et des impuissants qull remplit de ses ténèbres et qu'il gonfle de ses fureurs pour combattre la vérité. C'est par là qu'on peut expliquer l'inconcevable fascination exercée par de misérables hommes sur l'immense multitude des intelligences superficielles et l'étonnant pouvoir qu ils ont quelquefois de s'opposer aux plus beaux effets de la miséri<x)rde de Dieu.
L'abbé Sanguineti, malgré son néant, a le honteux
i'2^ I.E RÉVKI \TKUR DU GLOBE
lionncur cl*ôtre à cette heure, un réel obstacle à la
Klorilloation du Héros chrétien. L'opposition de ce pr^^- être malfaisant n'est pas sans quelque analogie avec le pet fi fjrain f/e sable que Pascal nous montre si malec^ noontreusomenl logé dans \ uretère d'un autre graic=id homme. Sa petite vanité saignante deTrissotin dédaïir" igné contrebalance les désirs de TÉpiscopat et tient t "n fohec un dessein de la Papauté. Le zèle de sa haine a fructillé comme un apostolat. Inspirés par lui, envoyeuses par lui. continuellement allaités de ses conseils et foi lillos dt» ses exemples, des hommes de haine, des olosiastiquos plus ou nuâns abusés, ont été porter dai — lais
toutes les ilinvlions possibles la graine féconde des pli Jis
s« audalouses imputations ^i • C>st un vaste complu»- o\
\\M\ln^ la Justice où viennent d*i»lles-mèmes sengou sf-
fr^^r et >\U*si»rlvr toutes les diverses sortes de ressent î-
moiv, *iuo lospr'a humain cnnt avoir le droit d'oppos^^r À ; Kspr;; ôo Oiou. La ville dt^ lîènes est le foyer to^uJ- >^;;rs ;:*.;. ;'.*.;;o>vvr.: li»* oeUo irradîation de haines fe^^"x<:;;«'^ o. .■.:*... ^caI-.ts •! oVst sous le patronage inB- =>' \\\yw,\,\. .\\\ v^:....: : r,î>;ei;r que s\-lalK«n:* en sécuii ^^
\ . : . \ vv'.A i>: ;: explicable, surtout en t:^ '^ vu\ ;o oC'. ', . . V: .'?, ;; *:;.èrf iu\ S.\I:.is.Le Comte Rosel 1 ï'
. -? :r s : : »i,--t<, :\-i?e par la fami 1- -^
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de Lorgues, contraint de faire justice une bonne fois et de démasquer tous ces Tartufes d'impartialité historique, accomplit à la fin, en 1876, cette répugnante besogne dans le livre ci-dessus mentionné : Satan contre Christophe Colomb, livre définitif et suprême qui clôt pour jamais toutes les discussions et toutes les contradictions imaginées contre la grandeur morale du Héros. Il n'y a plus à revenir sur ces divers chefs d'incrimination désormais aussi parfaitement inondés de lumière qu'ils avaient été précédemment obscurcis par l'insigne déloyauté des contradicteurs. L'illustre historien démontre et met sous nos yeux la généalogie très peu ancienne de rimposture génoise tendant à établir l'impureté de ' mœin-s de Christophe Colomb. Il nous offre le tableau bibliographique de tous les cuistres bt»50gneux ou per- ■ vers qui se sont passé laborieusement de main en main, comme des maçons à la chaîne, les matériaux spécieux de cette calomnie de petite race, qui n'eut pas d'ancêtres parmi les contemporains du grand homme et qui n'a pu trouver un peu de crédit au xix° siècle que dans rimagination prostituée de quelques ennemis da Catholicisme.
En outre, le ComteRosellyde largues a très clairement Justifié son titre, en établissant dans la donnée lumineuse des faits, la vraie provenance de cette honteusf; apposition et la cause profonde de cet acharnement invincible, que son livre a bien pu déœncerter une fciînute, mais qui n'en contidue pas mriins son affreux travail de termite contre rÉ^dise.ll est incontestable que t43us ces gens-là sont directement inspirés du démon. CJuandmême l'absence évidente dr. tout mobile humain x\e fournirait aucune vraisemblance à une aussi grave
:>;U» I.K IIKVÉIATKL'R UU GLOBK
assorlioli, le raraetère tout à fait spécial de la polémique ^t^Ilois(^ la cléloyaiité héroïque, Tobstination inexpu- Kiiabhs rondurcissement ténébreux des calomniateuTS ot, surtcuiU leur inqualiflable rage de prosélytismesufllraieiit au moins pour décontenancer la plus sophi^lîquo an?unienlnlion do lavocat fangeux qui s'efforcerait dt» los disrulpor (1).
Lo Diablo a dos façor.s d'agir qui lui sont particulifeTes ol qui nop**rmeHent pas do méconnaître entièrement son intbh*noo dans los choses humaines, quand Tinscr^utablo sa^osso du Diou do Job les abandonne, pour ^n tomps« it son administration. D*abord, en sa qualité dVspril, il ost hiftith/aàie. Rion ne le décourage, rien, ne lo rt*bulo, AnlaiTiUiislo porpôtuellement armé du Pôw liuil-puissanl ol oonlradiclour merveilleusement er ^"^^1 iW Ions SOS oousoils, il oppose sans relâche à la Mlstf^^' oi»nlo inllnio qui rôoomponse un simple verre d'eau, l *i^' ivpnuhablo sollioîludo d'une haine quîs'olTorce do (l ^'^ hoii»»rt»rjusqu7i m^s larmos.ll n'oublie non et nelaî=^^^ rîou pordiv. rar il sait Tiniportanco rôollo do loutos X ^'' arlioiis humaiîios ot lour rolonlissemonl intorminat-^^** ihm> la luMtiludo lUi dans lo dosospt»lr. Par conséquer ^^' il no tli'ilaimvo rit'ii ot s:ùt. au b»*soin, so contenter do ^^ \\n[ îu>us paiMît pou lit- i-hoso. Fallilt-il obséder ponda ^^^ dos aiinooN mi painro nioirio pour ou t»blenir WM ^^ souK' disU'av\'.v>!' >oiii'.*IK\il >'o>tiauTait plus viclorie'«'J^
l. \v»-.x. ..'^ '..îv.-N ;•.:'•.-•> .;.'•'■ ■.•.!■ *« r.^r :io dar l'ijar A X- -^^
OBSTACLES A L'INTRODUCTION DE LA CXXISE ZSi
qu'uue soixantaine d'Alexandres. En même temps, il est insatiable, comme il convient qu il le soit, puisqu'il sait quil n'a que quelques misérables siècles pour s'approvisionner de damnés dans son enfer sempiternel. Seconde raison plus pressante pour qu'il ne néglige rien et ne laisse rien à glaner derrière lui à la céleste pitié des anges.
Ënfln^ il est l'Immonde et^ conune tel, il choisit toujours ce qui lui ressemble, c'est-à-dire l'ordure la plus alambiquée et l'infection la plus savante. Le reste n'est nullement méconnu^ mais repoussé dans l'accessoire. L'objet de sa parfaite dilection est l'ordure parfaite, l'ordure de Tâme qui tombe dans le domaine du sensible et qui devient matérielle. Le Prince du Mal s'y baigne^ il s*y vautre avec délices, elle est sa fllle bien-aimée et il s'y complaît infiniment. Aussi la Pureté, ce miroir ardent par lequel il est consumé de sa propre image, lui est-elle en horreur et tous les moyens lui sont bons pour l'obscurcir. L'abbé Sanguineti, le négateur fervent et infatigable de la pureté de Colomb, pourra reconnaître ici, sans aucun efTort, quelques-unes de ces aiienances mystérieuses dont je me proposais de lui donner l'évidence.
Il y en a d'autres encore. Le Diable est surtout un avocat. Tous les mystiques qui en ont parlé nous le montrent plaidant contre nous devant Dieu. Le livre de Job nous dévoile ce rôle de Satan qui doit se prolonger avec les mêmes formules jusqu'à la fin des temps contre tous les justes possibles. Le Diable, en tant qu'avocat, a de grandes prétentions à l'équité historique. II a oeci de commun avec beauœup d'autres avocats, qui ne le valent certes pas, qu'il se présente
r toujours comme le défonseur d'ane mi>Hiluâe de
L veuves ot d'orphelins qui, d'ailleurs, n'ont nullement
[ Imploré ses services. N'importe. Sa grande finesse
I considte h invoquer conlre les sainU le prétendu lémoi-
I guage de tous les malheureux que leurs vertus ont
I scandalisés et qui se trouvent ainsi réduils à l'indigence
\ de leur propre mériLe désespéré. Cette façon de plaider,
malheureusement dénuée de variété, a, néanmoins, une
cslr^me valeur, sinon nus yeux de Dieu, du moins aux
yeux de la ^plupart des hommes, pour qui la grandeur
morale est un ouirage direct et personnel et qui ne la
partlolinent ordJriaireroenl qu'à la condition d'eu être
les invcnteiu's ou les titulaires.
Ici encore, l'abbé Sanguineti qui s'est constitué l'avocat du Diable, — ce qui est un moyen d'entrer I dans la peau de ce grand plaideur, — discernera sans doute, non plus seulement de mystérieuses altenances. mais quelque chose comme l'idenHié même. Le Comte Roselly de Lorgues lui a déjà Tait entrevoir cette grande manière d être qu'il ne remarque pas assez en tui-mème et qui pourrait le relever à ses propres yeux, r'il était jamais tenté de se mépriser. J'y reviens h. mon tour en appuyant un peu plus, afin de lui en donner la vision complète. Si celte belle idée pouvait entrer une bonne fois dans les cervelles de ses compatriotes, on verrait enfin avec la dernière évidence combien le chanoine Sanguineti est < l'honneur du clergé de Gènes», et combien son Archevêque, le vénérable Mgr Magnasco, a raison de le palronner dans son diocèse et de lui confier la robe sans tache de son honneur de Pontife I
T.«ai8sant une bonne fois en ai Mère les misérables et ^dicules détails de cette polémique sans dignité, J*ar- ^ve à la plus considérable de toutes les accusations portées comre l'œuvre du Comte Roselly de Lorgnes. Ce gtîef littéraire ou historique, comme on voudra, n'est P^s personnel au chanoine, quoiqu'il Tait assez impérieusement articulé. Il est commun à toute une école '^^^deme et intéresse au plus haut point tout ce qui P^nse encore dans notre siècle. Cette école, soi-disant ^ Clique, reproche à l'auteur de Christophe Colomb ^*Q?oir introduit c le sentiment dans l'histoire >. S'il ^\it en croire ces Messieurs, c'est la plus détestable et ^ plus fausse méthode historique qui soit au monde, ^lon leur Jugement, l'histoire est une analyse patiente, ^e dissection acharnée des hommes et des faits, abso- ^nent exclusive de toute synthèse et de toute vue ensemble, d'où le sentiment, c'est-à-dire TAme ' hu- ^ne, doit être bannie, — comme des marbres de ^xnphithé&tre, — avec la plus inexorable rigueur. Le >cument seul, dans sa parfaite sécheresse, la lettre ^rte des faits, le renseignement infinitésimal, Tin-
234 i^K i\ÉvÉL.\n:i:H du guqbf.
vestigalion corpusculaire, la perscrutation ei que des petites causes et des petits effets da 'immenses flresques du Passé, voilà ce qui ( mais apaiser la faim et la soif de Thommi cette noble curiosité qui veut contempler dan une grandiose Épopée de la Justice de Dieu e cho, à travers le silence des siècles, la respi ftmes et le battement des cœurs, on iie se me peine de la satisfaire et on la méprise tout j pour n'en pas même tenir compte.
Il semble que Tesprit moderne ait horreur L'enthousiasme lui paraît une bouffonnerie at incompatible avec la gravité scientifique de Y Le positivisme le plus bas et le plus squame sa bave jusque sur les plus vénérables trai rhumanité, et les synthèses du génie le plus i le plus perçant n'égalent pas en intérêt le phi copique faclum exhumé du fond d'une biblîoU; quelque fuligineux argonaute de cette Golchide si»Ve. Le Document inanimé triomphe comme et monte au Capitole gardé par les oies de la saute publicité. La sainte Vérité,renthousiasme. les généreuses indignations, suivent à pied gûd captifs. L'outil se transforme en un reptile a dévore Touvrier. Toute hiérarchie intellectuelle versô(» bout par bout et les pyramides pendent en bas dans le désert historique aussi bien qui politique ou dans la littérature. Dans tous le possibles, les livres médiocres sont aujourt livres supérieurs et les livres supérieurs sont diooivs. M. Zola éloulfe Balzac dans ses mains ; un M. Soury ne permet pas qu'on entende les c
OBSTACLES A l' INTRODUCTION DE LA a\USE 235
(le \ Enfant du Tonnerre et la petite crécelle académique d(; M. Renan couvre les mugissements lointains du Bœuf de Sicile. La suave naïveté des vieux narrateurs chrétiens s'en est allée de ce monde, les yeux en larmes, pour échapper aux ignobles contacts de toutes ces bottes maculantes de critiques et de savantasses.
Dans cette universelle débâcle d'une société jadis chrétienne, quelle magnifique thèse à soutenir s'il se rencontrait un homme d'assez de fierté pour ambitionner d'être impopulaire : la thèse de la vie et du sentiment . dans les œuvres de la pensée î Restituer le pathétique à l'histoire, faire pleurer en la racontant, passionner les Ames pour ce qui n'est plus, souffleter les froides statues avec des traditions et des souvenirs, replanter les racines des nations dans leur vrai sol qui est le Passé, l'invincible Passé, glorieux ou misérable, qu'on ne peut éliminer qu'en s'arrachant le cœur!. ..celui qui ferait cela ou qui démontrerait la nécessité de le faire donnerait, — en tombant sous Tanathème des morts-vivant* qui sont nos juges, — la vraie mesure quelque peu oubliée d'un fier artiste chrétien !
Qu est-ce, après tout, que l'Histoire, .si elle ne nous offre que le stérile tableau des agitations extérieures de rbumanité sans éclairer les profonds abtmes de cons- - eience privée ou de conscience publique, béants au-<lessous de chaque fait et remplis de ces témoignages démrants qui doivent s'en échapper au Jour définitif de la Congrégation des peuples dans la vallée de Jo^apliiit ? Qu'est-ce que cette aride nomenclature dé\ênemenl.s et d'hommes qui galoi>ent en si grand mystère «ur le front des siècles, comme de blêmes f^avah^des ap^i:>alyptîques? Qu'est-ce encore que ces incohérente» c^mipila-
236 IJ2 R^h•ÉL.VTELR DU GlJOBE
lions ethnographiques que nlllumine aucune métaphysique transcendante et qui se désassemblent comme des colliers de verroteries, à la première singularité de nature humaine qui vient à en rompre le (11? Un pareil enseignement historique, réduit à ces proportions d'éphé* mérides et de sjTiôpses chronologiques, est assurément la plus vaine des spéculations, la plus creuse et la plus caverneusement démeublée des inutilités de la pensée. C'est une procession de monstres futiles et de sots fantômes dans le kaléidoscope tournoyant d'une imagination de femme ennuyée. Le froid xix* siècle s'en contente, néanmoins, et n exige pas qu'on ait du cœur quanti on lui parle de ses ancêtres, mais sa frivolité veut qu'on l'amuse des aventures du genre humain et cela s'appelle dans l'Écriture de ce nom spécialement réprobateui^ • V ensorcellement de la bagatelle.
Les chrétiens qui savent ce que c'est que l'homme doivent exiger davantage, lis doivent se souvenir qti^ ce monde n'est qu'une figure qui passe et qu'il n'y a ci^ vraiment intéressant que ce qui demeure au fond 4^ creuset du temps, c'est-à-dire l'Ame humaine etFia^' mobile canevas du plan divin. Raconter qu'Annib^-l enjambait les Alpes n'est qu'une alTaire de palette, mai ^ ce vainqueur avait une âme et le Dieu des vainqueui'^ avait ses desseins, et voilà préoisémenl les deux chos(?^=^ qu'il importe surtout do connaître î Les plus grand "^ livres écrits par des honinios sont des livres d'histoirr* - On les nomme les Saints Livres et ils furent écrits pti i' des thaumaturges. A soixante mille atmosphères aix -^ dessous d'eux, les hislorions d'inspiralion purrnienl lu * " niaine doivent rire, eux aussi, des lliaumiUurges à len ^ nuuiière. Il faut absolument (ju'ils ressuscitent les nior t r^
OBSTACLES A l/l.NTRODUCTION Ulî LA CAtSK 237
et qu ils les fassent marcher devant eux et devant nous. Ils doivent rallumer les lampes éteintes dans les catacombes du passé où ils nous font descendre. Pour accomplir un tel prodige, l'Intuition de Tesprit n*est pas assez, il faut Tintuition du cœur. 11 faut aimer ce que l'on raconte et Taimer éperdûmenl. Il faut vibrer et retentir à. toutes ces rumeurs lointaines des trépassés. Il faut les généreuses colères, les compassions déchirantes, les pluies de larmes, les allégresses et les vociférations de l'amour. Il faut se coucher, comme le prophète, sur TeBfant mort, poitrine contre poitrine, bouchée contre bouche et lui insuffler sa propre vie. Alors, seulement, rérudition a le droit d'intervenir. Jusque-là, les docuiTients et les pièces écrites ne sont que les bandelettes ^Srjptiennes qui enfoncent un peu plus les décédés dans la mort. Si cela est vrai pour de pauvres grands hommes comme César ou Constantin, par exemple, que sera-ce pour un saint? Les âmes sont tout dans l'histoire et tes âmes des saints sont les aînées parmi les âmes. Tout porte donc sur elles, et les temps où les saints ont vécu 'l'ont pas d'autre signification historique que la nécessue providentielle de leur vocation. L'orgueil saura cela plus tard, quand les autres mystères de la Rédemption P^ de la Solidarité humaine lui seront expliqués. Mais, Pi^tendre que l'histoire d'un grand homme ou d'un ^int peut être écrite sans que le cœur de l'historien ^ ®n soit mêlé, c'est ajouter l'enfantillage d'une sotte crédulité à la plus révoltante des présomptions.
Lorsque le Comte Roselly de Lorgnes a commencé ^'écrire son Christophe Colomb, il avait déjà l'intuition empiète de ce grand homme et de ce grand saint, lî ^vait où prendre le type de cette destinée exception-
238 i.K rêvi^:l.\tel'ii du g^jouk
nelle et toute son âme vibrait à ces clartés surnataicV les, comme un être ailé qui s'élève en JEréaiissant dans un rayon de lumière et d'or. Il savait la seule cbose que les hommes puissent bien savoir, c'est-à-dire ce que Keu leur dit de sa bouche au fond du cœur. Antérieurement à toute recherche d'érudition, il avait la préconceptioii assurée de ce qu'il allait découvrir. S'il ne l'avait pa^ eue, 11 n'aurait pu rien découvrir et n'aurait pas mëm cherché. C'est l'identité d'inspiration avec son héros c'est un autre écho de la même pensée divine retentis sanl h quatre siècles de distance dans un autre cœur En vertu d'une de ces lois d'affinité mystérieuse p lesquelles nous sommes forcés de tout expliquer, Christophe Colomb appelait cet historien et non pas un aut et il l'appelait de cetUj façon. Dans l'ardeur de sa p mière jeunesse d'écrivaîn,le Comte Roselly de Lorgnes
it
livré à d'autres travaux, dut entrevoir des yeux d e
l'âme, comme un point fixe au centre d'une époqu e
du monde, la gloire de l'homme qu'il était appelé glorifier. Cette vision devint peu à peu plus précisa grandit dans son cœur, monta dans sa pensées et l'e vahit tout entier. L'ordre du Souverain Pontife fut 1 dernier trait de la Grâce pour l'achèvement de sa dest née. A ce moment, l'historien s'en alla où était so amour et il chercha des matériaux pour lui conslruir un tab(^rnacle. Que la critique s'informe avec la de nièrc exactitude de la valeur précise de ces matériau si telle est sa fantaisie. Pour moi, je n'ai nul besoin i m'en mettre en peine. Unie suffit de savoir ceci : q le vérital)le (lulonih esl //<''t rss//irr/jtr/f/ celui-là et qin.^ ^'^ ne peut \yd< im iuiaj^^iiier un autre (jui ne soit inipos?^ ^' ble, iiiCMii\en;jl)|e el ridicule: (ju'il explique >eul. <1hi '^ ~
OBSTACLES A l'INTRODUCTION DE LA CAL SK 21^9
Je sens métaphysique le plus élevé, le tourbillon de créa- Cures humaines au centre duquel il nous est montré ; éju'il vit et palpite sous nos yeux^ dans notre main, dans :^os cœurs, comme jamais peut-être aucune physionoj3ûe de l'histoire n'avait palpité et qu'enûn son histoxnen nous fait partager Tamour qu'il a pour lui et enfonce cet amour dans nos Simes jusqu'à nous faire éclater en pleurs. N'y eût-il que cela^ ce serait un peu mieux, ou en conviendra, que tout ce que peut produire en nous la vile populace des libres historiens et des Sanguineti de cet univers^ livré, dit le Sage, à la contradiction des imbéciles qui sont san^ nombre.
J'ai parlé plus haut (Yim graïul esprit qui n'avait pu s'empêcher de tomber dans rexlrome misère de la mé- ^îcDcrité humaine pour avoir, une seule fois, rencontré ^^ colossale figure de Christophe Colomb. C'est Lamar- ^*^*>e, âme poétique, s'il en fût, mais, combien fragile, ^^^Igrésa grandeur! Il fallait le dix-neuvième sièc?e Poiir faire naître ce poète exceptionnel, semblable à un Vç; démesuré sorti de Tinfâme fumier du dix-huitième. *-^ France, abrutie de philosophisme et soûle de sang, *^^ agitait en dormant dans les ténèbres palpables du '^oyen âge révolutionnaire. Lorsque ce chanteur à la Voix d'cther commença, il se fit un silence sans pareil. Toutes les voix se turent et les fauves eurent l'air de rentrer dans leurs antres. On crut à la résurrection du spiritualisme chrétien. C'en était le dernier soupir, hélas 1 le dernier soupir d'un spiritualisme qui avait mal vécu depuis longtemps, qui s'était étrangement obscurci et dont la mort était pleine do crainte et d'amertume. C'était le spiritualisme du docteur Jean-Jac-
IG
ques, avec le sophisme en moins, il est vrai, et le lyrisme en plus, mais aveugle-no comme lui, sourd i rÉglisc oi, comme lui^ trempant dans la cigQe bénigne àndivjn Socrate, la terrifiante et mystérieuse éponge do Golgotha.
L'étonnante cécité religieuse de Tauteur de Jocflyit fait penser à celle de ces sublimes oiseaux qui chantent dit-on, jusqu'à en mourir, quand on leur a crevé te yeux. Lamartine ne paraît pas avoir jamais vu la clarté du jour, mais il chantait dans une sorte de pénonibrp lactée qui ne lui en donnait Tillusion que pour exaspérer son désir. C'est par là qu'il est devenu le père de la grande mélancolie religieuse de cette époque du monde, mélancolie troublée et impure qu'il ne fut donné qua lui seul, à cause do son àme extraordinaire, de faw monter jusqu'au sublime. Ses vers semblent tomk-f sur nous des montagnes du ciel, comme un déluged'or Sapoésio a les si\ ailes des Séraphins d'Isaïe, deuxpor voiler la face du Saint des saints, deux pour voiler :e« pieds et les deux autres pour voler. Poésie d'une si fl^ granle beauté que la plus forte littérature s'évanouii'^ la regardant et d'une si délicate essence qu'elle se Toiatilise au contact des commentateurs ! Notre siècle ^ manants révoltés <i pourtant vu cela, les anges sent* vent pourquoi ! Nous autres, les Croupissants, wvt^y le savons guère. Aussi, quelle joie, quel délire, quau^ ce pauvre aigle à tt'^Le blanche, cessant de planer, descendit en tournoyant vers le bourbier politique et y laissa tomber l'extrémité de ses immenses ailes î Cornai l'ignoble cœur démocratique se sentit alors vengé f quels applaudissements n'entendit-on pas dans ce t^ terre crapuleux de trente-six millions de rois !
Lamartine écrivit une histoire de Christophe Colomb dans ces derniers jours cruels où les triomphes inouis de sa jeunesse durent être expiés dans les saintes angoisses de rindigence. Cet homme, au devant de qui les cieux semblaient s*abaisser, et pour qui ce monde lassé et agonisant avait épuisé ses dernières facultés d*admiration, connut enfin Thorrible nécessité d'écrire et fut, après la gloire, le sénile débutant de la misère. Des livres trop nombreux naquirent ainsi, déplorables fruits sans saveur d'un arbre frappé de la foudre et plus qu'aux trois quarts desséché, au-dessus desquels son grand nom qui leur valut un semblant d'existence, produit l'elTet d'une flamme vive sur une vile matière se consumant au ras du sol.
On pouvait espérer, cependant, que Christophe Colomb ranimerait son inspiration. Gq fut précisément le contraire qui arriva. Le moyen âge pensait que l'efligie de saint Christophe avait une secrète vertu pour réconforter les âmes et pour écarter tout prochain danger. Le poète de la Mort de Socrate, qui n'aurait certes pas cru & cette vertu miraculeuse du simulacre prophétique bien loin de recevoir de la réalité pleinement visible une illumination salutaire, y perdit, à ce qu'il semble, les dernières lueurs de son mourant génie et s'en alla crouler dans les bas lieux de la vulgarité.
' Sans doute, il était déjà tombé, ce Lucifer innocent de la poésie et aucim prophète ne se demandait c comment il avait pu tomber >. On le savait trop. Il était tombé p'our avoir rru à r immaculée conceptvr\ du genre humain et Tabîme de Rousseau avait appelé son abtme. Il était tombé tristement, lamentablement, du côté du bavardage socialiste et patriotique, avec Tespé-
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rance dn sauver le genre humain... Mais, enfin, le poète avait subsisté et on ne pouvait pas conjectnrer qu'une histoire capable d'enflammer Jes plus frigide? imaginations serait l'occasion d'une nouvelle chute plus irrémédiable, où le poète lui-même ferait naufrage
Il est parlé de Dieu dans cette histoire : Colomb v est même nommé une ibis « le grand Messager delà Providonce ; » mais ce n'est pas le Dieu de Colomb et ce n ftit pas non plus sa providence. C est le Dieu do Lamartine, une sorte de Dieu froid et inaccessible — comme le Diea de tous les déistes, — et un hasard heureux ou funeste est toutela providence de ce fantôme. Le chantre quasi angéliquedes/^/z-rnow/Vs- neput jamais rien comprente SLiwexhv/vfiffmicps diyinesde \a Folie de In Croir.^Xi^ belle était pieuse Mtm superstition^ » dit-îl, croyant la louer. Hélas I le sens de cette restriction est bien connu. C'est la dévotion Innyiaine et traitahle dont il est pari? dans TartufCy c'est-à-dire, un heureux tempérament «i? piété qui nous préserve également du fanatisme et de? inconvénients variés d'une indifférence notoire. C'est la piété la plus facile du monde et à la portée de tous Ic^ cœurs. Voilà tout à l'heure une\1ngtainede siècles qu'"n se déchire et qu'on se massacre pour ce prédomina'» intérêt (1rs unies qui sappelle la Foi. La piété .«'W* superstition implique évidemment qu'on pouvait s'arran^^er. 11 suffisait d'avoir une dévotion traitablr « d'accorder du premier coup aux novateurs ce qu'il? i^ mandaient. Quelle pitié ! On conçoit très bien quel* bourgeoise multitude des admirateurs de Molière i^^ vautre avec délices dans cette ordure de Tesprii nioderiie. Mais, que Lamartine soit descendu jusqw?
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là, c'est à faire sangloter les neuf chœurs des An-
Dans ce malheureux récit, dont il est bien impossible de rendre compte, la cœur est submergé de tristesse au spectacle de ce grand homme livré à une besogne de copiste et, d'un geste famélique, raturant la sainte vérité par Tinsertion d'une imbécile calomnie qu'il eût été pourtant si facile de démasquer ! Lamartine affirme en deux endroits l'irrégularité de mœurs du héros et la b&tardise de son second iils. Il afllrme cela avec autorité, comme si toute la lumière de l'histoire était dans sa main, prostituant ainsi le nom du plus noble poète des temps modernes à la plus odieuse des impostures. Enfin, la mission surnaturelle de Christophe Colomb est, non pas mé<î, mais totalement inaperçue de celui de ses historiens qui devait, à ce qu'il semble, la mieux voir. Malgré le mot de Messager de la Providence qui n'est là qu'une formule littéraire sans aucun écho dans la pensée, il prononce ce jugement incroyable : c L'attrait du faux le menait à la vérité. » Ne semble-t-il pas que de telles paroles sortent du sein des ténèbres lamentables où ce grand esprit se laissa tomber avant de mourir et que pourrait-on imaginer de plus mortel h sa gloire que de les rappeler, si l'immense humiliation d'une telle chute laissait encore quelque inquiétude h la basse envie de ses contempteurs ?
N'importe. Son livre subsiste avec le prestige de son nom ot c'est là, sans doute, le dernier outrage qui manquât, jusqu'à ce siècle, au grand Calomnié de l'histoire. Il fallait au moins une voix séraphique dans le ténébreux concert. L'extraordinaire pureté d'âme de Lamartine ennoblit l'erreur qu'il a épousée et donne
rautheiitîcilé historique au mensonge même. Qu'on fe rappelle le mot magnifique de Chateaubriand, pariant d'un autre flambeau humain dont le mauvais soufDf d'en bas avait aussi courbé et humilié la flamme: « Le^ grands génies doivent peser leurs paroles ; elles restent, et c'est une beauté irréparable. >
Et maintenant, voici trois mille marches. Nous allons descendre comme on n'est peut-être jamais descendu. Nous allons descendre de Lamartine à M.Armand de Pontmartin et à la presse catholique française. Le inonde s'étonnera peut-être d'apprendre . que cette presse a été et continue d'être un des plus fermes obstacles à la Béatification de Christophe Colomb, malgré la volonté de Pie IX et l'intérêt évident de TÉglise. II est vrai que cet obstacle est purement négatif, mais c'est justement par là qu'il est formidable. Les journaux catholiques français ne déclarent pas lu guerre à Christophe Colomb à la manière de l'abbé Sanguineti. Ils se taisent simplement, — d'une manière absolue. Ils n'ont janiah parlé du projet avant le concile du Vatican et ils n'en oui jamais parlé depuis. Les diverses publications du Comte Roselly de Lorgnes, intéressantes, pour le moins, au point de vue des lettres chrétiennes et à cause du nom célèbre de leur auteur, furent immédiatement ensevelies dans la plus obscure et la plus silencieuse des oubliettes de la malveillance. Ni le VŒU bien connu de Pie IX, seul véritable promoteur, ni
rri'innanif! nu:iuiui\U- de* >*\«^quc>. ni le mouvement iinivi'r.xi'l lUi lopinion. rien ne fut capable de déchaîner In rvi\Hi*\^'w*uu'ïi\. flans ces fler< organes d'information. l/liivr/ii^finlilahU; raison de ce mutisme est connue il un pi'llt noiiilin* (;t sera peut-être dite quelque jonr« poiii ipin la justice soit enfln rendue aux vivants aus^sA lilnn «lUinix incirts.
Kn altiMiiliuil. ('('llpcoupahle France — que le ch^M^'
iioino SaiiKiiinrti n'absoudra jamais d'avoir donné i .^i^^
lilMiu'iiMuM',hrislui)ho Colomb, — est encore, je sit— ^ ' mhainl ilo r.ivouiT. passablement ignorante de tout — ^^^ u''« rhosfs pour losqurllos on se passionne en Italie '^^^ luïH Ioh .miHv> pa>s «II* race latine (1).
V\\ \i\\\nu\\\\\ la pn^ssi» religieuse du Nord des État-*" -*^^' \ ni'.. jus»|u à ioxIriMuilo sud du Chili a, d'un comma -^"° u u\.p»»M. .UiMiiMlli Ihistoin» do Christophe. Colomb m ^^ ..*i»vvilo »»i»i\ îi;Nt,»rion l.«^ plus grand journal catholique -^^^ (U\ \ 'iv\/,i'.; \\*-.v:.".oî\t. •• Pr^p'njtitvur. a publié souscî^::^ ^^
i .■: Iv'^'fh/ fit* Lon/tws, union ^ '?
.\ i .- . •. ,>-..;n.-o ^Vlo^e jusqu'au lyrisme.
l , . t \ ': -'N . .\\,.* V ••'.'' 7*fr/v. trempée ju><ï=^ -' \ ,', . ; • .' /,'v.:^ •;■.•. v.v.es liu sang des victime -^^-^^ ■' < .' . > ,. '^ , ,.^;7. ■. . : : M':'.:i plus fortenieii ^ ^^^
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OBSTACIJ-:S A l'iNTHOULCTION DK \Jk CAi;SE 240
porta la Croix sur ce vaste territoire où Timpitoyable Ennemi des enfants de Dieu régnait auparavant sans partage.
A l'exception du groupe des catholiquesenthousiastes, éclairci de jour en jour par la contagion de Tindifférence, on ne remarque pas chez nous une bien vive «sollicitude pour la gloire du Messager de l'Évangile. r*3ous avons le bonheur de posséder un journalisme pul-
I lalant et ubiquitairc qui nous renseigne avec la derrière exactitude sur la bagatelle passionnante de la politique ou de la cour d'assises et qui nous laisse complètement ignorer les événements les plus considérables. Les livres du Comte Roselly de Lorgnes qui ont ie suppose^ une plus vaste portée que le moins sot discours parlementaire, ont été soigneusement étouffés par toutes les mains criminelles ou lâches de la publicité, '■ai signalé précédemment une seule exception et je ne vois pas, en vérité, le moyen d'en signaler une seconde.
II y a une manière de tuer un livre encore plus habile peut-être que le silence absolu. C'est de le mentionner ^û passant, au milieu d'une marée d'autres livres. Le lecteur, généralement superficiel, et d'ailleurs, accablé, ^© le distingue pas des autres flots littéraires et, par la s^ite, se dispense, d'autant plus volontiers de le lire ?U'U le connaît déjà par le titre dont il enrichit sa mé- ^^^ùre, au milieu d'une foule de titres, et qu'il peut ^îïisi se croire édifié sur les productions variées de Tesï^ï*it humain. L'inventeur ou, du moins, le virtuose le I^lvis encouragé de cette sorte d'habileté, paraît être ' ^ïDportant journaliste que voici :
M.Armand, comte de Pontmartin, aréopagite vanté du l^oii goût et des bonnes mœurs littéraires, après avoir,
ayg^iJi-Tcm ac
•ians 5ijQ i^riiiiiéKôG. pArir trnn lirre quelcoaque. arriveà fhrùiioph'' f'tfomt, et î>iprime ainsi : « Le livre de cel eTcellent Oom j> Ro-^lly de Lijrzoes est un des livres l®3 pin* 'VRôTE-^iî^Ts qui me s«jient jamais tombés sous ^* main. C^^i ave^r 4e lelie^ publications qu'on accrédi^ chez nous 1 înrtiïïrjrer.ce en matière de littérature (1) - »
M. Armand de Pontmartin passe pour un critique ^^ s?ranâe autorité. L extrême médi<xrité de ce temps Va ainsi voulu. Ce qull é«:rit a un»- prise étonnante sur C5^i' tains esprit- tempérés et précieux qui se défient d^ 1* maimificf'nce et qui redoutent l'originalité. Le so'«J^ entendu de sa manière in>inuante et correcte fait la j ^® d'une fouie df gens aimables ou vertueux, mais dont ïî' déal esthétique ne crève pas la voûte du ciel. En t^i-ût que journaliste, il donne à peu près le niveau intell^^' tuel de ce qu'on est convenu d'appeler la bonne co^^^' pagni^'. 11 peut rlonr être siprnalé comme un tj-pe^^^' quis d<i cette médiocrité reiiseifrnante »»t prétentieu==^^* qui mène aujourd'hui l'opinion d'une partie élevée de ^^ société en sens inverse de tout»* grandeur. M. Armand ^^^ Poiïtmartin a un mot qui le caractérise, c'est le nx*'^^ pxfif/ératifm. Dans une page éloquente et vivante qU*^ Tautenr des Samedis trouverait excessive, M. Ern(*==*^ licîllo, parlant dr la médiocrité, démontre que Tusaf?"^ hahilurl ilc ce mot est un signe infaillible pour reco"»^^" luiUrcî riionmie médiocre. Il parait que c'est quelq»-^^ chose conjiiio le bihavuni d(» victoinî de ceux dont il ^^^ écrit dans Ic^ saint Livre que leur nombre est « infini '^'
Aussilnt (ju'un écrivain (juelconque savîsc d'élreco '■-i' raK<*ï'\, <n'iKi'»«il <>ii simplement ('///////^', un critique =^*-*
l. Gazclie de France^ Ti janv. 1S7'>.
OBSTACLES A L'iXTRODUCTiœi DE LA CAlSf Kl
dresse pour le railler ou le morigéner et ce crUique.cesl M. de Pontinartîn.
Jlmagine qu on me saura quelque gré de reproduire ici une page brillante de ce formidable Crétioeau-Joly. l'audacieuT et impavide tenant de l'Église et de la royauté. L'historien de la Vendée mil'Uaire et le panégyriste de la Compagnie de Jésus, eut à se plaindre, comme tant d'autres, de M, de Pontmarlin et voici le portrait terrible qu'il en fit dans le livre intitulé : Bonaparte y le Concordat de iSOI et le Cardinal Consalvi (1 ».
Je cite sans commentaires:
« M. Armand^ comte de Pontmartin, est un gentilhomme qui daigne écrire, comme ce bon M. Jourdain, de Molière, daignait vendre du drap à ses amis et connaissances. Il est né, celui-là, ou du moins, il s'en targue. Je ne sais pas s'il remonte aux Croisades, mais à coup sûr, son zèleet sa foi neVy auraient jamais poussé.
« Si vous découvriez sur Tasphalte du boulevard un long roseau qui marche, emmaillotté dans des vêtements d'homme, si vous entendez son aigrelet soprano piailler entre des ossements collés Tun après l'autre, ae détournez pas la tôte. Autrement, vous verriez toutes tes fenunes sourire de pitié ou rougir avec de petits bris de pudeur effarouchée comme si, de loin, elles apercevaient le grand eunuque noir. Ce gentilhomme fait dans la littérature industrielle et le roman provençal, le roman qui sent beaucoup l'ail et peu Thuile. Il commerce de tout et ne gagne sur rien ; puis chaque soir, il va déposer sa copie au mur des journaux h Images. Il passe du blanc au bleu, du bleu au rouge,