‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 50 sur 85 · TMtamento y codicilo del Almivante 2). Cristobal Colon · texte numérisé non relu

TMtamento y codicilo del Almivante 2). Cristobal Colon

COLECC. DIPLOM., n» CL VIII.

348 LE RéVÉIJVTEUR DU GlJOBE

ces miracles dissémina promptement dans l'ancien et dans le nouveau monde le renom de la \tiaie Croix.

« Notre histoire de Christophe Colomb contient à ce su jet des détails si précis, rapporte des témoignages si accrédités, que nous nous bornerons à certifier ici qu'aucun fait de l'époque présente n'est mieux prouvé ni plus solidement établi que Texistence et Tefilcacité de cette Croix miraculeuse .

« Elle a été Vo'bjet d'une dévotion ardente. On venait en foule l'implorer, comme on va aujourd'hui aux sanctuaires de Lourdes et de la Salette. Il a fallu que ses miracles fussent bien avérés et bien nombreux pour que la voix du peuple lui ait donné le nom de la vraie Croix. A cause de la multitude de guérisons qu'elle opérait, cette Croix faillit disparaître par l'excès de la vénération qu'eue inspirait aux fidèles. Chacun voulait en posséder une parcelle. On en dérobait des fragments, qui étaient mis dans des reliquaires. On en enlevait des morceaux assez considérables ; et, circonstance attestée par les historiens, ces pieux larcins ne diminuaient point son volume, car le vide se remplissait aussitôt.

« Les Indigènes idolâtres, étonnés du prodige, croyant que la présence seule de cette Croix faisait la force des étran gers et assurait leur domination, essayèrent delà détruire. Pendant la nuit, ayant d'abord creusé très bas autour du pied de la Croix, ils s'efforcèrent de la renverser. Plusieurs centain'^s de bras la tiraient avec des cordes de liane. Malgré leur nombre, ils ne lui purent imprimer le moindre mouvement. Alors, usant d'un autre moven, ils tentèrent d'y mettre le feu. Ils amoncelèrent tout autour d'énormes quantités de broussailles sèches. Les flammés s'élevèrcMit très haut, enveloppèrent la Croix ; mais quand la fumée fut dissipée et le feu consumé, les Indiens virent la Croix exempte d'atteinte. Seulement, vers le pied, se t

trouvait une marque noire comme si Ton eût trop approché une chandelle. Quand ils voulurent recommencer, ils aperçurent, dirent-ils, « une Dame d'un port ei d'un regard pleins de majesté, assise sur un des bras de la Croix, <lQi rendait tous leurs efforts inutiles (1) ». Dès lors saisis d'effroi et de respect, ils ne passaient plus devant la Croix sans s incliner humblement (2).

« La célébrité de cette Croix était alors si grande, qu'aux Antilles et dans le nouveau continent son nom fut donné à deux \illes. Au Mexique, Fernando Cortez fit construire la Vera-Crui, tandis qu'à Hispaniola, où le souvenir de laConceptioft était inséparable de la vraie Croix se fonda, près du lac de Xaragua, la ville de Sainte-Marit? de la Vraie Croix (3).

« Cependant la ferveur des chrétiens continuait d'enlever <^^s morceaux de ce bois vénéré, sans qu'il diminuât jamais îtiand, à la suite de quelque horrible profanation, les mincies cessèrent tout à coup. Le bois enlevé no se remplit plus. Quoique cessant de se manifester au dehors par des ^érisons quotidiennes , la vertu miraculeuse de cette ^^ix demeurait en elle, in visiblement. Plus, tard de terribles circonstances vinrent le prouver. Et comme l'affluence *^es pèlerins était toujours la môme, que l'on continuait de ^^ustraire des fragments de la Croix , à ce point que ^^s deux bras avaient presque disparu, tant ils étaient ré-

1- Le P. CuARLEVOix Ilisloire de Saint-Domingue, liv. IV, p. 479.

2. OviEDO Y Valdez : « ... La miravan coii acatamiento y respecte ^ «e humillavan a ella de ay adelaute. » — Coronioa de las ^^^ia;t, lib. III, cap. v.

p- Dans la suite, cette ville étaut,par sa proximité du port, le pre- ^^®r point de la province où Ton dirigeait les marchandises, fut peu

peu appelée de préférence « Sainte-Marie du Port », Sancta Mon **«* del Puerto. Plus tard les Français, étrangers à la cause de son P^'emiep nom, l'ont appelée Léogane. — Adrien de^ Salles, His- ^^^^^ générale des Antilles, t. I, p. 278.

350 us RÉVÉLATEUR DU GLOBE

duits, rÉvêque de la Conception^ poiv arrêter ces mutilations qui la menaçaient maintenant d'une destruction prochaine, vint processionnelle ment avec son clergé TenleTer, et la fit placer dans une chapelle de sa cathédrale. Ce qm restait de LA VRAIE CRt)ix, et qu'on peut évaluer àuntJers de sa hauteur, fut enfermé dans une châsse de cuivre doré, munie de trois serrures.

« L'immense notoriété des miracles passés attirait ton- , jours une foule nombreuse autour de la vraieCroul. L'empereur Charles-Quint prenait un vif intérêt aux récits feits sur ce bois miraculeux. 11 sut que certains ecclésiastiques, préposés à sa garde, détournaient à leur profit une partie des offrandes que lui destinaient les pèlerins et les malades. Il lit enjoindre au trésorier de TÉvêque d'employer désormais ces fonds conformément à l'intention des donateurs. Dans l'année 1525, lui-même, en témoignage de Ténération à la très sainte Croix, la santissima Cruz, Youlut contribuer pour une somme de quatre-vingt mille maravédis à l'ornement de sa chapelle,

« Frappé du retentissement de ces miracles, et voyant s'établir un commencement de culte, l'Empereur supplia le Saint-Père de vouloir bien accorder des indulgences aux pèlerins qui viendraient honorer cette Croix etfersdent quelque offrande à son intention.

« Pendant les trente-neuf ans qui suivirent, le concours des fidèles près de la vraie Croix ne diminua point. Mais dans le cours de l'année 1564, im affreux tremblement de terre épouvanta l'île de Saint-Domingue, bouleversa le district de la Voga et détruisit de fond en comble la cité de la Conception. Le sol se couvrit de ruines. La campagne désolée fut abandonnée de ses habitants. Le château de la Conception, la solide forteresse elle-même, gisaient méconnaissables- en blocs épars. De cette jeune ville il ne resta debout, au milieu des décombres, que deux parties d'édi-

fiées, où se gardaient deux fragments considérables de la VRAIE Croix.

« Cette calamité ne servit qu*à mieux démontrer la puissance du bois miraculeux qu'avait planté Colomb. Ce qui a été conservé de ce bois va conserver le lieu qui Tabrite et tous ceux que leur respect ou leur dévption ont muni de ses parcelles. A travers ces formidables convulsions de la nature, la Croix, image de celui qui a vaincu le monde, triomphe de la violence des airs et des secousses de la terre. Elle garde à son tour ceux qui la gardaient. Le bouleversement, la ruine, la désolation se déchaînant, peuvent frapper les biens, les propriétés des adorateurs de la Croix, mais il semble défendu de toucher à leur vie comme il le fût au démon d*attenter à celle de Job. Le fait de cette merveilleuse exemption est authentique ment certifié par l'unanimité des historiographes.

Durant l'écroulement total des maisons, et l'écrasement de leurs malheureux habitants, aucun de ceux qui avalent sur eux ou chez eux quelques fragments de la ^tiaie Croix ne reçut la moindre atteinte. Les Franciscains, ces fidèles unis de Colomb, possédaient une partie considérable de la ^Haie Croix. Le moment du désastre les surprit réunis au ^hcBur pour l'office. Précipités sur le sol, presque ensevelis *ous les décombres d'ime partie de la voûte, à demi étouffés ®t meurtris, ils se relevèrent pourtant sans blessures (1). Chose étrange! Après la cessation du fléau, la seule construction qui fût encore -debout, était leur couvent. On en ^oît même aujourd'hui les restes. La cathédrale bâtie en Merres de taUles s'était entièrement effondrée sous la violence des secousses." Une seule chapelle avait résisté au

^. « Los que tenian esta santa reliquia no se descalabraron ni mo- ^*eron como entre otros fueron los frayles franciscos cuyô monas- **Ho se cayô. » — Herrera, Decada 1, lib. X, cap. xn.

terrible phénomène; c'était celle où Ton avait conservé u VRAIE Croix (1).

« L'immunité singulière accordée pendant cette épouvan table destruction à ceux qui honoraient la vraie Croix, ac crut Tadmiration et la ferveur qu'inspiraient déjà ses miracles. Ces faits extraordinaires furent communiqués officiellement au gouvernement espagnol.

« Héritier de la vénération que son père montrait pour ce saint bois, le roi Philippe II ordonna de le transporter kses frais (2) dans la cathédrale de Saint-Domingue. Ce fut une mémorable mais difflcultueuse procession de vingt-deui lieues par des chemins souvent peu praticables. La traik C roix, remise à l'Évêque, eût alors une châsse en argent massif, ornée d'un beau travail en filigrane, et fermée par trois serrures dont le doyen du chapitre métropolitain, le plus ancien chanoine et le plus ancien prébendier reçurent chacun une clef. Cette précaution contre la négligence ou la faiblesse dit assez quel prix mettait le roi catholique à la conservation d'une relique si renommée. Peu d'années avant la Révolution française, un historien de Saint-pouiinguc a pu la voir encore.

« La célébrité de la vraie Croix de la Conception survécut aux ruines de cette cité. La dévastation et l'abandon de la Véga ne purent décourager le zèle des pèlerins et les empêcher de venir s'agenouiller pieusement au lieu qui le premier fut témoin de tant de miracles. La haute éminence sur laquelle Colomb avait élevé la Croix s'appela la Sactte- CoLLiNE, Sanio Ccnv, Elle porte encore aujourd'hui cette désignation. Le concours des fidèles, quoique bien réduit

1. « Se cayô, y la yglésia coUe^^ial que eni muy grande s fuerte de canteria, balvo la parte adonde estava la Cruz. » — Herrera, loc cit.

2. MoREAU DE Saint-Mkry, Description de la partie espagnole àe Saint-Domingue, t. I, p. 132.

par le dépeuplement de la contrée^ continua néanmoins d*être assez considérable pour occasionner rétablissement d'un bel ermitage près de cet emplacement.

« Toutes les fois qu'il s'agit de miracles, on ne saurait trop se mettre en garde contre la crédulité vulgaire, et s'assurer du discernement des témoins autant que de la sincérité des témoignages. Aussi ferons-nous d'abord remarquer avec quelle unanimité les bistoriographes des Indes, les chroniqueurs officiels, les écrivains indépendants, séculiers ou ecclésiastiques, rapportent ces faits notoirement connus de leurs contemporains, et qu'ils avaient pu d'ailleurs contrôler eux-mêmes. Ils sont les premiers convaincus de la réalité de ces miracles. Leur respect se révèle dans leurs expressions. Rarement ils appellent cette Croix tbaumaturge simplement : la Croix. Ordinairement ils la nomment : la Trés-Sainte-Croix de la Conception, — le Saint Bois de la Conception, — la Sainte vraie Croix de la ville de la Conception de la Véga, — la Très-Sainte-Enseigne. — Ils la qualifient ouvertement do* Sainte Relique.

« L'accord des historiens est unanime sur le lieu, la date. l'auteur et le motif de cette érection de Croix. Tous reconnaissent que la Sainte vraie Croix de la Conception fut , dédiée par Christophe Colomb, lors de son second voyage. n y a mieux : l'Archichronographc impérial des Indes connaissait personnellement l'officier qui avait commandé le piquet de charpentiers et matelots chargés d'abattre l'arbre dont fût formée la Croix. Cet officier, Alonzo de Valencia

oo

354 LE UKVÊLATEUn DU GLOBE

habitait encore Saint-Domingue au moment où Oviedoy Valdez rédigeait son Histoire naturelle des Indes. En sa qualité de voyageur et de naturaliste, rArchichronographe impérial signale ua prodige particulier, moins éclatant que les guérisons, mais tout aussi remarquable : c'est la longue conservation de ce bois, exposé en plein air, sans être protégé d'aucun enduit, et qui, dans ce pays, où les alternatives de chaleur et d'hmnidité putréfient si promptement tout bois mort, avait résisté aux vicissitudes de Fatmosphère, n'était ni déjeté, ni pourri, ni tombé, malgré les pluies torrentielles, les bourrasques, les ouragans qui, dans le cours des années, avaient brisé ou déraciné tous les arbres d'alentour (1).

« L'Archichronographe rappelle les vaines tentatives des indigènes pour détruire la Croix, et leur vénération mêlée de crainte, quand ils eurent expérimenté par eux-mêmes sa puissance miraculeuse. Le manuscrit d'Oviedo y Valdez est soumis à l'examen du Suprême Conseil des Indes, composé principalement des ennemis de Colomb, dont les familles s'enrichissaient au détriment de sa postérité. Ces faits sont publiés avec l'autorisation de ces hauts fonctionnaires. Le livre est dédié à un prince de TÉglisè : 5 Don Garcia Jofre de Loaysa, évoque de Siguenza, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Suzanne, confesseur de la Gésarée majesté, président du Conseil royal de l'empire occidental des Indes,- îles et terre ferme de la mer Océane . » Les miracles que rapports l'auteur ont donc reçu doublement, par cette approbation et cette dédicace, un certificat d'authenticité officielle.

1. « Y es taDta la devocioa que los cristianos en ella tienenque furtan muchos pedaços y astillas délia, assi por llevar à Espaîia como â otra? partes, y es tenida en mucho veneracion, assi.porsus iniraglos como porque en tanto tiempo como stuvo descubierta, jamas se pudrio ni cayo por ninguna tormenta de agua ni riento : ni jamas la pudieron mover... * — Oviedo y Valdez, laHistoria gènerai y natural de las Indias, lib. III, cap. v.

« Postérieurement, l'historiographe royal de Castille,

Antonio de Herrcra, parle de ces miracles d'une manière

plus étendue. Il a eu le temps de recueillir des faits plus

nombreux. Quoique Herrera fût bien jeune à l'époque du

tremblement de terre qui détruisit la Conception de la Vega,

il avait pu connaître des témoins des miracles de la vraie

Choix, et acquérir les preuves de la dévotion qu'elle inspi-

'^iit encore. Pendant qu'il écrivait, la vraie Croix, déposée

<Ian8 la cathédrale de Saint-Domingue, Jouissait d'une celé-

t>rité populaire. Après en avoir parlé dans sa « Description

des lies et terre ferme de la mer Océane », écrite par ordre

<)u Suprême Conseil des Indes et sous ses yeux, il en parle

&vec détails dans son grand ouvrage divisé en Décades. Il

ï^ppelle que le bois de la vraie Croix était un souverain

l'omède pour guérir les fièvres ; qu'on le donnait en infusion

et en poudre aux infirmes, et qu'on avait vu par sa vertu

Sxiérir des malades sans espoir, abandonnés des méde-

«îiiis (1).

« Telle fût la notoriété des miracles de la vraie Croix de ^^ Conception qu'ils prirent rang parmi les grâces que la '^ït>vldence accordait à la nation espagnole, et eurent leur I^lace au frontispice de Y Histoire générale des faits des Castil- ^^^ns dans les Indes, publiée sous les auspices du roi Phi- *^J>pe ni. Ainsi semblait justifiée la devise que venait dlnau- )r une des plus importantes cités espagnoles du nou-

continent : Non fecit taliter omni nationi.

C'est aussi à la miraculeuse fécondité de la vraie »ix que fait poétiquement allusion Lopez de Vega dans * i^age de ce simple bois planté par Colomb, et qui, preracine, porte des fleurs et des fruits.

Peu d'années avant la cession de Saint-Domingue à la

^« H«RR«ttA « Y para caienturas es cosa muy aprovada dandola '▼•r en poWos à los enfermos, porque se ha visto sauar hombres

^^^noiaaos de os medicos. » — Decada l, lib. X, cap. xii.

France, la cathédrale possédait encore cette précieuse relique de LA VRAIE Croix. Nous savons positivement qu'en 1785, on l'y conservait dans sa châsse d'argent massif, fermée à trois clefs, sous la garde du chapitre métropolitain dont était alors doyen « Don José Nuîlez de Caserez, docteur en la sacrée théologie de la pontiilcale et royale Université de saint Thomas d'Aquin (1) ».

« Qu'est devenue cette relique pendant les bouleversements et les révolutions qui, depuis lors, ont ensanglanté Haïti ? 11 ne nous est point possible de répondre aujourd'hui même d'une façon satisfaisante à cette question. L'Archevêque de Port-au-Prince, arrivé à Rome pour le Concile œcuménique, avec l'intention d'y parler de Christophe Colomb, devait ordonner des recherches relativement à la vraie Croix. La fin si prématurée de Mgr du Cosquer, survenue avant l'ouverture de la session, nous a privé de sod bienveillant concours. Néanmoins, nous espérons être bientôt en mesure de renseigner sur ce point la sacrée Congrégation des Rites.

« Quoi qu'il en soit, dès maintenant nous possédons la preuve que, malgré les dissensions politiques et les révolutions qui se sont succédé à Haïti, le culte, de la vraie Croix de la Conception s'est perpétué près du lieu où il prit naissance.

« Dans les premières années du siècle actuel, durant l'expédition française de 1802 à Saint-Domingue, nonobstant la pénurie et les alertes, suite de l'état de guerre, on continuait de se diriger en pèlerinage vers la partie presque inhabitée de l'île, pour aller vénérer la vraie Croix. Ce bois précieux était alors placé dans une châsse au-dessus du maître-autel de l'église de la Vega, où des peintures mtL-

1. MoREAU DE Saint-Méry, Description de la pa^^tie espagno'* de Saint-Domingue, t. I, p. 132.

xrales rappellent encore le miracle des flèches ainsi que l'aparition de Notre-Danie-de-la-Conception sur la Sainte OLUNE, à rhenre où les Indiens s'efforçaient d'abattre la

CiRoix que lui avait dédiée son fidèle serviteur, Christophe

Colomb.

« On ne saurait, dit le commissaire de la République françase,Dorvo Soulastre, se faire une idée delà ferveur des Ixabitants... Ils viennent en grand nombre, do fort loin et à. grands frais, déposer dans cette église de riches présents, en échange desquels ils obtiennent de petites portions de ce bois qui ne s'épuise point, quelque grande qu'en ait été et qiie soit encore la distribution qui s'en fait (1). « L'affluence ^es pèlerins a permis d'élever là un monastère de Franciscains pour le service religieux. Le couvent est attenant ^ l'église. Sa cour forme une belle terrasse d'où l'on découvre la belle plaine de la Véga, à laquelle on a donné par excellence, et sans doute en raison de son étendue, le surnom de l^oyale... Nous remontâmes à cheval... Enfin, au moment ^e rejoindre notre route, nous rencontrâmes une troupe de pèlerins et de pèlerines de tout âge et de toute couleur, qui liaient faire leurs dévotions à l'ermitage (2). »

^ On le voit :

* Au commencement de ce siècle, le culte do la vraie ^Hoxx plantée par Colomb se perpétuait encore parmi les populations d'Hispaniola. Le temps, les bouleversements du sol ^^ <lcs hommes n'avaient pu l'effacer du cœur des habitants.

1* D03.VO-S0DLA8TRE, Voyage par terre de Santo-Domingo, oa- P^^€t.l^ de la partie espagnole de Saint-Domingue, au cap Fran-

^- BoRvo Soulastre, Voyage par terre de Santo-Domingo, ca- "**a.ftf d« la partie espagnole de Saint-Domingue, au cap Fran- ^.^^. p. 73.

358 LE RéVl-^LATEUR DU GLOBE

Et pourtant^ les miracles de la vraie Croix de la Conception sont restés presque ignorés de Thistoire, ainsi que la Sainteté de Colomb Ta été des historiens, jusqu'au règne de Timmortel Pie IX. »

(Extrait de l'Ambassadeur de Dieu ET LE Pape Pie ix, par U Comte Roselly de Lorgues, Paris, Pion, 1874. Seconde partie, chap. ix et il.)

La voie d'exception

< Christophe Colomb se présente non moins exceptionnel dans l'hagiographie que ne le fût son rôle dans l'humanité. De l'étude de son liistoire, naît irrésistiblement la conviction que cet homme doit être un saint. La sainteté semble la condition naturelle de son mandat, ainsi qu'elle est Tinévitable conclusion de sa biographie. La logique lui délivre un certificat de Sainteté, en attendant que TËglise le vise, l'approuve et le sanctionne par sa proclamation solennelle.

« Dieu a mis dans une telle évidence son ser\iteur si longtemps méconnu, que le signe de l'Exception marque sa Cause avant d'avoir marqué sa vie. Par la grandeur de ses travaux apostoliques on ne peut lui comparer aucun saint; et il est comparable à tous par la pratique de leurs vertus. n est de leur parenté, de leur génération, il a leur splendeur immortelle.

« Nul esprit sérieux ne méconnaît l'importance do cette Cause. Qui vient donc l'arrêter au seuil de la Sacrée Congrégation des Rites?

360 t£ nËvËiATEun ov aiaoK ^^^^^M

« L'Impossibilité do sutisfaire aux décrets des PapM ilrhnln VIII et BenoltXIV.

« Mais est-ce que devant la justice ecciésl astique une pure question do formo pourrait l'emporter sur le fond?- ChriBlopUe Colomb n'os(-iI paa l'étemel honneur du CalhoUcismij, son triomphe, sa poésie? La puissance do la Foi se manifesla-t-elle jamais d'une manière plus féconde que par la conquête d'un Monde? Oublie-t-on que son vœu d'étendre le règne du Christ a doublé notre Terre?

• Dans le temps présent, au milieu des malheurs de l'Église, les résultats de la Découverte se font apprécier encore davantage- L'œuvre de Colomb montre plus directamont ses effets au Saiul-Siége. C'est de ce Nouveau Monda qu'arrivent fréquemment des consolations, des hommage» et des offrandes au Souverain Pontife, dépouillé, menacé, et délaissé des gouvernements de l'Europe.

> Comment I pour un simple défàut de forme, le l>gat . de la Providence serait repoussé du Saint-Siège qn'U glorifia si magnifiquement? Et, eu retour d'un dévouement san( exemple à la Papauté, on récompense do la moitié du Globe ■liinnéo h l'Église, inexorablement, l'Église proscrirait de ses diptyques son nom admirable? Cela semble impossible- La Sacrée Congrégation des Rites dlra-t-elle à ce Messager du Salut : — « AIIce! il est trop lard maintenant. Que ne vous présenlicz-vous Irols siècles plus tôt? » — Sous ne pouvons le croire. Cette rigueur ne révolterai pas moins la piétéque la reconnaissance.

* Évidemmenl, une telle Cause ne saurait s'introduire dans la forme habituelle; c'est pourquoi le Postulation sollicite de Sa Sainteté une Exception, parce qu'il s'agit d'un Serviteur de Dieu vraiment exceptionnel. • Cum kic agatur de STvo Dcî plani exlraordinario. *

. En effet :

« Colomb est Exceptionnel, puisque son existence se IiP=

^^ plus grand événement des races humaines. Il est Excep- ^onnel par le caractère de sa prédestination, la sublimité de

^Q Ambassade, la grandeur de son but, et sa personnalité * majestueuse, laquelle avant tout examen, toute information

«nr ses vertus et ses miracles, nous apparaît revêtue des signes de la Sainteté.

« n est exceptionnel à ce point, que Tadmission de sa Cause à la Sacrée Congrégation des Rites, au lieu de le grandir dans l'opinion, comme il arrive d'ordinaire, la rehausse elle-même. Elle s'illustre à son contact. Ne le dissimulons pas ; quelque respectable que soit ce haut tribunal, ses jugements touchent peu les hommes du monde. Ils le laissent fonctionner à sa guise, sans se préoccuper de ses décisions, ^âis cette fois, à rindlfTérence succèdent la déférence et l'éfonnement. Combien n'apparaît-il pas imposant, cet Aréopage Romain, qui cite à comparaître devant lui le plus grand ^68 humains, celui que TÉternel choisit pour instrument de ^^ providence?

« Ce Serviteur de Dieu étant exceptionnel, sa Cause peut- ®He être d'une autre ndture que sa personne? Ne se trouve- ^"^eUe pas Exceptionnelle nécessairement ?

« Regardez :

« C'est la première fois que des laïques ont déféré au jugement de la Papauté un personnage historique oublié pendant des siècles.

« C'est la première fois quel'incrédulité, le matérialisme, ont osé disputer au Saint-Siège le droit d'évoquer une Cause de Béatification, et protester d'avance contre le jugement de Home.

« C'est aussi la première fois que dans un but tout opposé, les ennemis de l'Église ont si bien calomnié un Serviteur de Dieu, que Yavocat du Diable se trouvera supplanté dans son rôle, et n'aura plus aucune accusation nouvelle à fournir.

< Également, c'est la première foi» que des PriiiceB l'Église et des Év&ques des nations les plus éloignées demandent qu'une Exception soit faite dans une Cause do Béa- Uflcalfon.

« L'Exception constituant essentiellement le caractère de cette Cause, l'éminentissime Cardinal Donnet s'est franchement appuyi^ Burson cMraclÈro Eiceptlonnel pour demander une Exception. L'Exception était reconnue indispensable par son illustre collègue S. Ém. Feraand de la Puenle, Arclie-vëque de Burgos, premier Cardinal d'Espagne qui se soit { occupé de Colomb. '

« C'est pareillement sur l'Exception que s'est fondtf le pieux eX docte Mgr Charvaz, ArciievCtpie de Ofiiifs, eu sollicitant de Su SQinleti5 l'introduction do cette grande Cause. Et, porce que l'Exception est Inhérente^ la personnalit>^ de Ciirf stophe Colomb, généralement les Évoques qui ont exprimé le m&me désir au Saint-Siège ont aussi invoqué le m^me moyen- \ C'est,qu'en effet, la voie d'Exception s'omro seule praticable, " seule conforme à la grandeur de celle Cause.

■ D'ailleurs, ici, l'Execption n'a rien que desimpie, de naturel et de logique. Elle simposc par la nécessité, loi supérieure à la volonté des houimes. El, chose unique, cette Exception ne dérogoniil point, pour l'uvenir, aux décrets du Pape Benoît XIV. Elle n'aurait aucun Inconvénient, car on ne saurait s'en prévaloir. Elle ne créerait pas un précédent. Nul n'aurait le droit de l'invoquer, puisque nul, dans la série dos âges, ne pourra répéter l'œuvre de Christophe Colomb.

« Quelques dignitaires ecclésiastlq[ues ont pensé qu*il était « trop tard » pour solliciter Tintroduction de cette eause. ils objectent le long temps écoulé, l'absence des témoignages requis, de culte immémorial, et surtout le manque d'an Évêque du lieu qui pût faire réguli(>rement une enquête.

« On n'a pas à se préoccuper des trois premières difficultés; la Providence y a pourvu. Les plus amples justifications seront faites devant la juridiction compétente. Quant à l'objection touchant Y Évoque du lieu elle subsiste, insurmontable en apparence; car ni Y Évêque du lieu de la naissance, ni celui du lieu de la mort de Christophe Colomb, ne peuvent informer. Il quitta Gènes à l'âge de quatorze ans. Il mourut en voyage à Valladolid. Ses restes forent ensuite transportés ailleurs. Sa demeure civile était Cordoue od il ne parut jamais. Sa résidence officielle était Saint-Domingue, d'où il fut presque toujours absent. Aucim ^vê(ïue n'a donc eu réellement qualité pour commencer sur loi une information.

< U n'appartenait pas à l'Ordinaire d'ouvrir une enquête 8^ ce héros. Pour Colomb, il n'y a pas, il n'y a jamais eu ^ Évêque du lieu. Tandis que pour tout chrétien mort en ^eurde sainteté, il se trouve toujours, même sur un point des régions les plus lointaines, des pays idolâtres, grâce *^ circonscriptions des Vicariats apostoliques, un Évêque ^^ lieu, pouvant informer sur ses vertus et ses miracles,

aucun évêque n'est en droit d'informer sur Christophe Colomb. A son égard, VÉvêque du lieu n'existe pae. Son vrai domicile avait été la mer. Or, l'Océan qui est à tous et qni n'appartient à personne, l'Océan qui couvre plus des deni tiers du globe, est le grand Diocèse Nullius. La juridicfion de la Mer relève uniquement du Chef de la Chrétienté. Seul, le Saint- Père, directement ou par délégation, peut légitimement connaître d'une existence passée presque entière sur l'empire mobile des eaux.

« Cette fois la grandeur de la cause est assortie à la grandeur du Jupre. On dirait qu'Indiquant elle-même la nécessité de rException, la Providence n'a pas voulu permettre que son Ambassadeur relevât en premier ressort, de la puissance épiscopale, afin que lo successeur de saint Pierre, Évoque de la mer comme de la terre, Évêque du lieu en , tous lieux, par sa qualité d'Évôque des Évèques, s'adjugeât obligatoirement cette cause, trop grande pour la compétence d'une autorité diocésaine, et digne seulement de l'autorité universelle du Vicaire de Dieu.

« Il nous paraît rationnel que cette Cause étant Exceptionnelle par le f(md, le soit aussi par la forme: qu'elle ne tombe sous aucune juridiction épiscopale, et ne puisse appartenir directement qu'au seul Chef de la Chrétienté. Mais s'il n'est de la compétence d'aucun Évêque d'informer sur les vertus et les miracles de Christophe Colomb, il entre dans le droit de tous d'élever la voix à sa louange; de rappeler des services sans pareils et de les recommander à la justice du Père des fidèles. Personne n'a besoin de se constituer, d'avance. Examinateur de la Cause. 11 suffit de supplier Sa Sainteté de vouloir bien l'introduire par voie d'Exception.

« Quant aux formes à sui\Te dans ce cas unique, on n'a pas à s'en inquiéter; leur détermination appartient exclusivement au Souverain Pontife. La puissance du pape

APPKNDICES 365

Pie IX, pour faire l'Exception, n'égale-t-elle pas celle qa*avait le pape Benoit XIV pour établir la règle?

« Telle est Topinion que nous ont exprimée, à Rome, le premier avocat des Causes des Saints, et les plus éminents Consulteurs. À leur appui, se joint la déclaration du savant Mgr Dominique Bartolini, secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites. Nous ne pourrions citer une autorité plus compétente. Le docte prélat reconnaît, quen cette matière le Pape étant suprême Juge et législateur, à lui seul appartient d'ordonner ce qui doit se faire dans ce cas nouveau : « At quoniam de kisce negoiiis unus est et supranus leyislator et judex Summus Pontifex, ideo ad cum tantum pertinet quod agendum sit in casn edicere (1).

« Pour adopter une forme nouvelle, et, dans ce cas nouveau, user de son autorité apostolique, le Saint-Père a besoin d'avoir la claire manifestation du sentiment des fidèles. Or seuls les Évoques sont les organes légitimes et ^torisôs de sa transmission. De plus, leur témoignage ferait à la fois un appui pour la Cause et une force pour son suprême juge.

« Le résumé de notre consultation dit en propres termes : « n'est pas douteux, d'après les faits rapportés dans son ^toire, que l'on ne puisse fournir (quoique dans une ^orme exceptionnelle) les preuves exigées par les Papes ^'rbain VIII et Benoit XIV. Mais au défaut de témoins de ^^ et de témoins de auditu, premiers éléments de toute ^^Océdure régulière, il est absolument besoin comme ^oint de départ du témoignage actuel de l'opinion et de la ^^aipe manifestation du sentiment catholique:

"* Pour cela, il suffît de suivre la voie tracée par l'émi- ^entlssime Archevêque de Bordeaux.

^ . Réponse de Mgr D. Bartolini, secrétaire de la Sacrée (?on- ^^^gation des Rites, à S. Em. le Cardinal Don net, archevêque de Bordeaux, en date du 25 août 1866.

« Les illustrissiQies Évoques ne sont point obligés de s'établir chacun en particulier examinateurs de laCans^ et de faire d'avance le travail de la Congrégation des Rites; mais les Evoques, en général, comme représeotants de Topinion Catholique, ont le droit de prier le Chef de TÈglise do daigner ordonner rintroduction de cette Cause, véritablement unique (i).

« Le point essentiel est que la demande d'introduction ait l'appui d'une grande partie de l'Épiscopat. »

« Donc :

« Considérant l'apport incomparable fait à l'Église par son messager, Christophe Colomb, les hommages unanimes rendus à ses vertus, le renom de sainteté inséparable de son histoire, l'intérêt immense qui -se manifeste pour lui dans la catholicité, l'Exception faite en sa faveur par le Saint- Siège, du vivant de cet Apôtre, et continuée après sa mort, en acceptant la dédicace d'ouvrages où il était parlé de son rôle apostolique et de son esprit divin ; en permettant ([ail fût traité de messager du ciel, d'envoyé de Dieu ; qu'on le dît annoncé dans les prophéties;

« Remarquant principalement les témoignages accordés par la Papauté à sa mission providentielle, dans la bulle du 4 mai 1493; et î\ son but évangélique, dans les brefs des iO décembre 1851 et 24 avril i863, ainsi que le vccu exprimé par le Concile provincial de Poitiers, dans sa session de janvier 1868 ; ,

1. N'ayant pas ici le texte original du Résumé, nous le restituons d'après la version qu'en a faite à Rome un Espagnol d'élite, revenant de Jérusalem, M. le Comte del Valle, bien convaincu de la sainteté de Colomb : « Los iilustrissimos Obispos no estan obligados en particular a. constituirse en examinadores de la Causa, y en hacïfer de ante mano el trabajo de la Congregacion de Ritos. Pero los Obispos en général, como représentantes de la opinion catolica, tienen el derecho de rogar al Gefe de la Yglesia se digne ordenar la introduccion de esta Causa verdaderamente ùnica. »

APPKNDICKS :it57

« Les premiers Pasteurs des Diocèses ont toute liberté d'action pour prier Sa Sainteté de vouloir bien, en vertu de son autorité souveraine, ordonner d'introduire la Cause devant la Sacrée Congrégation des Rites.

-< Assurément, le Pape est Tunique arbitre de cette Cause et le juge suprême de TException. Mais qui ne sait la profonde humilité de Pie IX? Son complet désintéressement des choses contingentes à sa personne? C'est précisément parée que son voyage dans le Nouveau Monde a produit des effets si prodigieux, et eu de telles conséquences pour la gloire de Colomb, que Sa Sainteté ne voudra pas prendre une initiative à laquelle sembleraient participer ses sympathies particulières.

« Le Saint-Père ayant, humainement, le mérite d'avoir i^cssuscité cette grande renommée, pour la rendre à l'Église, Plaindrait de suivre trop facilement l'inclination naturelle ^e sa piété vers le Serviteur de Dieu, par qui la Grâce a opéré de si merveilleux changements sur la face du Globe. Ufautque'les vœux, les instances de TÉpiscopat fassent une ^«spectueusê violence à sa modestie, et que leur multiplicité oblige en quelque sorte le Souverain Pontife à se prononcer.

« Un grand nombre de pieux fidèles et de fervents admirateurs de Pie IX \'ivent dans cette attente.

« Ces demandes des Pasteurs des Diocèses, au successeur ^11 Prince des Apôtres, n'auraient pas seulement pour effet ^'exprimer le désir général des catholiques, elles constiperaient au profit de la Cause, un point de départ qui ferait de haute importance devant la Congrégation des

Hiles. »

{Extrait de l'Ambassadeur de Dieu et

LE Pape Pie IX. — Seconde partie, Chap. /4.J

Origine du nom d'**Amêriqde",

« Amerigo Vespucci, Floronlin lettré et mathématicien, ayant été d'abord premier commis, dans l'importante maison d'expédition maritime qu'avait fondée à Séville l'armateur Juajioto Berardi, son compatriote, et par cela établi nécessairement en .rapport assidu avec Christophe Colomb, puisa dans ses conversations le goût de la cosmograpliie et la curiosité des mer\'eillcs lointaines. Amerigo quitta le comptoir pour l'astrolabe et le sextant et accomplit plusieurs voyages après lesquels il devint Pilote-Major. On le mit plus tard à la tête du Conseil Hydrographique. Dans sa jeunesse, son oncle, Georges Antoine Vespucci, docte religieux de Saint-Marc, chargé de l'éducation de plusieurs enfants de sang illustre, l'avait associé à leurs études. Doué d'un style abondant et gracieux, Amerigo continua, après ses classes, de correspondre avec plusieurs de ses anciens condisciples haut placés en Europe. La description des voyages qu'il avait accomplis dans ces pays nouveaux, par lui adressée au duc René de Lorraine, à Loreuzo de Pier Francesco de Médicis et au gonfalonier de Florence, Pietro Soderini, eut un grand retentissement. Dans l'une de ses Quatre Relations, quelques

termes vagues et ambigus laissaient facultatif de croire

qu'il avait, tu preiiiiiT, Ml la Tcrro Forme. II comblait avùtr diitinf à CCS conlr('cs lucoiinut!» le nom ile Knuvtiau Momlo.

■ Toutefois, pei-gonoB Jusqu'ftlom n'avitit imposé ua aorn au conlinent ili-couverl par Cnlomli. Ln lii-eouvorte ayant été [ailP sous les auspiuos do la ilroix et pour le (riomplio de la Croix, cette terre uouvelle était gi^ui^raloiiicnl inâlqui^e sur les cartes par le signe et lo nom ilo la Croix. Ce continent nouveau s'appela d'aborJ : Tbure de ia Sainte Croix ou Nouveau Monde. La eélt-bre édiiion de la (réograpki> tfif Ptol&mée, faite à Rome, dans l'imprimerie d'Rvangt-lista ToBino, par Marc de Bénévent et Jean rottn de Vérone, «a IfioS, réproduisait luit; mappemondi) de Ruyadi, où le nou- Tcau Continent était d>?sifrni^ par r.es niiils : Tbrra sanat.« Critcis, «ne Mundus Noi'vn. Mais, pendant ce temps, déjà la Relation d'Amcrigo Vespueci, imprimas à Viceucc, l'année précédenlf, était réimprimée à Milan, et, sans le vouloir, la F'rance venait d'enlever pour jamaùi k Colomb Ilionneur de doter de son nom ce Nouveau Monde dont il était risTenteur.

* Un géograpbelorrain, habitant Sainl-lMé, dans les Vosges, avait publiô, sous le pseudonyme de Marlinus Hjiacomilus, un ouvrage do cosmograpliic, suivi des Quatre Relations de voyages d'Amerigo Vespucci. Cet écrit, intitul*!' Mntboucc- TioN A LA CosMucKAPHiE, rédigé à Saint-D!é, imprimé d'abord dauK cette ville en 1507, et réimprima h Strasbourg en 1500, était dédié à l'empereur Ma.\imitieu [1). L'auteur, Martin WaldBemtiller, n'y nommait pas une seule fois CbristopliL- Colomb, et paraissait ne pas même soupçonner son eiis- ^ tcnce- Il altriliuait ouvertement la découverte du Nouvcm^::^ Continent au génie d'Amerigo Vespucci. Dans son adniird^^

1. Le tilrt complet de l'ouvrage est, celui-ci : Cotmograph~,^^ introductio, cum quibusdam gcometriœ ac oiCi-onomiœ pi-i>t~ ^;/. piïi adeam retn necexiofiis, infUpcr guatuoi- Arnerici narigat- fi,.

APFKMUCKS ÎÎ71

lion xK>urla sagacité d*Améric, le cosmographc deSaint-Dié déclarait qu'il ne voyait pas quoi droit dc^fcndait de donner à ce monde nouveau le nom d'A^méric qui Tavait découvert, et de rappeler Amérique, puisque l'usage a rendu féminins les noms de TRuropo et de l'Asie (1). La haute destination de cet écrit facilita Tadoption du nom proposé par Martin WaldsemUllor. On voit dans l'édition de Jean Gruniger, en 1509, que la première copie de la relation dos Quatre Voyages de Vespucci, d'abord écrite en espagnol, puis traduite en portugais, fut mise en italien, d'où elle se trouva ensuite tradiite en français, et bientôt, du français reproduite en latin, ce qui la rendit européenne. Cette grande notoriété préparait l'acquiescement du public à l'injuste dénomination que proposait si candidement le géographe do Saint- Dié.

«.Nous sommes encore obhgé d'avouer, hélas! que la France inscrivit la première ce nom d'AMÊaiguE sur ses cartes de géographie. Los plus anciennes cartes imprimées à Lyon portèrent le nom d'Amériqur, comme désignation du Nouveau Monde. Telle était la carte de 1522, gravée sur bois, ^ fut jointe à la réimpression du IMolémée dans les ateliers de Melchior et Gaspard Trechsel (2). Telle était aussi celle ^® publia en 1541 Tédileur Hugues do Portos.

* Les presses protestantes de l'Allemagne multiplièrent à

^«ûvi cette aveugle usurpation. Le moine apostat Sébas-

^^^^ .Munster, aut(*ur de YlnlrodurUon à In iahlr de Cosmo-

^'''V>A/V, répandit ce nom à'Af/trriqtir par riiuprimeric de

^^^- D'un autre coté, Joachim Vadianus, dans sa Cosmo-

^'**/>/</e unicersf'/le, inipriiiiée à Zurich en 1548, propageait

. *• « Non video cup quis jure veiot ab Americo invontore sagacis ^ tTenîi viro Atnerigetn quasi Ainerici terrani. sive Americam , *ïciam, cùm et Europa et Asia a mulierbus sua sortitie sint

/^''ïa. " — Cosinographiu' introduction cap. ix. .^ * ^ous ce titre ; «' Orbis ti/pus iniiversalis jaxta hydrographo-

*** f rnditioticm r.i'ftrtix.timr drpicta. »fir>2?).

le nom 6," Amérique, Florence accueillit avec empressement une dénomination dont s'enorgueillissait son patriotisme, et ritalic fut dupe de ces assertions vaniteuses . Après avoj|> été inscrit d*abord dans un ouvrage do cosmographie, pui^ gravé sur des planisphères, le nom à' Amérique se trouva pour la première fois, en 1570, buriné sur un globe en relief. Ce globe de composition métallique, richement damasquiné d'or et d'argent, était l'œuvie du Milanais Francisco Basse.

« A cette date, le nom d'AMÉRiQUK était accepté sans

conteste. Depuis longtemps, on ne songeait plus à Colomb. Sa postérité était déjà éteinte dans la ligne masculine qui eût fait revivre son nom. En formant son recueil de voyages en 1507, Fracanzo do Montalbodo ne s'était point enquis de la mort de Christophe Colomb, et ignorait même sa dernière expédition maritime. Dans la traduction latine dont la préface paraît signée par Madrignano, le l»»^ juin 1508,11 était dit que « jusqu'à ce jour, Christophe Colomb et son ♦ frère, délivrés de leurs fers, vivaient en honneur à la cour « d'Espagne *. Le continuateur de la célèbre Chronique dos Rois Catholiques par Ilernando del Pulgar. maître Vallès, attribue la découverte du Nouveau Monde, non pas à un lionunc, mais à une caravelle (1); il fait allusion à la fable du pilote mort chez Colomb. Cette insouciance qui était la conséquence naturelle do tant d'erreurs, découlait naturellement du profond décri dans lequel s'était terminée la carrière du grand Amiral de l'Océan. Ou peut juger de l'indifférence du public pour sa gloire, puisqu'un contemporain do la Découverte, chapelain du Roi Catholique, esprit élégant, Lucio Marineo, attiré de Sicile en Castille

l.« El primero que las doscubrio, fueaquella caravella llevado p<Jr vienlo contrario en levante, y tan contrario que vinô à en tierra» no conocidas, etc. » — Vallès, lirere y conipendiosa adicional^ Chronica de los catolicos y esclavecidos rcyes, etc., cap. i, fol.ciin-

APPKNUICËS 373

afin d'y propagrer lo goût des lettres latines, en écrivant son Histoire des choses mànorables (rEspagne, faisait déjà confusion au sujet de la découverte du Nouveau Monde, défigurait le nom merveilleusement symbolique de Christophe Colomb, et ne rougissait pas de rappeler Pierrb Colomb! Il M Tendait ainsi le complice du médecin allemand, Jobst Rnshamer qui, dans le premier livre germanique où Ton ait parlé du Nouveau Monde, ne prononce pas une fois le nom de Colomb et sobstine à l'appeler Christo/fel Datvôer, ce qui signifie en français : Christophe Pigeon mai^.

« Ces hommes ne se doutaient pas de l'énormité de leur profanation.

* Après son troisième voyage, Christophe Colomb était

tombé si bas dans l'opinion publique qu'on ne daignait pas

même s'occuper de lui. Pour beaucoup, il n'était déjà plus

<ie ce monde. D'autres, n'attachant aucune importance à ce

<ini le touchait, ne prenaient pas la peine do vérifier les

^tes. Nous voyons que cette dépréciation de sa gloire était

Générale, à l'époque où parurent les trois premitTc^s

f^écades Océaniques do Pierre Martyr, à Alcala de Hénarès,

^n 1516, dix ans avant la première édition des premiers

livres de l'histoire des Indes par Oviedo, publiée à Tolède,

^t quand le Vénitien Hamusio avait déjà entrepris sa

^Jollection de voyages. La preuve en ressort de leurs écrits.

"^ous ont à disculper Colomb des accusations que la mal-

'>'eillance continue de répandre contre lui, depuis sa mort.

'T'outefois,^ le sentiment des historiens espagnols était

Impuissant à réformer l'opinion publique. D'abord, parce

leurs ouvrages, comportant une assez grande étude,

n'étaient pas destinés à devenir populaires; ensuite,

parce qu'aucun de ces ouvrages ne fut publié dans un état

d'achèvement complet; enfin, et surtout, parce qu'ils

^estèrent la plupart manuscrits. Le second fils de Colomb,

don Fernando, qui se fit son biographe, ne termina son

Iruvatl qu'en 1536, et le laissa niunuscril. I.e vt-rLueiu Rurlhélemy Las Casas commença le sien fort lard ot ne l'acheva (pie cintiuanle-lruis ans après la mort de Ciilwnit. Il le laissa manuscrit. L'opialon resta donc sous l'iufluL'iirc^ îles préveutii>ns l(.<s plus injiis(es. La calomnie qui avait éprouvé chacun de» Jours du grand liommc. depuis sou Irlompbn, au relour de son premier voyage, implacable malgré le trépas, s'acharna contre son nom, s'assît sur sa tanibo et dilTaina séculairemeot sa mémoire. •

[ClirUlnpIu- Cobimh, Hisloirf. dr m

Voyage», par le Comte Hoselly de Lurgues^ Introduction.)

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