‹ Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification futureChapitre 49 sur 85 · Campe, Découverte, de VAménque, t. I, p · texte numérisé non relu

Campe, Découverte, de VAménque, t. I, p

« La justice dlstributive fut ici tellement apparente, le châtiment des ennemis du Juste eut une si claire signification, qu'aux Antilles chacim médita sur ce lamentable désastre. Au sujet de sa cause et de son objet, les avis se partagèrent. Les uns Tattribuaient à la Providence, les autres à l'enfer. Mais personne n'eut Tineptie d'en vouloir faire honneur à Taveugle hasard.

« Quiconque a compulsé les œuvres des hagiographes, pour chercher à recueillir dans la vie des Saints des faits de Tor- ^ surnaturel, en a-t-il jamais rencontré qu'on puisse dire supérieurs aux deux miracles que nous venons de rapporter? Quel prodige remporte sur la bataille gagnée par deux cent ^^ngt Espagnols contre cent mille indigènes, pendant la prière de Christophe Colomb ? Dans aucune de ses pages l'histoire nous ofTre-t-elle un événement qui égale en désas- ^ la destruction de la flotte des Indes, pour avoir rejeté ^'avertissement du Serviteur de Dieu ?

* De tels faits se suffisent.

* Ces miracles parlent assez haut pour nous dispenser de

^^t commentaire. Aussi nous bornerons-nous à rappeler ces

^*es de la puissance divine. Ne déclarent-ils pas, implicite-

^®îit, les vertus transcendantes du chrétien qui les mérita ? »

Miracles de Christophe Colomb après sa mor':

Christophe Colomb étant déjà méconnu de son vlvan comment aurait-on après sa mort imploré son intercession — *• ^ Un saint ne fait pas de miracles quand on ne l'en sollicita- 1^*'® pas; comme aussi nid ne songe à invoquer un saint dont S^ ^ n'a jamais ouï célébrer les vertus.

« Mais tandis que les hommes oubliaient complétera le Révélateur du Globe, la Mère de divine grâce rendal féconde en merveilles une Croix de bois, seul hommag qu'eût pu lui offrir son zélé serviteur, dépouillé de biens, de ses droits, de ses honneurs, même de la gloire ses découvertes.

« Au lieu des églises, des chaires de théologie, de Th pjtal, des fondations pieuses qu'il avait projetés, Ghristop Colomb fut réduit, par sa pauvreté, à cette unique oflfrand Mais la Vierge l'agréa; et cet humble bois reçut une pui sance exceptionnelle, en rapport avec .l'exceptlonne grandeur du mandat que TAmbassadeur de Dieu av rempli sur la terre. Un nom exceptionnel aussi lui fut don par cette voix des peuples qu'on appelle la voix de Die

VoxpopuUy vox Dei. Ce nom rappelait le tombeau du Sauveur et sa croix qu'on reconnut à ses miracles.

« La Croix qu'avait érigée Colomb fut nommée la vraie

Croix, à cause de la multitude de ses miracles (1). Aucune

relique n'attira jamais un concours de fidèles plus incessant

que ce rustique monument d'une piété apostolique. Des

grâces innombrables étaient journellement obtenues par ce

^is, sans que le nom de celui qui l'avait élevé s'offrît à

^'esprit de personne. S'il vint à la pensée de quelques

catholiques, ceux-ci le turent par prudence. Qui croyait

^ors à Christophe Colomb, dans le monde?

* Cependant la vraie Croix de la Conception fut célèbre

^^8 les Antilles, en Espagne et dans le nouveau continent.

^û lui rendit une sorte de culte ; et ce culte, interrompu

P^ force majeure, n'est jamais pourtant tombé en désué-

^^de. Il a été repris dès que les circonstances l'ont permis ;

®^ au commencement du siècle actuel, on allait encore en

pèlerinage au lieu où se conserve un fragment considé-

'^^le de la \tiaie Croix de la Conception, que les Français

^^Mondaient avec la vraie Croix de notre Sauveur, re-

^^Uvée par la sainte impératrice Hélène.

•* Nous n'éprouvons aucun embarras à parler devant les ^^î^es penseurs, les positivistes, de la vraie Croix de la '-^^Uception et de ses miracles. Le fait subsiste inattaquable, Ï^^J^faitement éclairci, ofRcieUement consigné dans les chro- ^^^ÏUes des Indes et de la Castille, écrit et certifié par les ^^^Hemis mêmes de l'Amiral. On ne saurait nier l'existence ^^ oette Croix, les miracles qu'elle opéra, la dévotion qu'elle ^pira. Seulement, aujourd'hui comme à l'époque de cette Veur, personne n'a remarqué ime corrélation entre ce *^^o^ge et l'homme qui en fut Toccaëion ou la cause.

"^ Nous avons le devoir de réparer cet oubli, et de rappeler

"*' • LoPBZ DE Gomara: « Que Uamaron por esso de la vera Cruz. » Xa Histovia gênerai de las Tndias, cap. xxxiv, p. 27; in-12, 1554.

les rapports existant entre rAMBASSADEUR db Dieu et la Croix qu'il éleva en Thonneur de la Vierge conçue sans péché.

« En plaçant sous Tin vocation de Tlmmaculéc Conception la magnifique plaine d'Haïti, qu'il avait découverte à son second voyage, Christophe Colomb, pour souvenir de sa dédicace, fit dresser au sommet de la colline la plus élevée une très grande Croix, afin qu'on pût la voir de loin, et que l'emblème du Verbe fait chair parût présider à cet admirable déploiement de la végétation intertropicalc.

« Ce fut sous les auspices de cette Croix, sous sa sauvegarde, por su amparo (1), et comme à ses pieds qu'il voulut édifier la ville épiscopale de la Conception. Cette cité prit un accroissement si rapide, que huit ans après, on y fondait jusqu'à 240.000 écus d'or, produit annuel dos mines de Cibao. En 1508, la ville rec^'ut des armoiries, surmontées d'une couronne de Notre-Dame (2).

Mais i)endant sa construction, et avant rachèvement de la cathédrale, FAmbassadeup de Dieu venait assidûment méditer prrs de cette Croix. C'est là qu'il faisait matin et soir pubhqueinent sa prière, à laquelle assistaient les soldats, les ouvTicrs et les futurs habitants. A ce profond ad mirateur des beautés de la création, ce site offrait un at-

1. Herrera : « Para que de sde muy lexos se pudiese devisar, y por tener aquella santissima insinia por su amparo...» — Decad. I, lib. X, cap. XII.

2. More AU DE Saint-Mkry, Description de la partie espagnole de Vile de SaintrDomingue^ ^- 1, P- 223.

^^ indicible. Espagnols et indigènes savaient que c'était Son lieu de prédilection. Il f trouvait aussi de grandes consolations spirituelles. Il avait épanché là son cœur devant Taugusle Trinité. De grandes vérités s'étaient révélées à «on âme et il avait résolu, en mémoire de ces faveurs incommunicables, d*élever sur cette place une splendide chapelle, où chaque jour se dirait une messe en l'honneur de la Très Sainte Trinité, et une messe en llionneur do l'Im- Diaculée-Conception. Le laconisme de ses expressions testamentaires (1) montre combien ce lieu était connu de tous. Û l'affectionnait* à ce point qu'après sa découverte du non- '^eau continent, il v était revenu pour y rafraîchir son âme, ^e délasser de ses fatigues, de ses tribulations. Il s'y trou- V^ait encore lorsque le Père franciscain Juan de Trasiera Vint lui apprendre sa disgrâce, bientôt suivie de Temprisonnement.

« On avait eu bieau arracher de llle le Révélateur du Globe, le destituer, le calomnier et l'oublier, lorsque le Tout- Puissant eut rappelé à lui son serviteur, cette Croix, quil avait avec tant d'amour dédiée à rimmaculée-Conccptiôn, couvrit de ses bénédictions ceux qui continueront de la vénérer.

« Un jour, un malade implorant la bonté divine, en embrassant le pied de cette Croix, fut guéri. D'autres fiévreux vinrent également y prier et *s*en retournèrent guéris. On accourut des divers points de l'île. Tous ceux qui recouraient à la Croix n'étaient pas déchargés de leurs maux ; sa vertu n'agissait pas indistinctement sur chacun. Ceux-là seuls que le Seigneur en jugeait dignes éprouvaient les effets de ce bois miraculeux. Mais les guérisons étaient si firéqiientes et l'aftluence si considérable, que la célébrité de

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