CHAPITRE IV. ~ PROTESTANTS. a
ris, elle voulut faire connaissance avec quelqu'un de ces religieux. On lui désigna le P. Dabbadie, qui lui adressa de pieuses recommandations, mais ne l'ébranla point. Comme elle demandait le même Père quelques jours après, le F. Portier lui déclara que le P. Dabbadie était absent; ce mais, ajouta-t-il, il vient d'arriver hier soir un saint pour prêcher le Carême à l'Abbaye-aux- Bois. Je vais vous l'envoyer. » C'était le P. de Ponlevoy. « A peme fut-il entré au parloir, écrit madame B., qu'à sa vue mes troubles, mes incertitudes disparurent... Je suivis son Carême à l'Abbaye-aux-Bois, et je fus subjuguée par sa supériorité. C'était l'ascétisme le plus élevé uni à la piété la plus communicative. Son enseignement était clair et précis. J'en étais d'autant plus frappée que, d'après mes préjugés de secte, je croyais l'Église catholique fort ignorante. — Je fus obligée, quelque temps après, de retourner dans ^Orléanais, au grand regret du P. de Ponlevoy qui croyait ma conversion compromise. Il n'en fut rien. Sa correspondance épistolaire acheva de me convertir, et le charitable curé qui avait commencé l'œuvre de Dieu, reçut mon abjuration. »
Cependant, livrée à elle-même, madame B. craignait les obstacles graves que lui susciterait à Paris la rancune de ses anciennes coreligionnaires. Elle s'en ouvrit au P. de Ponlevoy qui
l'envoya à Lille, dans une communauté nouvellement fondée, Notre-Dame de la Treille. Là elle devait étudier sa vocation. Dieu ne lui fit sentir aucun appel à la vie religieuse. Mais un jour, entendant lire au réfectoire l'histoire de saint Alexis qui demeura dix-sept ans sous un escalier dans la maison paternelle, elle éprouva un attrait extraordinaire pour ce genre de vie. Elle consulta le directeur de la communauté auquel le P. de Ponlevoy l'avait confiée. Il reçut trèsfroidement cette communication. Cependant madame B. entendait de plus en plus la voix de la grâce. Pour assurer sa vocation elle eut l'idée de recourir au P. Guidée, recteur du collège de la Providence. Ce vénérable religieux, fort expérimenté, lui répondit que l'affaire était grave, que le P. de Ponlevoy pouvait seul donner une décision et conseilla le voyage de Paris. — Je n'ai aucune ressource pour l'entreprendre, dit madame B. — Si telle est la volonté de Dieu, reprit le P. Guidée, comme je le crois, il vous enverra le secours nécessaire. Mais alors, promettez-moi que vous n'hésiterez pas? — Elle le lui promit. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque, revenant à sa communauté, elle rencontra une personne connue qui lui remit une lettre chargée! Une Anglaise convertie avait gagné à Rome dans une loterie une petite somme, et lui en adressait la moitié par l'entremise de leur amie commune.