CHAPITRE IV. — PROTESTANTS
des choses trop louangeuses, j'indiquai légèrement que votre bon cœur faisait voir la personne au-dessus de ce qu'elle valait. »
Madame Whately deraeurait à Neuilly dans une petite campagne fort agréable. Le P. de Ponlevoy l'y visitait de temps en temps, ou lui écrivait de poétiques lettres, comme celle-ci : «. 11 fait bon pour vous dans la chère villa fleurie et embaumée du parc de Neuilly. Jouissez saintement de cette belle nature, d'autant plus belle qu'elle vient de Dieu, notre père, et vous élève au ciel notre patrie. Aimez Dieu dans toutes les fleurs tombées de sa main, et bénissez-le dans les petits oiseaux du ciel, comme avec les anges du paradis, et que tout en vous, surtout votre cœur, répète Alléluia. »
Charmantes paroles et qui réjouissaient la vive et douce imagination de m.adame ^Vhatel3^ Depuis sa conversion, elle semblait rajeunie, disait le P. de Ponlevoy. Avec la vie de la grâce, elle avait repris une vie nouvelle; et ses jours se prolongeaient comme par miracle. Il fallut les horreurs du siège pour détruire cette vaillante existence. Ses derniers moments furent remarquables. Fermée aux choses de la terre, elle ne s'ouvrait plus qu'aux inspirations divines. Dans son délire, elle répondait toujours avec intelligence à une question religieuse. « Vous allez donc au ciel, lui disait-on alors 'i^ » — « Au ciel, répondit-
elle; est-ce que j'en suis digne? » On lui parlait de sa froide dépouille : « Dieu saura me retrouver partout où je serai, ajouta-t-elle. » On voulait lui épargner la douloureuse annonce de la mort de M. D., le père de l'excellente amie de sa fille. Mais elle dit à mademoiselle Emilie : « Pourquoi me cachez-vous cette mort? » Elle mourut ellemême quelques jours après, à l'âge de quatrevingt sept ans, dans les sentiments de la piété la plus vive, et de la reconnaissance la plus profonde pour la persévérante charité du P. de Ponlevoy.
Nous ajouterons à ces récits d'abjuration une histoire qui arriva au début de son ministère apostolique.
Fille d'un père franc-maçon et d'une mère libre-penseuse, sans ressources, sans instruction chrétienne, madame B. avait cherché en vain la vérité religieuse en Autriche, en Suisse, en Angleterre. A son arrivée en France, elle avait reçu d'un ministre protestant la recommandation expresse d'éviter les Romains et leurs églises. Mais, tombée malade aux environs de Montargis, elle reçut du curé de Villemandeur un accueil charitable qui commença à lui ouvrir les yeux. Elle se demanda si les accusations des protestants contre les prêtres catholiques, et notamment contre les Jésuites, ne seraient pas des calomnies. Après sa guérison, devant retourner à Pa-