‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 128 sur 252 · CHAPITRE V. — CONVERSIONS. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — CONVERSIONS. l

yeux des armes puissantes. Puis, un jour donné, il se faisait agressif; et, s'il ne réussissait pas dans cette attaque, il continuait sans découragement, par ses prières, ses visites, ou son abstention calculée, le siège d'un cœur fermé à Dieu.

Lorsqu'il avait affaire à une âme délicate, il employait pour la gagner d'innocentes séductions, une grâce charmante. En voici un exemple.

Madame la comtesse de Girardin était une des femmes les plus distinguées de son temps. Elle se faisait pardonner la supériorité de son esprit par sa modestie bienveillante, et ce ton si parfait de bonne compagnie qu'elle savait toujours maintenir autour d'elle. Isolée de sa famille au temps de la Révolution, elle comprit qu'il lui manquait une lumière, et fit part de ses doutes à de sincères amies. Celles-ci pensèrent que le P. de Ponlevoy pourrait calmer et comprendre cette belle nature, et l'on essaya de les mettre en relations. La charité donna le rendez- vous et acheva la conquête.

Par un sentiment de bienfaisance naturelle, madame de Girardin avait fondé à Châtillon une maison de refuge pour les vieillards. Elle y allait souvent. Le Père fut invité à visiter cet asile, et l'y rencontra. Après l'avoir félicitée de sa bonne œuvre, il lui parla avec tant d'affabilité et de distinction, que cette dame le pria de la venir voir, à sa maison d'Aulnay, voisine de Châtillon. Le Père, avec la gaieté modeste et le charme pieux

qui l'accompagnaient partout, lui fit un petit cours de botanique religieuse. Il prenait une fleur, un brin d'herbe, et s'extasiait devant les merveilles de la création. L'âme naturellement élevée de madame de Girardin s'épanouissait à cette vue. Elle résolut d'étudier une religion qui inspire tant de poésie aux âmes saintes. Le P. de Ponlevoy ne négligea pas le bien commencé. Il la visita de temps en temps et la porta à la prière. Le 19 mars 1862, jour de saint Joseph patron de madame de Girardin, il lui envoya une image du saint avec ces mots : « La charité ment de Dieu et mène à Dieu. » Elle en fut touchée, et la montrait à ses amies. La charité, en effet, la conduisit à Dieu, à la foi et à la pratique de la rehgion.

Dans sa dernière maladie qui arriva deux ans après, le P. de Ponlevoy ne put l'assister. Il le regretta vivement. Nommé Provincial, il était parti pour ses visites; il fut remplacé par le directeur de la Sainte-Enfance, l'abbé de Girardin, neveu de la comtesse. Celui-ci eut le bonheur de lui administrer les derniers sacrements qu'elle reçut dans les sentiments les plus vifs de foi, de repentir et d'amour.

Quelquefois la conversion demande une plus longue persévérance dans l'effort. Des préjugés invétérés, une éducation irréligieuse ou indifférente, entourent l'âme d'un rempart impénétrable

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