CHAPITRE V. CONVERSIONS
dont il faut faire plutôt le blocus que le siège.
Le P. de Ponlevoy le savait fort bien et employait souvent cette stratégie. 'Citons un fait qui demande quelques développements.
Madame R. était presque la seule personne pieuse de sa famille. Son mari et son fils Charles n'avaient pas la foi; son fils aine Maurice, moins éloigné de la religion, ne s'était pas approché des sacrements depuis un temps assez considérable. Or voici qu'au mois de mai 1862, ce jeune homme mourut presque subitement. Un prêtre cependant avait eu le temps de lui donner l'absolution et l'extrême-onction.
Qu'on juge de l'état de la mère : elle pria Charles d'écrire au P. de Ponlevoy. Celui-ci répondit aussitôt.
« Madame, pauvre mère, je reçois- au milieu d'une retraite la nouvelle que vous me faites annoncer, et j'ai hâte de venir à vous. Mon Dieu! Que dire à ces coups! Puis-je vous consoler en m'affligeant avec vous? Hélas! un tel malheur n'entrait pas dans nos prévisions au moment du départ, et je n'ai point préparé votre cœur pour une pareille épreuve. Vous m'aviez parlé plus d'une fois d'autres sollicitudes, et moi je vous parlais d'espérance. Et maintenant encore une fois, je ne sais que dire, je ne sais que prier pour ce pauvre enfant et pour vous... -5)
Après avoir consolé la mère le P. de Ponlevoy
cherchait à gagner à Dieu le fils qui survivait ; ce Quant à vous, cher ami, vous restez, vous restez seul sans votre frère et tout désormais pour votre mère. Vous avez le 'cœur droit et bon; doublez-vous, héritez encore de votre frère, dévouez-vous et prenez sa place. Oh! croyez-moi, faites ce qu'il eût fait bientôt, ce qu'il a fait. Laissez-là toutes ces ombres qui s'interposent encore entre Dieu et vous, ombres vaines, je vous assure. Venez avec votre frère, avec votre mère, avec moi, reposer votre esprit fatigué et votre cœur si triste dans le sein de la vérité et de la charité. »
Mais celui-ci demeurait embarrassé dans ses liens : « Je suis, disait-il, incessamment tourné vers les problèmes de l'avenir. Tout pour moi est l'occasion d'un comment ou d'un pourquoi. Et cependant, je me sens attiré vers le dogme chrétien par tous les instincts de mon cœur. A bientôt, mon père, veuillez bien ajouter foi à la profonde vénération que je vous porte, et croire à l'attachement aussi durable que sincère de celui qui ose déjà se dire
ce Votre tout dévoué fils en Jésus-Christ. »
Cette lettre pouvait donner des espérances; mais elle indiquait une grande lutte. On va voir avec quelle douceur et quelle dextérité le saint correspondant profite des progrès que la grâce a déjà faits.